Roman : La mystérieuse robe blanche (6)

Publié le par M. P.

Roman :
               La mystérieuse robe blanche
                                         

                                            Martine POUTOU

6

Et comme à chaque fois, il s’asseyait au pied du noyer séculaire qui avait obombré ses siestes d’enfant au cours des durs labeurs qui, sans aucun répit, monopolisaient ses parents.
Là, il se délectait face à la vue panoramique qui s’offrait à lui, véritable belvédère ouvrant ses bras sur la chaîne Pyrénéenne maculée de neige jusqu’au printemps.
Sous un ciel bleu de Fès, il scrutait ces hautes montagnes aux épis de faitage laqués d’un blanc laiteux.
Ce chapelet de pics se profilait à ciel ouvert les jours de plein bleu.
Là, il reconnaissait sans conteste, l’aiguille du Pic du Midi pointant son nez en direction du ciel immense et changeant du sud-ouest. Il écoutait le silence solennel de cet espace de vie sous des jeux de lumière à la soierie froissée.
Ebloui par l’aménité de cette fabuleuse chaîne montagneuse, il saluait d’une révérence intime, la majesté de ce monde.
Parfois, il lui semblait que l’âme de son père rôdait toujours dans les parages.
Les coteaux paisibles, où dansaient les fougères, défloraient sa peine, mouchée par le manque de ce père auquel il avait été si fortement lié.  
D’où son attachement à cette terre, brune et fertile, propice à la culture du blé et du maïs, où le bonheur d’antan résonnait dans les pâturages mousseux.
Cette rencontre nécessaire lui redonnait force et courage pour continuer le chemin que la vie traçait devant lui.
Les soirs d’hiver où il tardait à rentrer, quand la nuit allumait ses astres scintillants, la phosphorescence des pics neigeux laissait deviner le contour des sommets crayeux se déployant à l’infini.  
Il savait mesurer l’ampleur et les bienfaits de cette jouissance et c’est pourquoi rien n’aurait pu le dissuader de venir en ces lieux.
Par cette belle journée de printemps, il randonnait, nonchalant, clignant des yeux, aveuglé par la forte luminosité d’un soleil ardent luisant sur chaque brin d’herbe, sculptant la cime des arbres, les coiffant d’une mantille d’or.
En avançant sur le chemin qui mène au pré, son regard se fixa sur une tache blanche qui scintillait dans l’herbe verte.
Il pensa tout d’abord qu’il s’agissait d’un sac en plastique éconduit par le vent ou par quelques polissons venus batifoler dans le coin.
Puis, s’approchant de plus près pour le ramasser, il s’étonna de trouver là, un morceau d’étoffe.
 

(A suivre)

 

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