Regards philosophiques (186)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :

« Les hommes ont fait l’histoire,

ou,

quelques hommes ont fait l’histoire ?  »

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Débat :

► Pendant longtemps, comme cela a été évoqué, on n’a retenu de l’Histoire que l’événementiel, les guerres, les batailles, ce qui rapproche du proverbe : « peuple heureux n’a pas d’histoire ». Bien sûr, aujourd’hui, la transmission de l’Histoire est toute différente ; elle est enrichie et elle s’appuie sur d’autres disciplines.
Par ailleurs, on peut considérer que parfois le recul sur les événements est nécessaire, car alors les passions se sont éteintes, il n’y a plus ces désaccords entre certains témoins.

► En dehors des grands hommes, des groupes ou des peuples ayant fait l’histoire, on ne peut pas éliminer la grande part du hasard, de ces petites choses qui auraient pu changer le cours de l’histoire, ce qui est illustré avec la formule du « nez de Cléopâtre* », et « la face du monde » ou si Madame Bonaparte mère n’avait eu que des filles… Bref, cela fait partie d’un style en littérature nommé l’uchronie, c’est-à-dire tenter de réécrire l’histoire à partir d’un élément très différent, comme dans l’ouvrage d’Eric-Emmanuel Schmitt La Part de l’autre, où nous  est racontée l’histoire d’Adolf Hitler, telle que nous la connaissons, et l’histoire imaginée du même personnage s’il avait été reçu à son concours des Beaux-Arts à Vienne.
[* « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de terre aurait changé. » Blaise Pascal. Pensées, 162.]

► Dans les récits anciens, comme chez Homère, c’est la muse Clio qui est invoquée ; c’est elle qui va inspirer celui qui va écrire l’Histoire. L’Histoire est dans tous les récits de l’aède qui entend les muses.

► Et c’est Clio qui tient le volant de l’Histoire !

► En revenant aux causalités des événements, on trouve, par exemple, pour la Révolution française, des causes économiques (mauvaises récoltes, imposition lourde…), des causes politiques (montée de la bourgeoisie…), des causes psychologiques (mollesse de la personnalité de Louis XVI…) et des causes idéologiques (la philosophie des Lumières… La Révolution française est-elle née de ces quatre causes additionnées ?

« Si nous cherchons à contempler le miroir en soi, nous ne découvrirons finalement rien d’autre que les choses qui s’y reflètent. Si nous voulons saisir les choses, nous n’atteignons finalement rien d’autre que le miroir. Tel est l’histoire universelle de la connaissance. » Cette phrase de Nietzsche [dans Aurore] veut peut-être nous dire que, nous-mêmes écrivant notre Histoire, nous n’y voyons que ce que nous voulons y voir, que nous ne savons pas voir au-delà du miroir.

► On ne peut connaître le miroir en soi. Telle est l’idée de Nietzsche. Pour lui, les historiens nous parlent de l’Histoire selon eux-mêmes. En fait, cela sous-entend : est-ce que les historiens « racontent des histoires » ?

► Longtemps l’Histoire, le sens de l’Histoire était surtout défini par des puissants, par des dynasties, des grandes familles, des idéologies. Aujourd’hui, il semble que « le pilote dans l’avion » soit la puissance financière, l’argent comme maître du monde. Beaucoup, déjà, nous disent que les différents systèmes politiques ont perdu le contrôle. « Les politiques sont-ils encore aux manettes ? », tel est le titre d’un article dans ce sens, publié par Philosophie magazine N° 66 de février 2013 dans le dossier « Y a-t-il un pilote dans l’histoire ? », et qui débute ainsi : « C’est un sentiment viscéral de désorientation qui nous gagne. Le sentiment que l’histoire se déchaîne en tous sens sans que nous ayons la moindre prise sur son cours : à l’image d’un avion volant à plein régime mais au cockpit désespérément vide. [...] L’avenir jadis tout tracé est devenu si illisible que certains nous parlent d’une « fin de l’histoire ». Et pourtant ! Les philosophes – de Saint-Augustin à Hegel en passant par Machiavel – nous invitent à identifier des logiques cachées à l’œuvre sous le cours apparent des événements. L’histoire est-elle cyclique comme les saisons ? S’apparente-t-elle à une succession de luttes ou encore à un processus rationnel indépendant des volontés individuelles ? Selon la réponse qu’on donne à cette question s’esquissent différentes parades à la menace du déclin. »
Nombreux sont ceux-ci qui constatent, hélas qu’ils ne peuvent plus orienter l’histoire des peuples. L’ère de « l’égoïsme intelligent » du philosophe anglais Thomas Hobbes serait advenue, nonobstant quelques modèles qui résistent, comme en Amérique du sud. Nous entendons que nous sommes arrivés à « la fin de l’histoire » (concept hégélien repris récemment par Francis Fukuyama) : alors le pilote automatique serait-il en route ?

 

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

Avec nos remerciements.

 

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