Regards philosophiques (174)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :

« De l’envie et de la jalousie  »

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Débat :

► Comment distinguer envie et jalousie, ces deux passions et passions tristes de surcroît ?
Dans son dictionnaire de philosophie, André Comte-Sponville les considère comme parfois synonymes, mais indique ce qui les distingue : « L’envieux voudrait posséder ce qu’il n’a pas et qu’un autre possède et le jaloux veut posséder seul ce qu’il croit être à lui. L’un souffre du manque, l’autre du partage. » Il ajoute : « De plus, il arrive que l’envie s’apaise, soit parce qu’on possède enfin ce qu’on désirait, soit parce que celui qu’on enviait ne le possède plus. La jalousie, non. Parce qu’elle s’entretient d’elle-même par le soupçon et les interprétations interminables de signes. » Ainsi, et je cite toujours : « L’envie est un rapport imaginaire au réel (qu’est ce que je serais heureux si ….) ; la jalousie est un rapport réel à l’imaginaire (qu’est ce que je suis malheureux de …) ; l’envie a un rapport à l’espérance, la jalousie à la crainte. »

Quand on analyse ainsi, comme Comte-Sponville, ce qui caractérise et ce qui distingue envie et jalousie, on se situe dans un certain type de société : une société régie par la logique de l’avoir, du posséder et non par une logique de l’exister, de l’être. Certes, on peut dire que l’envie et la jalousie sont dans la nature humaine, mais elles sont aussi fonction du type de société où on se construit et où on se trouve. Il me semble que les recherches utopiques de communautés humaines sans relation de propriété et sans relation de domination (hier, les kibboutz ou certaines  communautés monastiques, ou, aujourd’hui, certaines communautés agricoles de production et de consommation) montrent que, dans un tel contexte social, envie et jalousie sont moins exacerbées.
Finalement, envie et jalousie ont une réalité sans limitation possible, du point de vue sensuel et  sexuel, mais  ne  sont-elles pas,  là encore, fonction du modèle dominant? Il faudrait, pour en discuter, avoir connaissance d’études psycho-anthropologiques pour les confronter à notre expérience.

Cela n’exclut pas qu’on puisse parler de notre expérience et juger, par elle, des modèles de relation humaine qui nous sont proposés.

► La jalousie a créé  des situations dramatiques, comme en certains endroits d’Afrique où se pratique encore l’excision, cette mutilation sexuelle des femmes, et ceci afin qu’elles ignorent le plaisir, qu’elles ne soient pas tentées de chercher du plaisir.

► S’il y a ambigüité entre jalousie et envie, c’est peut-être parce qu’il y a une pulsion et que la société va tenter de dépasser cette pulsion ; il y a peut-être la transformation de toute l’énergie de cette pulsion qui est quelque chose qui doit construire et non détruire.

Le poème de Florence :
(Pantoum)

Jaloux

Moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux
Tu es ma création, ou ma caricature
Je suis le loup-garou qui voit des loups partout
Et je vis dans tes yeux comme une dictature

Tu es ma création, ou ma caricature
Sur le jeu de la vie, je suis le cheval fou
Et je vis dans tes yeux comme une dictature
Si tu respires ailleurs, je me pends à ton cou

Sur le jeu de la vie, je suis le cheval fou
Quel que soit le hasard, je crée la forfaiture
Si tu respires ailleurs, je me pends à ton cou
Tu es ma seule envie et ma seule aventure

Quel que soit le hasard, je crée la forfaiture
Un regard échangé peut me mettre en courroux
Tu es ma seule envie et ma seule aventure
Tu es mon seul doudou et je suis ton chouchou

Un regard échangé peut me mettre en courroux
Je soupçonne et j’épie, pour moi c’est ma nature
Tu es mon seul doudou et je suis ton chouchou
Et si tu files un jour, je prends la filature

Je soupçonne et j’épie, pour moi c’est ma nature
Pour un oui, pour un non, là je te prends le chou
Et si tu files un jour, je prends la filature
Je me veux un bisou tatoué sur ta joue

Pour un oui, pour un non, là je te prends le chou
J’ai fermé les verrous, j’ai construit des clôtures
Je me veux un bisou tatoué sur ta joue
La seule échappatoire est une sépulture

J’ai fermé les verrous, j’ai construit des clôtures
Je t’offre des bijoux, je suis à tes genoux
La seule échappatoire est une sépulture
Je suis plus cramponné qu’un bataillon de poux

Je t’offre des bijoux, je suis à tes genoux
Oui, je suis le caillou, logé dans ta chaussure
Je suis plus cramponné qu’un bataillon de poux
Tu n’es que mon joujou, tu es ma créature

Oui, je suis le caillou, logé dans ta chaussure
Tous les jours je suis lourd, la nuit je suis hibou
Tu n’es que mon joujou, tu es ma créature
Moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux !

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

Avec nos remerciements.

 

Publié dans culturels

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