Roman : La rivière savait… (58)

Publié le par M. P.

(Suite)

Pour dire un dernier adieu à Laurent, ils ont préparé un texte qu’ils liront lors des obsèques.

Il y a foule dans la petite église où beaucoup de monde vient rendre hommage à cet homme honnête et généreux qui a passé sa vie aux services des autres.   

Après avoir pris un dernier verre et mangé la traditionnelle croustade des Pyrénées, les parents, amis et voisins nous quittent, non sans regrets.

Dans la résurgence d’un passé enfoui qui refait soudainement surface, ma vie se décline à l’imparfait et entre en résonance avec la nostalgie des jours heureux de mon enfance.

Les souvenirs passés nous reviennent en mémoire.

Nous évoquons Laurent, Élise...et Mamilou !

Quelques larmes et sanglots remplissent mon coeur amer qui semble se noyer.

Mais la présence des enfants me ramène au présent, ici et maintenant.

Salma raconte sa vie et son travail à Bayonne.

Maël, à son tour, relate quelques anecdotes concernant ses élèves.

Le soleil darde la campagne alentours de ses rayons ardents.

Tout comme lui, les enfants ensoleillent nos cœurs, estompant les contours pigmentés de rouge de notre douleur allégée.

Demain, j’irai à la rivière !

Consolée par la flore qui s’anime au gré du vent tandis que l’onde frémit sous des jeux de lumière, j’admire la splendeur des coloris nouveaux. Par ce jour de plein bleu, en cet instant de vie où la mésange traque les chenilles, un rouge-gorge sautille dans les fourrés. Les feuilles ondulées des chênes attirent mon regard. J’aperçois alors, au travers du feuillage, deux silhouettes dans le lointain.

Sous un torrent de verdure, cette alchimie de verts parfumée à outrance me renvoie les parfums de l’amour.

Au travers de mes incertitudes, il n’y a plus de doute. Je ne rêve pas. Ils sont là ! Enlacés...

La chemise blanche de l’amant tutoie les longues boucles brunes de sa princesse.

Un ange côtoie ma fille bien-aimée !

Je suis à la fois surprise et émerveillée face à cette vision éblouissante qui me touche.

Cela me ramène des années en arrière, lorsque Béni, également vêtu de blanc et en ce même lieu, m’avait séduite.

Ne voulant pas être intrusive, je quitte la rivière de ce pas.

Elle, et elle seule, saura vous raconter l’histoire de Maël et de Salma, vous berçant de leurs amours naissantes, un jour d’été, dans un petit village au pied des Pyrénées...

... Il était une fois ... tel un conte de fées ... une petite rivière où l’eau ruisselle en serpentant dans un jeu de lumière focalisant le regard sous la ramure des aulnes flirtant avec le vent ...

Je pourrais rester là, des heures entières, à contempler le mouvement de cette eau cristalline éclaboussée de milliers de joyaux éclatés, tombés des astres ou du soleil...

 

Quand le silence bruisse à l’aube fraîche et sage

Quand l’abeille butine, quand les oiseaux pépient

Que j’entends s’élever la brise du feuillage

Je sais que le jour vient, que la vie reprend vie.

 

Je sens la vie qui va...

 

Par l’étincellement du jour qui vient de naître

Par la sève qui coule dans les chênes et les hêtres

Par l’orge et par les blés ondulant sous le vent

Je sens la vie qui va ici et maintenant.

 

Je sens la vie qui va par ces jours et ces nuits

Bercés par la douceur de tendres mélodies

Le murmure du vent froisse l’onde vibrant

Sur des jeux de lumière aux éclats de diamants.

 

Les coquelicots luisent d’un rouge flamboyant

Et les genêts se gorgent d’un soleil rayonnant

Les arbres resplendissent de bourgeons éclatés

Quand la vie se parfume d’essences inopinées.

 

Par ce feu d’artifice aux éclats de bonheur

Flâne la poésie jusqu’au fond de mon coeur

L’air s’adoucit d’arômes et les sucs d’orangers

Vont courtiser la vigne avant de s’envoler.

 

Par la mer pétillante, légère et chaloupée

Où se mire l’azur aux bleus étincelés

Je sens la vie qui va sur cette onde placide

Vers l’horizon lointain où le soir s’indécide.

 

Par ces scènes magiques dentelées de tendresse

Sous un ciel irisé, le soir fait la promesse

D’une nuit calme et tiède magnifiée de doux rêves

Où le soleil rougit en caressant la grève.

 

Je sens la vie qui va se perdre dans la nuit

Par les premiers frissons de septembre qui fuit

La brume vient nacrer les beautés de ce monde

Qui me laissent rêveuse, les yeux rivés sur l’onde.

***

(FIN)

Publié dans culturels

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