Roman : La mystérieuse robe blanche (8)

Publié le par M. P.

Roman :
               La mystérieuse robe blanche
                                         

                                            Martine POUTOU

8

Son plus grand désarroi à l’évocation de sa perte étant de quitter ce fils bien-aimé, le laissant seul, sachant toute la peine qu’il en aurait.   
Lorsqu’il naquit, elle avait 35 ans alors que Joseph venait d’en faire 38. Depuis ce jour merveilleux, elle s’était donnée, corps et âme, pour le bonheur de cet enfant chéri.
Ils l’avaient, tous deux, tant espéré !
Il avait fallu l’attendre si longtemps !
N’y croyant plus, ils s’étaient fait une raison, après tant d’années de mariage et de vie commune.
Elle avait 25 ans le jour des noces.
Un an auparavant, pour la Libération, elle avait connu Joseph.
Ce jour-là, en compagnie d’un groupe d’amis, elle était venue à pied depuis Adé, rejoignant la foule en délire devant la gare de Lourdes.
Lui et ses frères, accompagnés de quelques camarades, avaient pris les vélos.
Partant des Baronnies, ils étaient arrivés à la Grotte bénie.
Comme ils l’avaient promis, ils venaient remercier la Vierge Marie d’avoir bien voulu les garder vivants.
Plutôt que de partir en Allemagne, ils avaient fait le choix de rejoindre le Maquis, et ils avaient vécu la guerre, cachés dans les montagnes, au risque de leur vie, engagés dans la Résistance, jusqu’à ce jour inoubliable de l’été 44.   
Flottant au milieu des flonflons de la fête, leurs regards s’étaient croisés. Ce fut le coup de foudre immédiat.
Leur cœur venait de se sceller à tout jamais, pour le meilleur et pour le pire.
Mais, malgré ce fol amour et la même passion qu’ils éprouvaient l’un envers l’autre, aucun enfant n’était venu combler leur bonheur.
Alors, depuis ce jour mémorable où leur adorable bébé était entré dans leur vie, ils n’avaient vécu que pour lui.
Ce jour même où elle avait vu Joseph pleurer pour la première fois.
Comme ils l’avaient choyé, bercé, câliné, ce petit homme, au point de s’en oublier eux-mêmes.
Ils le faisaient suivre partout et partout l’on pouvait entendre ses gazouillis et le chant d’amour qui courait dans les herbes hautes, éclaboussant la campagne environnante.
A ce jour, Lison se demandait si trop d’amour ne l’avait pas blasé, à tel point qu’il en était resté célibataire.  
Il avait eu quelques amours de jeunesse, des amourettes comme on dit. Elle l’avait entendu dire, car dans ces petits villages, c’est bien connu, tout se sait.
Mais, elle savait aussi qu’il n’éprouvait aucun désir de fonder une famille. Elle voyait bien l’indifférence qu’il manifestait envers les filles, évinçant toute éventuelle liaison.
 

(A suivre)

 

Publié dans culturels

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