Regards philosophiques (162)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :

« Proverbes et dictons :

une philosophie populaire ? »

4

Débat :

► Cherchant la différence entre dictons et proverbes, j’ai trouvé que le dicton était plus régional que le proverbe. Les dictons pris par pays nous disent ce qui est important pour un peuple ; par exemple, un proverbe chinois nous dit : « Il est plus facile de déplacer un fleuve, que de changer son caractère. » Ou : « Si perçante que soit la vue, on ne voit jamais son dos. »

J’en ai d’autres, plus particuliers, tels : « Qui avale une noix de coco, fait confiance à son anus ! » Ou : « Celui qui laisse tomber sa montre dans les toilettes aura un temps de M… ! » Ou : « Le putois ne sent pas l’odeur de ses aisselles. »

► Pour moi, les proverbes et dictons ne sont pas à proprement parler de la philosophie, mais c’est un tremplin pour philosopher. C’est une approche à la fois naïve et savante, qui peut, dans l’histoire de la pensée, remettre des questionnements en perspective.

En prenant des proverbes très connus, j’ai trouvé des oppositions, des contraires, comme dans ces quelques exemples : « Le monde appartient à celui qui se lève tôt. » Mais : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » Et mais : «  La connaissance s’acquiert par expérience, tout le reste n’est qu’information. » Ou : « Qui dort, dîne.» Mais : « L’appétit vient en mangeant. » Ou encore : «  la parole est d’or et le silence est d’argent. » Mais : « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. » On trouve aussi : « Cœur qui soupire, n’a pas ce qu’il désire. » Mais : «  Cœur content soupire souvent. »

► On cite souvent comme étant chinois ce proverbe [en l’attribuant à Confucius ou à Lao Tseu] : « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. » En fait, il s’agirait peut-être d’un soutra bouddhiste.

Ce qu’on méconnait un peu à propos des proverbes, c’est l’aspect linguistique. On oublie un peu trop le langage, qui est quelque chose de populaire par excellence. C’est vraiment le peuple qui le construit, qui le fait évoluer ; les doctes n’y peuvent rien. C’est intéressant de voir qu’à côté du langage, il y a les proverbes et les dictons que nous avons en commun. Il y a des proverbes qui se lexicalisent complètement, de telle sorte qu’on peut les placer dans une phrase, tel un mot, comme, par exemple : « Rendez à César », et, là, je peux m’arrêter.

Ce qui est amusant chez les Chinois, c’est que cela est un processus assez courant, où les « chéngyǔ », « expressions toutes faites », peuvent être ramenées à quatre syllabes, lesquelles deviennent des mots ; il y en a environ dix mille que tout le monde connaît. Beaucoup de ces proverbes font référence à une histoire, à une fable, comme celle du vieillard qui avait perdu son cheval dans la montagne, ce qui donne en quatre caractères : « vieillard – cheval – perdu -montagne », laquelle histoire fait se succéder et des bonheurs et des malheurs. Le proverbe ensuite va résumer tout le sens de cette histoire.

► Nous sommes là très près du proverbe français : « A quelque chose malheur est bon. »

► Je pense que le proverbe a une valeur initiatique et que c’est une école de la vie avec une portée symbolique, qui fait réfléchir et donne des clefs de compréhension pour nombre de situations de la vie.

Parmi les choses qui me paraissent intéressantes, il y a les morales des fables, où là aussi des proverbes font suite à une histoire, qui finissent sur un précepte, une morale souvent restée comme dicton à portée philosophique. Mais il faut être vigilant et être exact quand on cite un proverbe, par exemple : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; » de Descartes ; cela est devenu un proverbe avec le temps, mais cette partie de phrase [extraite du Discours de la méthode] est suivie chez Descartes de : « car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont.  » Sans la deuxième partie, on risque le contre-sens !

Il faut pour moi que les proverbes aient une portée initiatique, morale, utile, sinon ce ne sera que des bons mots.

 

 

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

avec lequel je garde un lien privilégié

en tant qu'un des artisans de sa création.

 

Publié dans culturels

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article