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Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /Avr /2009 08:14

La Boulangerie ...


Je sors maintenant du bourg et je reprends le chemin de la maison. Au bord de la route, de petites pommes rouges piquetées d'or sont tombées et commencent à pourrir. Des abeilles en aspirent la pulpe et s'affairent sous la peau.

En contrebas, j'aperçois les tuiles de l'ancienne boulangerie mais aucune fumée ne s'échappe plus de la cheminée. Tout est silencieux et les volets sont fermés. Il ne reste que quelques bûches sous le hangar où la réserve de bois et de fagots était toujours au maximum.

L'hiver, en partant pour l'école, nous aimions nous arrêter au fournil pour nous réchauffer, et l'agréable odeur de pain chaud  qui se répandait nous mettait l'eau à la bouche.

Georges, le boulanger, était costaud. Le maillot de corps sans manche laissait apparaître une poitrine velue et des bras musclés. Il était saupoudré de farine jusque dans la moustache et jusqu'au bout des cils. Pétrir à la main était une rude tâche : farine, eau, sel, et levain étaient malaxés longuement. Ses gestes nous fascinaient : il pétrissait, remuait, retournait, étirait, soulevait, battait et rejetait la pâte. Il la laissait lever puis il la divisait pour former des pains. Souvent, il surveillait le foyer. Il ajoutait de grosses bûches et le feu léchait le plafond du four. C'était un énorme brasier qui crépitait. On se rôtissait le visage à le contempler. Quand le four était à bonne température, il marquait les pains avec un petit couteau, puis il les enfournait à l'aide d'une longue pelle de bois qu'il envoyait et retirait aussitôt avec souplesse et rapidité. Quand il sortait sa fournée, les miches craquaient et embaumaient le fournil. Il nous offrait un quignon encore chaud où nous plantions nos dents avec délice.

Les baguettes se vendaient peu. Par contre, les gros pains en forme de roue, de couronne ou allongés étaient les plus demandés. Les larges tranches taillées conservaient toute leur saveur avec le temps. En plus d'être savoureux, le pain était respecté : aucun de nous ne se serait avisé de gaspiller un seul morceau. Avant de l'entamer, mon Père avait l'habitude de dessiner une croix avec la pointe de son couteau sur la croûte. Il ne fallait jamais le mettre à l'envers sur la table. Pour le goûter, Maman nous coupait de grandes tartines qu'elle couvrait de beurre ou de confiture.

Aujourd'hui, rares sont les boulangers qui cuisent au four à bois. Et pourtant, qu'il serait bon de  retrouver l'inégalable pain d'autrefois.

Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 08:11
L'épicerie ...

 

Au centre du bourg, un bar-restaurant fraichement repeint est devenu l'unique point de rencontre des habitants.  Il n'y a pas si longtemps encore, un café- épicerie- quincaillerie - pompe à essence attirait une grosse clientèle venue des hameaux et des villages environnants. Les supermarchés n'avaient pas encore fait leur apparition dans les campagnes. Le petit commerce était donc vital.

Quand on franchissait le seuil, une sonnerie avertissait la propriétaire qui sortait aussitôt de son arrière-boutique. Avec son éternel chignon, ses petites lunettes cerclées d'or, un châle en laine frileusement posé sur les épaules, madame Demond disparaissait presque derrière l'imposant comptoir en formica sur lequel tout un bric à brac était disposé à côté de la balance Roberval et de ses poids.  La boutique était garnie d'étagères chargées de produits de toutes sortes où se mêlaient des odeurs de naphtaline, de fromage et de café. Les boules de bleu pour le linge, la lessive « Lux Paillettes », le savon de Marseille et les « charentaises » côtoyaient les conserves, l'huile, le sucre, la chicorée « Leroux », les macaronis et les sachets de bonbons de « La Pie qui chante ». On y trouvait aussi de la mercerie  (fil, coton, laine), des bas et même des sabots et des bottes en caoutchouc. Des boîtes aux couleurs vives attiraient l'œil : le jaune vif du «  Banania » avec son tirailleur sénégalais, l'orange du chocolat en poudre « Poulain », le rouge et le jaune vif des bouillons « Kub », le bleu et rouge de « La vache qui rit »avec ses portions emballées de papier aluminium, le « Bonbel » sous sa croute de cire rouge.

