Regards philosophiques (163)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :

« Proverbes et dictons :

une philosophie populaire ? »

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Débat :

► Dans un texte sur les proverbes, Vox populo, Yves Cheraqui (qui est venu parfois à notre café-philo) nous dit : « Les détracteurs du bon sens ne manquent jamais de signaler que les  proverbes, c’est n’importe quoi, qu’on ne peut les prendre pour argent comptant, vu qu’il y en a toujours un pour dire le contraire de l’autre. » Parmi les exemples, il cite : « Quand on aime, on ne compte pas. » Mais, ajoute-il : « Les bons comptes font les bons amis. » Il y a de nombreux autres exemples de proverbes avec des sens contradictoires.

De tous les temps, les proverbes ont eu leurs envers, telle une médaille, comme nous le dit Alfred de Musset : « J’aime peu les proverbes en général, parce que ce sont des selles à tous les chevaux : il n’en est pas un qui n’ait son contraire, et, quelque conduite que l’on tienne, on en trouve toujours un pour s’appuyer. »

Bien sûr que les dictons et proverbes sont une forme de philosophie; philosophie du bon sens populaire, mais ce sont aussi des règles de vie, car le dicton conseille, met en garde.

Il n’y pas si longtemps, nos pays d’Europe étaient presque essentiellement agricoles ; une majorité de gens ne savait ni lire ni écrire. Toute leur « philosophie » tenait dans des formules, des formules pour beaucoup héritées du latin, du vieux « françois », ramassées quelquefois en quatre mots et avec assonance, ce qui les rendait d’autant plus faciles à mémoriser. Dans son livre publié en 1557, Proverbes et dicts sentencieux avec l’interprétation d’iceux, Charles de Bovelles donne des exemples : « En l’eau endormie, nul ne se fie. » – « Par savoir, vient avoir. » – « Tel vice, tel supplice. » - «  Dict sans faict, à Dieu ne plait. » Etc.

► Si nous trouvons dans les proverbes tout et son contraire, cela est aussi vrai pour la philosophie qui peut défendre des thèses contradictoires et dans tous les systèmes de pensée.  Par contre, ce qui est intéressant, c’est de savoir ce qui l’on dit au moment où on le dit ; ce qui compte c’est de sortir le bon proverbe au bon moment, là où je vais faire une démonstration, dans un contexte ; qu’importe alors que le contraire existe !

► L’observation des ancêtres est ramassée dans ces formules ; elle a servi de point de départ à cet héritage de ces dictons repris par toutes les générations suivantes.

► Dans mon pays, le Gabon, dans ma tradition, les proverbes sont ce qui régit beaucoup de choses dans la vie quotidienne, dans la vie sociale. Cela va des mariages, au règlement des conflits, etc. Chacun va chercher le proverbe qui renverse le proverbe de l’autre et c’est celui qui va sortir le meilleur proverbe au bon moment qui va l’emporter.

Dans notre tradition, c’est encore l’oralité qui prime. Alors ! Est-ce philosophique ?

Pour le moins, c’est une démarche vers une philosophie, puisque tout proverbe part d’une longue observation, de réflexions qui ont construit une certaine pensée.

► Si on doit résumer ces duels de proverbes, c’est le mot qui tait, c’est le mot qui tue.

Par ailleurs, j’ai l’impression qu’il y a ambivalence dans les proverbes, puisque, nous l’avons dit, cela peut servir un message, ou un tout autre, ou être une parade. Il y a aussi ambivalence sur le rôle du proverbe, parce qu’il peut être utilisé afin de faire taire l’autre, utilisé comme une arme et fermer le débat. Cela peut bloquer la discussion, car comment contester quelque chose qui se dit depuis des siècles.

J’ai entendu que Musset critiquait les proverbes, mais cela ne l’a pas empêché de faire des pièces dont les titres étaient des proverbes, tels que : Il faut qu’une porte soit ouverte, ou fermée.  Ou : Il ne faut jurer de rien. 

Les proverbes sont le ciment d’une société ; on sent que l’on a des choses en commun. En France, en particulier, un bon tiers nous vient des campagnes, du monde rural, puis d’Esope et de La Fontaine. Il me semble que le proverbe est souvent associé à un récit ; le proverbe évoque l’histoire. Les phrases, les formules qui ont été retenues, devenues proverbes ou dictons, ont été polies par des milliers d’utilisateurs ; c’est ce qui fait qu’une parole devient une sorte de bijou, formule qui peut être figée, mais extrêmement précieuse, telle une pierre précieuse. Il faut du temps et du temps, il faut beaucoup d’appropriation pour qu’une phrase, une formule, devienne un dicton.

► Il y a des proverbes qui ont été remis au goût du jour, comme : «  Le monde appartient à celui dont les ouvriers se lèvent tôt ! », Ou ce proverbe très connu «  Plus il y a de fous, plus on rit. » modifié en «  Plus il y a de fous, moins y a de riz ! »

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

avec lequel je garde un lien privilégié

en tant qu'un des artisans de sa création.

 

Publié dans culturels

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