Regards philosophiques (161)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :

« Proverbes et dictons :

une philosophie populaire? »

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Débat :

► Je me suis posé la question, qu’est-ce qu’un dicton ? C’est, je pense, plus un moyen de comprendre la nature, les éléments, résultant d’une lente maturation de la pensée humaine et de l’observation ; observation de ceux qui ont pris le temps de relever des phénomènes récurrents, voire même, de manière non évidente. Dans tel dicton, on va dire que s’il pleut tel jour, donc, dans vingt-huit jours, il y aura de la grêle. Ce sont des observations sur des siècles, qui sont rendues dans une forme orale et mnémotechnique.

J’ai l’impression que tout le reste : sentence, adage, maxime, c’est peut-être à partir du modèle du dicton, c'est-à-dire, toujours la suite d’une longue maturation de la pensée, des phénomènes, qui peuvent être aussi d’ordre humain, psychologique, politique ou historique.

Ces sommations, à un moment donné, trouvent une cristallisation dans la parole, et cela devient après des chaînes générationnelles, un héritage commun.

Alors, on peut se dire : Mais, qu’est-ce qu’il y a de vrai dans les dictons ? Qu’est-ce qui en demeure ? Est-ce qu’on est prisonnier avec eux d’une sorte d’intemporalité ? Et la nature humaine serait-elle toujours à l’identique ? Ou est-ce que telle vérité de dicton, qui semblait intemporelle, est devenue caduque avec le temps ?

► Cette traduction de l’expérience, des observations, rejoint la science, l’empirisme.

► Nous avons nombre de proverbes autour de la vérité, dont celui de Démocrite : «  La vérité est au fond du puits. » Cela est repris en peinture : La vérité sortant du puits, tableau de Debat-Ponsan, avec ses symboles : la nudité, le miroir.

Les proverbes, nous dit le Grand Robert de la langue française, sont « des vérités d’expérience ou des conseils de sagesse pratique et populaire ».

On parle aussi des proverbes comme sagesses des Nations, sagesses reprisent par la vox populi. Les proverbes sont : de bon sens, moraux, comiques, irrévérencieux, de savoir-vivre, de superstition et de croyance.

Les proverbes et les dictons restent facilement en mémoire par leur rythme, parfois par la rime ou des allitérations (avec des syllabes, des mots qui se répètent) et aussi souvent par leur concision.

Les proverbes et dictons dans toutes les langues se présentent souvent sous la forme de métaphores, d’images, ce qui permet qu’elles s’impriment dans l’esprit et qu’on les  mémorise plus  facilement. Le dicton appelle l’image. L’image appelle le dicton.

Ou c’est une question de génération, ou c’est une question de milieu, mais on a le sentiment que les proverbes et dictons n’ont plus la mode qu’ils avaient il y a encore quelques dizaines d’années. On peut ressentir les dictons comme des traces permanentes du passé, car souvent les gens qui vont se servir d’un proverbe, ou d’un dicton, commencent leur phrase en disant : ma mère disait souvent, ma grand-mère disait souvent. Alors, on a des réponses toutes prêtes, un répertoire dans le magasin de la mémoire, répertoire toujours à portée de la main, dont on use sans crainte de se répéter même si on l’utilise souvent, comme quelque chose qui revient, un refrain.

Les proverbes et les dictons peuvent être des marqueurs sociaux, en ce sens où, en fonction d’une origine, d’une province, d’un pays, d’une communauté, on se reconnaît dans les dictons utilisés.

D’origine paysanne, j’ai plus souvent entendu des proverbes pour résumer une situation qu’une longue analyse, et pourtant, cela résumait toute une pensée, dans une analyse héritée  des générations antérieures.

On a souvent employé pour les dictons et proverbes le terme de sagesses (au pluriel), ce qui étymologiquement se rapproche de la philosophie, de la « sophia » (« sagesse », en grec). Donc, nous avons affaire à une « sophia » populaire, sans voir dans cette expression un côté péjoratif. C’est une sorte de philosophie simple et à portée de tous, sans concept compliqué à apprendre, à retenir, laquelle sous-entend, et résume parfois de façon lapidaire, une démarche philosophique.

Montaigne qui appréciait le langage simple des paysans et leurs dictons, écrit parlant d’eux : «  …les propos des paysans,  je les trouve communément plus ordonnés selon la prescription de la vraie philosophie, que ne sont ceux des philosophes. » (Essais, II, §17).

 Il faut faire confiance, nous dit-il, à la simplicité, à la sobriété du commun.

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

avec lequel je garde un lien privilégié

en tant qu'un des artisans de sa création.

 

Publié dans culturels

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