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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 08:15

Acteurs en herbe ... 


Les grandes vacances étaient des moments privilégiés pour tous nos jeux. Juste avant, une fête clôturait une année scolaire studieuse. Nous nous produisions dans la salle des fêtes du village. C'était pour nous l'occasion d'offrir aux parents un échantillon de nos talents et de notre travail assidu. Tous en chœur, nous chantions, sous la direction de la maîtresse, les « colchiques dans les près », « le fameux trois mâts fin comme un oiseau »,  « à la claire fontaine, m'en allant promener », « alouette, je te plumerai »...Puis, il fallait s'appliquer tant qu'on pouvait pour jouer des saynètes et mimer des fables. Et s'il y avait quelques erreurs et gestes imprévus, le public indulgent manifestait encore plus de joie.

Une troupe de théâtre amateur nous proposait un spectacle  en seconde partie de soirée. Je me souviens plus particulièrement d'une pièce de Georges Sand : « La mare au diable ». L'histoire, le jeu des acteurs, les textes, les décors, les lumières, tout nous captivait : le feu de bois qui crépite au milieu de la scène, le vent qui souffle et qui hurle dans les rideaux, le tonnerre qui gronde, la chouette qui hulule,  Germain le laboureur, veuf avec cinq enfants, obligé de passer la nuit près de cette mare lugubre en compagnie de la douce Marie. Tout était réuni pour nous faire frissonner......

Dès le lendemain, avec les copains et les copines,  nous nous sommes retrouvés pour commenter cette merveilleuse soirée.   Et, si nous aussi, nous montions notre propre pièce de théâtre. Nous avions toutes les vacances pour la préparer. La grange des voisins avait été rapidement aménagée : des planches posées sur des bottes de foin offraient une scène branlante mais acceptable. De vieilles bâches usées, suspendues à un fil de fer, faisaient office de rideaux. Les décors étaient presque inexistants. Par contre, nos costumes étaient étonnants : sacs de pommes de terre en jute, rideaux déchirés, habits récupérés dans les vieilles malles des greniers, chapeaux  empruntés à l'épouvantail du verger, plumes arrachées à la volaille de la basse-cour, etc....Les textes étaient tous improvisés et changeaient à chaque répétition. Les plus jeunes enfants étaient les spectateurs.
Nous ne sommes jamais allés au bout de la pièce, mais nous nous sommes beaucoup  amusés. Et j'en garde un souvenir merveilleux. Je fais partie, à mon tour, d'une troupe formidable et quelle  belle récompense pour nous, de donner du plaisir aux spectateurs et de susciter des vocations chez les enfants !!!!


Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /Avr /2009 08:08



Des projets...

Lundi 13 novembre, après un petit déjeuner de bouillie de mil et de perdrix que les chasseurs ont rapporté la veille au soir, nous nous réunissons pour parler de l'avancement des différents projets du village.

- Le premier projet est l'équipement agricole. Dans un premier temps en 2004, 3 familles ont bénéficié de l'équipement agricole, aujourd'hui ce sont 33 familles du village qui en sont les bénéficiaires grâce au remboursement intégral de toutes les familles. Tous les agriculteurs présents à cette réunion reconnaissent l'apport du matériel agricole pour obtenir de meilleures récoltes.

- Le second projet, c'est la banque de céréales. En mars 2006, le village a construit une banque de céréales ; par une mise de fonds de 500 000 F CFA nous avions permis au village d'acheter environ 3 t de mil, aujourd'hui lors de mon passage les chefs de famille du village m'ont dit qu'il y avait en stock 7,2 t de mil soit l'équivalent d'un million 1 350 000 F CFA. Ce stock grâce au remboursement total des quantités empruntées permet une autosuffisance alimentaire ce qui ne peut que nous réjouir. Le président du comité de jumelage me précise que dans l'avenir ils pourront même vendre du mil pour faire des travaux dans leur village.

- Le troisième projet c'est l'école. Aujourd'hui l'école se compose de trois classes en banco. Nous avons payé en 2008 les fermetures afin de permettre une meilleure pérennisation des murs. Il nous faut maintenant impérativement cimenter ce sol afin de que cette école puisse continuer à recevoir des enfants pendant de nombreuses années. Aujourd'hui 70 enfants sont scolarisés en deuxième et quatrième année, l'année prochaine, il y aura un nouveau recrutement pour les premières années.

Nous aurons donc des premières années, troisième année et cinquième année, ainsi nous serons dans le village avec l'intégralité des classes du primaire. Nous devrons bien sûr équiper en livres scolaires les élèves de cinquième année dès la rentrée prochaine ; il nous faudra également équiper la dernière place de 17 tablés bancs ainsi que du bureau pour une somme de 1 million de francs CFA.

Je crois sincèrement, que nous pouvons être fiers que dans un village dans lequel il n'y avait pas de scolarisation il y a à peine cinq ans l'intégralité de ses enfants puisse avoir affaire à une scolarisation est donc un avenir.

