Roman : La mystérieuse robe blanche (9)

Publié le par M. P.

Roman :
               La mystérieuse robe blanche
                                         

                                            Martine POUTOU

9

Et bien qu’elle en soit affectée, elle respectait sa décision, c’était son choix.
Son métier d’instituteur dans une classe unique d’un village voisin lui apportait une entière satisfaction.
Là était sa vocation.
Plus que cela, c’était une passion.
Mises à part ses sorties hebdomadaires et ses vacances rêveuses, flânant ici ou là en plein cintre de la région et des montagnes, rien, plus rien, ne comptait pour lui, hormis sa mère, évidemment.
Ce soir là, il rentra comme à l’accoutumée.
Après avoir déposé un baiser sur la joue de sa mère, il lui tendit les quelques brins de muguet.
- Du muguet, déjà ! S’étonna t-elle. Il est en avance par rapport aux autres années ?
Il lui sembla qu’il allait répondre, mais n’en dit rien.
Il resta un moment, le regard pendu, sans mot dire.
Il semblait réfléchir.
- Tu as l’air bien pensif !
Il regardait à ses pieds s’épanouir les géraniums, mais ses pensées étaient toujours là-bas.
Dans le nid de la mésange, au cœur même du poirier, on entendait les oisillons exerçant leurs sissones.
Leur mère ne va pas tarder à rentrer, pensa t-il.
Il s’assit près de sa mère, sur le petit banc, lui racontant ce qu’il avait trouvé dans l’herbe.
- C’est tout de même étrange ! Je ne m’explique pas comment cette robe a pu atterrir dans le pré, n’ayant vu trace d’aucun passage ni d’aucune présence en ce lieu. Demain, je retournerai aux vignes (c’était ainsi qu’ils nommaient l’endroit) afin de voir si elle y est toujours.
D’après la description détaillée dont il avait fait le rapport à sa mère, cette dernière pensa qu’il s’agissait là  d’une robe  confectionnée dans de la broderie anglaise.
Ce détail lui donnait peu d’indices. Par contre, il en avait déduit qu’elle devait appartenir à une personne assez menue et de taille moyenne.
Lison se moqua de lui, soumettant l’idée qu’elle devait appartenir à une dryade venue là pour le séduire.
Mais il avait passé l’âge des contes de fées et la nymphe des bois ne lui faisait plus peur.
Il se souvenait ainsi de quelques lectures faites le soir par sa mère au moment du coucher. Et bien qu’il sache lire, cette femme aimante avait continué longtemps ce rituel qu’elle avait instauré. Chaque soir, il attendait le chapitre suivant de ces contes qu’elle prenait tant de plaisir à lui lire. Il repensait à « Babar », « Oui-Oui », au « Petit Chose », au « Général Dourakine », à « La chèvre de Monsieur Seguin », et tant d’autres qu’il n’avait pas oubliés.
 

(A suivre)

 

Publié dans culturels

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article