Regards philosophiques (175)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :

« De l’envie et de la jalousie  »

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Débat :

► Sophie Bessis, dans son œuvre L’occident et les autres. Histoire d’une suprématie, nous décrit avec talent la jalousie de petites filles tunisiennes envers des petites Françaises blondes au sein d’un lycée à Tunis : « Ensuite, elles faisaient leur communion. En costume de petites mariées, avec traîne et voile de tulle, missel à la main et distribuant autour d’elles des images pieuses, elles venaient en grande pompe dans la classe saluer leur maîtresse avec une modestie triomphante, et recevaient d’elles des congratulations qui nous brisaient le cœur. Qui d’entre-nous, musulmanes et juives partageant une fois de plus les mêmes ténèbres, n’a rêvé au moins une fois dans son enfance d’être catholique pour pouvoir être admise dans cette féerie ? »

► Nous avons des singularités, même nos différences hommes/femmes au-delà du discours ambiant. Il y a quelque chose qui manque entre l’envie et la jalousie ; ce que je trouve formidable, c’est le désir de choisir ce que l’on sera, sans avoir besoin d’une législation.

► Nous avons été jaloux en tant qu’enfants. J’ai trois garçons qui étaient jaloux de leur père, comme il arrive parfois que les filles soient jalouses de leur mère. Peut-être que c’est fondateur et que c’est ainsi qu’ils vont se construire, en dépassant l’image idéalisée.

Texte de Michelle :

Je t’aime, mais m’aimes-tu assez au point d’être jaloux.
Si tu ne m’aimes pas vraiment, tu ne peux être jaloux.
Je ne crains pas l’amour pour être aimée en retour.
Je suis sur la vague qui me donne envie d’aimer pour créer.
Rien ne m’arrête car j’ai la passion en moi.
Jalousie, je te refuse dans ma vie.

► Depuis la mythologie, avec la jalousie d’Héra envers ce « chaud lapin » de Zeus, celle-ci a inspiré des tragédies, des romans, des contes de fée, des fables, des scenarii au cinéma, des chansons…

Dans les tragédies, elle nous montre ce qui est en fait des crimes passionnels, crimes de la jalousie. Euripide nous a fait vibrer avec Médée, laquelle, pour punir Jason, va jusqu’à tuer ses propres enfants. Celle-ci dit à son époux : « Tu n’allais pas,  après m’avoir rejetée de ton lit, passer une vie de plaisir, à te moquer de moi. [...] Je t’ai rendu, comme il se doit, coup pour coup, droit au cœur. »

Chez Sophocle, on tremble avec Déjanire, qui offre le voile mortel à Iole pour se venger de l’infidélité d’Héraclès. Elle finira par se suicider.
Shakespeare nous lègue un chef d’œuvre avec la jalousie d’Othello envers la pauvre Desdémone, jalousie créée et attisée par l’envie du perfide Iago qui a distillé le venin de la jalousie dans l’esprit d’Othello.

Heureusement, Feydeau a su mettre en scène la jalousie pour en faire un divertissement et nous faire rire avec le personnage récurrent du mari cocu. Par exemple, dans une pièce de boulevard, le mari surprend l’amant dans la chambre de sa femme ; il le somme de partir, de se rhabiller, et alors l’amant, ayant du mal à remettre ses chaussures, demande au mari, s’il ne pourrait pas lui prêter une corne ! Pour citer une chanson qui parle de l’envie, voici quelques lignes traduites d’une chanson espagnole créée par le cubain Antonio Machin en 1936 (paroles : Hermanos Garcia Segura) :

Envidia
J’ai envie des vallées
J’ai envie des rivières
J’ai envie des rues
Que tu as parcourues sans moi
J’ai envie des roses de ton jardin
J’ai envie de ce mouchoir qui a séché  tes larmes
Parce que tout cela fut près de toi
Et toute cette envie n’est que mon amour

► Récemment, des reportages dans des couvents nous montraient l’épanouissement des Sœurs qui étaient à l’abri des ces sentiments d’envie, car elles étaient dans une famille où le premier principe était l’égalité. Elles sont plus heureuses que si elles étaient restées dans la société.

Pour moi, l’envie c’est très sain, même si on sait qu’on n’aura pas forcément ce dont on a envie.

► Dans les couvents, nous sommes dans un univers bien différent : les individus sont hors des passions et la sécurité du lendemain y est assurée ; ce n’est pas comparable à la vie courante.

► Effectivement, dans des structures fermées, couvents, monastères, il n’y a pas de problème d’envie ; pour la jalousie, c’est moins sûr. On est dans un univers où il n’y a pas de compétition, alors que dans le monde « réel », nous sommes en compétition, de l’école au monde du travail ; c’est même, hélas, parfois, une méthode de motivation, où la jalousie est instrumentalisée.

► Oui, bien sûr, il n’y pas de jalousie dans des structures monastiques, où il s’agit de Frères et de Sœurs, mais surtout parce qu’il y a un amour supérieur, un amour égal pour tous, celle d’un dieu. Cette horizontalité supprime cette envie d’avoir ce que l’autre a ou de vouloir détruire ce que l’autre a de plus. Donc, il faut aller vers plus d’égalité, plus d’uniformisation. Il reste la différence des sexes, nous disent certains psychanalystes, l’envie d’avoir le sexe de l’autre, « l’envie de pénis ».
L’actualité nous parle d’indifférenciation avec la théorie du genre, c’est un peu aller vers le clonage, l’individu indifférencié, quelque chose comme l’envie d’un monde orwellien ; il se développe un sentiment haineux de la différence.

► Nous avons vu en Chine une société où ces sentiments d’envie et de jalousie ne paraissent pas ; cela pourrait venir aussi d’une pensée unique.

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

Avec nos remerciements.

 

Publié dans culturels

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