- Le quatrième projet est le moulin à céréales. Le moulin est tombé en panne au mois de janvier mais l'argent récolté par le travail du meunier a permis de payer une réparation qui malheureusement n'a pas tenu. Lle mécanicien doit passer dans les prochains jours pour revoir cette réparation. La responsable des femmes souligne que c'est très important car il y a beaucoup de karité à moudre ; je leur assure de mon soutien et promet que dès mon retour sur Bamako je ferais le nécessaire pour que le réparateur passe dans les meilleurs délais.

La responsable du moulin me précise qu'il reste encore 100 000 F en caisse et que les femmes sont capables de subvenir à son bon fonctionnement.


Par F. R-G - Publié dans : témoignages
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Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /Avr /2009 08:12
Jeux de plein Air ...


Je reprends la montée. Me voilà presque arrivée. Un grand tourbillon me tient un instant compagnie alors que je longe le bois où des oiseaux gazouillent. Tout est calme.  Les arbres se dépouillent inexorablement de leur habit de lumière. En Mars, ils frétilleront à nouveau et leurs bourgeons luisants gonfleront, les noisetiers se pareront de beaux chatons jaunes poussins, le bleu des pervenches et le blanc des clochettes égaieront le sous bois, et le coucou annoncera le printemps. Mais pour l'instant le bois se prépare à affronter les assauts de l'hiver. J'entends le martèlement régulier du pivert qui s'acharne sur un tronc. Puis une tronçonneuse trouble soudain le chuchotement de la forêt. Une mélancolie s'empare aussitôt de moi. Cet endroit évoque tant de bons souvenirs : enfants, c'était notre terrain de jeux, notre domaine. Construire des cabanes, grimper aux arbres, jouer à cache-cache : c'était notre occupation favorite. Nous nous prenions pour Tarzan ou Chita, pour  Robin des Bois ou Thierry la Fronde. Fabriquer nos armes, nous occupait un bon moment.

Pour les arcs, nous choisissions une belle baguette de noisetier que nous devions cintrer délicatement avant d'y fixer une corde assez tendue pour propulser les flèches. Le carquois en bandoulière, nous nous transformions en héros de la forêt de Nottingham.  Pour les lance-pierres, nous coupions une branche de hêtre afin d'y prélever une petite fourche pour le corps de lance. Après avoir enlevé l'écorce avec l'opinel, nous le passions à la flamme. Fixer aux extrémités des caoutchoucs reliés par une languette pour le projectile, n'était pas une mince histoire. Combien de fois on se les prenait dans les doigts : aïe aïe aïe.... Des bâtons bien solides complétaient notre tenue et nous servaient d'épées pour les combats.

Garçons et filles étaient enfin armés pour affronter l'ennemi. Tous nos accessoires étaient faits maison. Les acheter alors était impensable. Mais quel plaisir de les fabriquer soi-même. Nous  étions tour à tour les gentils ou les méchants. Le temps passait si vite et il fallait déjà rentrer à la maison. Maman nous grondait quand nous revenions avec les vêtements déchirés, des égratignures sur le corps et des bleus aux genoux. Mais qu'importe, nous nous étions bien amusés et nous n'avions qu'une hâte : vivement demain !!!!

Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /Avr /2009 08:17



Des femmes...

Puis je retourne comme je l'avais promis auprès du groupe d'alphabétisation. De nouveau, ce sont des chants qui m'accueillent. Pour l'occasion, le chargé d'alphabétisation a fait venir une de ses collègues pour parler d'un projet qui m'est cher, la maternité, les consultations prénatales, l'accouchement et le sevrage. Les 100 femmes réunies sont extrêmement attentives à ce qui leur est dit. La formation est toujours agrémentée d'exemples concrets. Les femmes sont extrêmement attentives à ce qui leur est dit. Ce sont beaucoup de témoignages pour parler de leur maternité, des difficultés pour se rendre à Kassaro chef-lieu de communes distant de quelques 15 kilomètres. Peu de femmes vont en consultations prénatales encore moins vont accoucher à la maternité de Kassaro. Je leur propose de mettre en place, comme dans beaucoup de villages jumelés par L.A.C.I.M., des consultations prénatales décentralisées. Plutôt que de faire faire un trajet de 15 km à toutes les femmes enceintes, nous proposons que la sage-femme de la maternité vieille une fois par mois pour faire les consultations prénatales. Il est fondamental que les femmes viennent à la consultation prénatale afin de rentabiliser les déplacements de la sage-femme. Ces consultations ont pour but de diagnostiquer les femmes à risque afin de les rapprocher éventuellement de la maternité dans les jours qui précèdent leur accouchement. Elle permet également que le maximum de femmes n'accouche plus à domicile et puisse accoucher dans de bonnes conditions d'hygiène et de sécurité. Les femmes sont conscientes de l'importance d'aller accoucher en maternité beaucoup ont eu des enfants mort-nés, certaines de leurs amies sont décédées au moment de l'accouchement faute de soins. Nous abordons également l'importance de la nutrition pendant la grossesse mais aussi les travaux souvent pénibles de la femme surtout dans les derniers mois précédant l'accouchement.