 Et puis, juste devant nous, sur le comptoir, des bocaux de bonbons multicolores invitaient à la gourmandise. On les achetait à la pièce : carambars qui collaient aux dents, sucres d'orge, sucettes qu'on léchait patiemment, roudoudous dans leurs coquillages, caramels à un centime, mistrals gagnants, rouleaux de réglisse, soucoupes qui collaient au palais, malabars qu'on soufflait en énormes bulles qui éclataient sur le nez ......Ces noms suscitent encore en moi de délicieux souvenirs qui me font monter l'eau à la bouche.

Les étagères, derrière le comptoir, étaient réservées au tabac : boîtes d'allumettes, paquets de cigarettes « Gitanes »  papier maïs,  « Gauloises » sans filtre, tabac gris et feuilles à rouler « Job », tabac à priser, pipes en écume......

Les petits commerces qui tentent de survivre sont inexorablement happés par les tentacules de la grande distribution. Les villages s'endorment peu à peu et les campagnes se vident
Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 19 mars 2009 4 19 /03 /Mars /2009 08:16
Métiers d'autrefois...


Je traverse le bourg qui, il n'y a pas si longtemps, plongeait progressivement dans la léthargie  Mais à ma grande surprise, les vieilles bâtisses ont été rénovées et mises au goût du jour. Les anglais, de plus en plus nombreux à s'installer dans la région, achètent des maisons et des corps de ferme qu'ils restaurent avec passion. Les villages revivent, fleuris, embellis. Seuls les ateliers du bourrelier, du sabotier, du menuisier et du forgeron ont définitivement fermé leurs portes.

A travers les vitres poussiéreuses de la menuiserie, j'aperçois quelques outils oubliés : un gros rabot à la lame rouillée et une varlope gisent sur un établi usé. Sur une étagère, une gouge, une vrille et une tarière en colimaçon avec son manche en bois en forme de T ont été abandonnées. Le menuisier, au milieu de la marée blonde des copeaux, taillait, creusait, sciait, ajustait....Loin d'être cantonné à une tâche unique comme aujourd'hui, il participait à toutes les étapes de la fabrication jusqu'au produit fini. Il avait le plaisir d'avoir construit quelque chose qui se voit et qui reste.

Un peu plus loin, la forge ne retentit plus des coups sourds du marteau qui frappait le métal rougi. Le charron apportait les roues de charrette, qu'il avait fabriquées, pour être cerclées à chaud. Les paysans venaient avec un outil à faire affûter ou avec le cheval qui perdait ses fers. Protégé par un large tablier de cuir, le forgeron officiait. Il tapait, tapait encore et encore. Des étincelles jaillissaient. La masse rebondissait sur l'enclume avec un son clair. De temps en temps, il actionnait le gros soufflet qui faisait bondir les flammes. Le brasier éclairait son visage et dessinait sur les murs de la forge des ombres dansantes. Ensuite, à l'aide d'une longue pince, il plongeait le métal rougi dans un baquet d'eau pour le refroidir rapidement et le faire durcir. Puis il soulevait la patte du cheval pour poser le fer encore grésillant sur le sabot où il avait préalablement taillé et rogné la corne avec un boutoir et une pince à parer. Une odeur âcre se répandait alors. Et dans une position semi accroupie, à l'aide d'un gros marteau, il enfonçait les clous qui maintiendraient le fer.

Les tracteurs ont remplacé les chevaux. L'extension perpétuelle des terres, la modernisation progressive, la société de consommation, tout cela a contribué à faire disparaître tous ces petits métiers qui faisaient battre le cœur des villages.

Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 12 mars 2009 4 12 /03 /Mars /2009 08:20
L'école communale... (Suite)
La maîtresse nous surveillait depuis son bureau où une pile de livres, un encrier d'encre rouge pour les corrections, une longue règle en bois pour la lecture sur le tableau et une boite de craies multicolores étaient posés. Nous n'entendions que les craquements de l'estrade sous ses pieds. Chaque jour, nous récitions d'une voix mal assurée nos leçons ou nos récitations. Les bons élèves recevaient des bons points qui leur donnaient droit à une belle image, avec une fable au verso. Régulièrement, l'institutrice contrôlait nos connaissances : elle nous distribuait les cahiers de composition couverts d'un protège-cahier rouge. Il nous fallait très vite maîtriser l'orthographe ; résoudre les problèmes de robinets sans nous noyer, calculer la vitesse d'un train, réciter les tables de multiplication par cœur, connaître les départements, savoir parfaitement ce qu'étaient un maire, un canton, une préfecture....

