Roman : La mystérieuse robe blanche (5)

Publié le par M. P.

Roman :
               La mystérieuse robe blanche
                                         

                                            Martine POUTOU

5

En ce dimanche 27 avril, Tédéric allait fêter ses 39 ans.
La veille, comme chaque samedi, il était allé au champ situé sur les hauteurs de la rue des Bignes, dans son petit village au pied des Pyrénées.
De la route étant, on pouvait apercevoir la grange fenière, joyau de vieilles pierres, à l’intérieur de laquelle dormaient les outils aratoires.
En direction de Bartrès, sur la droite, juste au sortir d’Adé, cette ancienne bâtisse dominait les pacages fertiles où les vaches laitières paissaient autrefois paisiblement.
Ce bâtiment, aux murs faits de galets jointoyés au sable et à la chaux, respirait jadis les fameux pampres de ces terroirs à vignes divinisés par Joseph Genêts, le maître des lieux.
C’est pourtant sur ce terrain pentu qu’il avait perdu la vie.
Son tracteur s’était retourné. Il était mort sur le coup !
Son vieux labri, qui ne le quittait pas d’une semelle, s’était laissé mourir de chagrin.
Lison, sa douce, ne s’était jamais remise du décès de son tendre époux. Ce soir là, ne le voyant pas revenir du champ, Tédéric était allé à sa rencontre.
Il avait trouvé son père inerte, coincé sous l’engin.
Son regard torve était rivé vers le ciel, le chien couché à ses côtés. Cette image ne l’avait plus jamais quitté.
L’image de la mort, dans son rôle de coryphée, qui avait happé, ex abrupto, le dernier souffle de cet homme.
Mais aussi, l’image des spires écorchées des feuillus tremblant d’effroi, celle des résineux transis dont les larmes d’ambre transperçant leur écorce luisaient comme après une averse.
Depuis ce jour, sa mère lui avait fait promettre de ne plus jamais cultiver une seule parcelle de cette terre maudite.
Seuls, le prolixe potager et le verger aux ombrages zélés situés à l’arrière de leur maison restaient vivants.
Alors, depuis ce jour de printemps, il y a 20 ans de cela, jour pour jour, Tédéric ne s’y rendait que pour y tronçonner du bois.
En effet, au débouché du champ, en montant vers Bartrès, s’étiraient les chênaies et les châtaigneraies balançant leurs branches qui s’entremêlaient au gré du vent.
Ainsi, tel un pèlerinage, Tédéric s’y rendait chaque samedi.
Ces après-midi là, il côtoyait ses terres de long en large et ne s’en lassait pas.
Contrairement à sa mère, il trouvait le lieu musqué et lénifiant.
Son père avait su lui insuffler sa passion de la nature et des arbres.
 

(A suivre)

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