Regards philosophiques (173)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :

« De l’envie et de la jalousie  »

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Débat :

► Je suis surpris qu’on pose cette question de la jalousie et de l’envie en café-philo, il y a des choses plus importantes à débattre, comme le vivre ensemble.

► On ne peut refuser de débattre sur quelque qui touche les individus et la psychologie. Ensuite, on doit faire un partage entre la jalousie entre deux personnes et celle entre trois personnes.
Lorsque l’envie oppose à une personne, on est alors envieux, on est saisi d’emblée ; c’est une pulsion qui nait en nous. La psychologie nous dit que l’envie est la première pulsion, première manière d’entrer dans le monde. L’envie est ce sentiment très violent, où l’on constate chez l’autre quelque chose de bon, quelque chose d’extraordinaire, et qui s’accompagne aussitôt de la nécessité de le détruire.
Si je me rappelle bien la Bible, cela commence précisément par un problème d’envie : Caïn envie le sort de son frère Abel et il le tue. L’histoire de l’humanité, suivant cette histoire, commencerait par un meurtre lié à l’envie et c’est pour cela que cela s’appelle un péché capital, car de celui-là découleront les autres.
Quant à la jalousie, on est là dans un autre degré d’organisation, on arrive à reconnaître l’autre, à tisser des liens avec l’autre, et vient alors la peur d’en être dépossédé, et, là, la situation n’est plus fondée sur deux, mais sur trois personnes. Je pense qu’il y a dans la jalousie quelque chose qui est fondé sur l’homosexualité, car quand une femme est jalouse, elle prend plein de renseignements sur sa rivale, il y a une sorte de projection dans cette dernière.

► Quand on parle de péché capital, c’est bien sûr suivant les Evangiles. L’envie n’est pas un péché « capital » dans d’autres civilisations, dans d’autres religions.
Lorsqu’on parle d’envie ou de jalousie, on ne parle pas de reflexe animal, comme je l’ai entendu, mais du point de vue humain, même si l’homme est un « animal raisonnable ». Dans sa sexualité et la sensualité, la jalousie, cela fait partie de l’humain.

► Quelques remarques sur des interventions : D’abord, je pense que la jalousie, comme l’envie, sont des sujets de psychologie et, de fait, des sujets philosophiques par essence. On ne peut pas parler de l’humain, sans parler de ses émotions, voire de ses pulsions.
Puis la question a été posée de savoir si on pouvait vivre sans jalousie.
Dans les années 1960, des hippies en Californie vivaient dans des communautés, où personne n’était la propriété de personnes, où les hommes et les femmes changeaient de partenaires au gré de leur fantaisie sans que cela pose de problèmes de jalousie. Mais, inévitablement, il se trouva deux êtres qui avaient une forte attirance et qui devenaient jaloux. De fait, ils retrouvaient cette norme ancestrale ; la jalousie renaissait avec l’amour. Je ne connais pas réellement d’expérience dans nos sociétés occidentales où l’on ait éliminé la jalousie.

Enfin, pour aborder un autre aspect de la jalousie, laquelle n’est pas, dans le couple, réservée à un aspect sexuel. Etant amoureux de ma femme, si elle a une relation intellectuelle privilégiée avec quelqu’un qui va prendre une place trop importante dans son esprit, s’il y a des pôles d’intérêt dont je suis exclu, si je suis écarté, alors, là sans qu’il y ait infidélité ou tromperie,  va naître un fort sentiment de jalousie. C’est alors l’emprise d’une autre personne. Le couple, c’est un lieu sacré, un univers, un jardin intime ; l’intrusion d’un tiers est une trahison, comme un viol, dans la sphère la plus privée qui soit.
Pour la provocation, je pose la question de savoir si la jalousie est plus féminine ou plus masculine ?

► Lorsqu’on va voir les définitions de ces deux mots, envie et jalousie, il y a comme une bascule. Donc, je me suis dit : c’est la même chose ! Non ! Ce n’est pas tout à fait la même chose ! Pour moi, l’envie c’est un sentiment qui peut être stimulant. Par contre, la jalousie n’est jamais stimulante ; de plus, elle est une source de crainte, parce qu’on n’a pas confiance en soi, parce qu’on ne fait pas confiance à l’autre. Donc, l’une est stimulation, l’autre est destruction.

J’ai recherché ce qui est positif dans l’envie ; il semble que lorsqu’elle est raisonnée et raisonnable, que quand elle cherche à conforter sa vie, à améliorer celle des autres, qu’elle ne cherche pas à nuire, elle est utile. Donc, cela passe par l’envie de vivre mieux, de comprendre, de partager, de se perfectionner, d’aimer.
Les effets négatifs de l’envie, c’est sa démesure, c’est quand elle devient convoitise, cherche à nuire, devient malveillante.

L’envie a ses dérapages : au niveau psychologique, par exemple, quand on perd sa propre personnalité pour ressembler à un modèle X, Y ; au niveau intellectuel, quand on croit qu’on peut rivaliser avec des êtres plus doués que soi, avec des savants.
On dit qu’on n’est jaloux que de ce l’on aime, oui ! Cela, c’est bien ! A condition que ce sentiment ne soit pas obsessionnel, car l’amour doit se vivre dans le respect de la liberté de l’autre. La jalousie ne doit pas aboutir à la domination, ni à l’enfermement de l’autre.
Quand ce sentiment de jalousie devient une inquiétude obsessionnelle, cela peut pourrir la vie, cela peut conduire au drame.

 

 

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

Avec nos remerciements.

 

Publié dans culturels

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