Je contemple les murs encore chargés de dessins, de cartes de géographie, de tableaux de conjugaison, de gravures retraçant divers pans de notre histoire de France : les outils de la préhistoire, un village gaulois, un château fort, les croisades, le sacre de Napoléon, les soldats en uniforme bleu horizon dans les tranchées.

Il me semble encore entendre le ronronnement rassurant du gros poêle à bois, protégé par une grille, qui réchauffait nos froides journées d'hiver.

A la fin de la journée, nous devions à tour de rôle balayer la classe, remplir les encriers sans nous maculer les doigts, épousseter le bureau et nettoyer le tableau noir. En hiver, nous nous hâtions de partir car la nuit tombait vite et nous avions plusieurs kilomètres de marche à travers la campagne pour rejoindre les hameaux où nous vivions. A cette époque, les transports scolaires n'avaient pas encore fait leur apparition.

L'école républicaine de Jules Ferry a maintenant beaucoup changé. Les méthodes d'apprentissage de la lecture, de l'orthographe et du calcul ont été remaniées maintes et maintes fois ; la discipline et la morale ne sont plus que de vagues souvenirs.

Les quelques années passées à user nos fonds de culotte sur les bancs de cette école sont bien loin. Ce bond dans mon enfance est empreint de beaucoup de nostalgie. Je referme doucement la porte de la classe endormie sur le passé et je repars vers la maison.

Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /Mars /2009 08:14
L'école communale... 


Il est encore un peu tôt pour rentrer. Je vais faire un détour par le bourg pour revoir l'école communale transformée aujourd'hui en musée. Un peu en retrait, le bâtiment est protégé de la route par une haie haute et des chênes énormes. Je me retrouve toute tremblante devant le portail de la cour qui me paraît bien plus petite que dans mon souvenir. Mais les deux marronniers, qui lâchent leurs fruits bruns et brillants sur l'épais tapis de feuilles mortes, sont toujours là. Au fond, les toilettes sont alignées : les garçons regardaient quelquefois par-dessus la porte pour embêter les filles Le préau, où nous nous protégions des intempéries pendant la récréation, est adossé au mur. Ici et là, sur le sol, des marelles à demi effacées font resurgir bien des souvenirs. Je me revois, avec mes copines, jouer à cache-cache, aux barres, à colin-maillard, faire une ronde ou parcourir la cour en sautillant à cloche-pied. Les garçons tapaient dans un ballon, s'affrontaient aux billes, se bagarraient ou s'amusaient aux gendarmes et aux voleurs...Quand la cloche tintait, nous nous mettions en rangs. Les garçons enlevaient leurs casquettes. La maîtresse vérifiait nos tenues : la blouse devait être impeccable, les mains et les cheveux bien soignés et les chaussures parfaitement cirées. Puis nous rentrions en silence.

 Je pousse la porte de la classe fermée sur la poussière et les devoirs d'autrefois. Je contemple ce capharnaüm comme une vitrine du passé. L'odeur du papier, du cuir des cartables, celle plus tenace des protège-cahiers, celle un peu plus douçâtre de la craie et de l'encre, titillent encore mes narines et font resurgir des souvenirs enfouis depuis longtemps. Je revois mes camarades sortir des pupitres, patinés par le temps, les plumiers, les ardoises et leurs éponges, les craies...Je me rappelle du silence et des bras croisés pour écouter la maîtresse. Gare à celui qui parlait : il se faisait tirer les oreilles, ou donner des coups de règle sur le bout des doigts, ou mettre au coin. On ne badinait pas avec la discipline. On commençait la journée par la leçon de morale rédigée en belle calligraphie ronde sur le grand tableau noir. Je me souviens des pages d'écriture que nous nous appliquions à remplir à l'encre violette, d'une main hésitante, en tirant la langue ou en pinçant les lèvres, courbés sur nos pupitres en bois. Avec la plume sergent major, il nous fallait réaliser des pleins et des déliés en évitant de déposer sur la page des pâtés. Ceux qui écrivaient de la main gauche se faisaient taper sur la main. Puis venait l'épreuve de calcul mental à la craie blanche sur l'ardoise noire.


Par B. B. - Publié dans : témoignages
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