Roman : La mystérieuse robe blanche (12)

Publié le par M. P.

Roman :
               La mystérieuse robe blanche
                                         

                                            Martine POUTOU

12

La grande table rectangulaire au plateau épais et ses deux bancs en bois massif s’étalaient devant un large buffet en noyer comprenant deux portes et deux tiroirs. Bien que de facture ancienne, son bois reluisant sentait toujours la bonne odeur de cire.
Au-dessus, apposé sur le mur meringué, il y avait un écriteau en néflier sur lequel on pouvait lire :
Reçois, rend, fuis,
mais pas n’importe quoi
ni de n’importe qui !

Dans l’angle, l’horloge comtoise rythmait paisiblement les heures, activant toujours aussi fièrement son balancier.
Cette salle, autrefois bien sombre, n’avait rien perdu de sa rusticité, malgré la rénovation des murs, crépis de blanc. Bien au contraire, elle en avait gagné que plus d’éclat.
La pause d’une véranda jouxtant ce lieu, l’éclairait davantage. C’est dans cette ambiance baignée de lumière, que Lison aimait vivre.
Elle y passer des heures à lire, à rêvasser …
Depuis son accident cérébral, elle avait réduit considérablement ses activités, vivotant dans ce décor feutré où elle cherchait le réconfort.
Car, elle ressentait continuellement cette même sensation de froid et un besoin viscéral de chaleur et de lumière.
De l’autre côté de la pièce, une porte entrouverte laissait deviner sa chambre. On pouvait entrevoir le grand lit qui pleurait chaque nuit l’absence de Joseph.
Un boutis améthyste, fleurdelisé, venait parer cette couche surélevée par un épais sommier et un matelas de laine.
Au-dessus, un Christ en bois sculpté veillait sur la chambrée.
La grande armoire en chêne massif arborait fièrement ses deux battants à panneaux chantournés, le fronton et la ceinture étant décorés de paniers fleuris et de feuillages.
Son tiroir inférieur ne servait plus de pantalonnière.
Lison y rangeait toutes sortes de babioles qu’elle gardait précautionneusement en souvenir de tel ou tel événement.
On y trouvait toute une vie ; des photos, des cartes postales, du courrier, des coupons de tissu, des affaires de couture, de la laine, des aiguilles à tricoter, une boite à musique, une boite à bijoux, des souvenirs rapportés de quelques endroits visités, des bougies, le cierge ayant servi pour la communion de son fils, une poupée bigourdane et son compagnon, un chapelet, une mantille, et bien d’autres choses encore enfouies dans ce fourbis aussi clairement que dans sa mémoire.
Dans un recoin de cette pièce, Tédéric avait fait ajouter une douche, un lavabo ainsi que de toilettes, tout ceci étant délimité par deux battants vitrés, l’escalier rustique à pente raide n’étant plus accessible à sa mère.

(A suivre)

 

Publié dans culturels

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