En août, les moissons terminées, la batteuse s'installait près des gerbiers pour une ou deux journées selon la taille de l'exploitation. Elle allait ainsi de ferme en ferme pendant tout le mois. Tous les villages vivaient alors au rythme des battages. Le gros tracteur « Massey- Fergusson » était démarré avec fracas pour entraîner la courroie de la batteuse. Les gerbes étaient jetées dans un orifice situé au-dessus de la machine. Les épis passaient dans une presse. La paille était expulsée d'un côté en grosses bottes maintenues par une corde alors que, de l'autre côté, les grains tombaient dans des sacs en toile de jute.
Nous, les enfants, nous écarquillions nos yeux pour ne rien perdre du spectacle. Pendant des heures, la machine réclamait son lot de graines et de paille. Les hommes les plus costauds, un foulard noué autour du cou, posaient les sacs pesants sur leurs larges épaules et les montaient par une échelle branlante jusqu'au grenier. Les bouteilles d'eau, de cidre, de piquette ou de vin circulaient et nous étions chargés de les remplacer par de nouvelles, pleines de boissons bien fraîches que nous placions à l'ombre. Les bottes de paille formaient peu à peu un gigantesque « pailler » qui serait entamé dès les premiers jours de froid.
Lorsque la nuit arrivait, avant de passer à table, les hommes se nettoyaient grossièrement dans une bassine près de la citerne ou du puits. Puis ils s'asseyaient à de grandes tables où un dîner était servi. Ils sortaient lentement leurs couteaux de leurs poches, l'ouvraient et découpaient méthodiquement une bonne tranche de pain qu'ils trempaient dans la soupe fumante. Les femmes avaient passé la journée à plumer les volailles et à les cuisiner accompagnées de succulents légumes du potager. Ces repas étaient l'occasion de faire la fête et le vin permettait de dépoussiérer les tuyauteries, et personne ne s'en privait. Quelques uns allaient jusqu'à pousser un petit air ou une chanson paillarde. Quelques fois, on sortait le violon et l'accordéon pour danser la bourrée charentaise.
Le progrès a limité la convivialité de ces périodes traditionnelles. Maintenant, c'est chacun pour soi. Mais, en contrepartie, il a apporté plus de confort de travail aux exploitants.
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