Nous voyons trop de femmes enceintes de sept ou huit mois aller chercher de l'eau au puits, porter de lourdes charges sur la tête en particulier le bois pour la cuisine ou des seaux remplis d'eau ou encore qu'il est le mil.

Nous parlons également de l'importance du sevrage, la tradition orale en pays bambara dit qu'une femme de nouveau enceinte, ne peut plus nourrir son enfant parce que le lait devient empoisonné. Je demande si dans l'assistance il y a une femme qui sait qu'elle est enceinte et qui nourrit encore son enfant. J'ai fait venir cette femme. Et avec l'aide de la formatrice en alphabétisation nous lui expliquons, ainsi qu'à ses amies, que son lait est toujours aussi bon pour son enfant et que ce n'est pas parce qu'elle est enceinte que son lait est devenu empoisonné. Je lui explique que la veille du jour où elle apprise qu'elle était enceinte elle a allaité son enfant et que son enfant n'a pas eu de problème et surtout pas des diarrhées et que ce n'est pas parce qu'elle est enceinte que son lait est mauvais. Je déclenche un grand éclat de rire. Une femme se lève et me dit qu'elle pense que tout le monde a compris l'importance d'un sevrage progressif afin de que les enfants soient en bonne santé.

Une autre femme tient à s'exprimer, elle me dit qu'avant l'alphabétisation elle était idiote, qu'elle ne connaissait rien et que maintenant elle savait et que grâce à LACIM sa vie et celles de ses amies allaient changer.

La discussion va se poursuivre encore un bon moment, avant que nous nous séparions, il est 15 H 30 et elles n'ont pas encore mangé, mais elles me disent que ça n'a pas d'importance puisque l'important s'est d'abord l'amitié. Nous nous donnons rendez-vous le lendemain matin afin que nous puissions discuter des différents projets du village.

Par F. R-G - Publié dans : témoignages
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Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 08:08
Transports démodés ...


Il est grand temps maintenant de remonter vers le village. Je suis les méandres de bitume qui enlacent la colline roussie par l'automne. Après un tournant, j'aperçois les imposantes arches de pierre et le parapet en fer du viaduc qui s'élance majestueusement au-dessus de la vallée. En bas, les rayons du soleil accrochent la surface de l'étang bordé de roseaux où des canards sauvages se jouent des chasseurs. La cime des peupliers qui se déshabille  doucement sous les assauts du vent me parait proche. De là haut, les vaches qui paissent tranquillement l'herbe grasse des prés paraissent bien petites. Depuis quelques décennies, la campagne ne résonne plus du sifflet de la locomotive à vapeur qui tractait nonchalamment ses wagons de voyageurs et ses convois de marchandises de gare en gare. Les rails et les traverses ont été enlevés et le viaduc ne voit désormais plus passer que des promeneurs et des cyclistes. Il est devenu le lieu incontournable pour le saut à l'élastique et pour l'escalade.

Après la dernière guerre mondiale, les voitures de plus en plus nombreuses ont commencé à concurrencer le transport ferroviaire. Les trains ont disparu peu à peu des petites lignes plus assez rentables. Les automobilistes étaient assez rares dans les campagnes à cette époque là et elles suscitaient déjà l'enthousiasme des badauds. Les chemins n'étaient pas encore goudronnés et je me rappelle du nuage de poussière qu'elles provoquaient à chacun de leur passage. Dans les hameaux, elles semaient la terreur chez les volailles étourdies qui traversaient la route pour leur échapper. De place en place, des petits tas de plumes frissonnaient au vent. Ah ! Qu'elles étaient belles les voitures d'autrefois ! Elles avaient du caractère. La B14 du voisin semblait toute droite sortie d'un film muet. Il la démarrait à la manivelle et parfois nous avions la chance d'y monter. Elle a fini dans la cour de la ferme où elle servait de perchoir aux poules. Quelques mythiques Tractions noires et autres vieilles Citroën côtoyaient encore d'imposantes  203,  des Arondes, des Arianes, des  populaires 2 CV,  des   4 CV, des Dauphines et de nobles DS.  Ces autos se conduisaient vraiment sans direction assistée .

C'était encore l'époque où on ne se préoccupait pas de la planète, de la pollution, de la consommation de carburant, et où les constructeurs ne pensaient pas encore Marketing et fabriquaient de solides bagnoles. Toutefois, leur généralisation a élevé le niveau de vie des gens et  ouvert de nouveaux horizons.

Par B. B. - Publié dans : témoignages
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