Les trois coups... (10)

Publié le par M. G.


            Le trou de mémoire

Je révise, je récite, je maitrise… et pourtant… arrive, le jour J, à l’heure H,  le fameux « trou de mémoire » n’import’ où, n’importe quand, n’importe comment,  sans prévenir, sans pouvoir  négocier quoi que ce soit, avec qui que ce soit  ! Patatras ! Tous les gris-gris de la terre entière, les rebouteux, les guérisseurs, les sorciers, les chamanes, les mentalistes, les poulpes  ne peuvent rien y faire.
    Ce trou béant, à l’image du « trou noir » dans l’Espace, sans sons, paralyse et fige l’acteur, dans une  « posture de glace », comme à Gavarnie , lui,  qui était pourtant au sommet de sa forme ; ce rappel, coup de massue,  à la réalité est sans pitié, sans sommations. C’est la « fosse profonde des iles Marianne de l’océan pacifique ».
    Question : « Docteur, comment prévenir ce mal du comédien ? »
1/ Diafoirus, Knock ou Docteur House, ensemble,  peuvent prescrire, pour mettre de l’ordre dans la mémoire,  du Magnésium, tout en mangeant du chocolat, du poisson, et autres alicaments…  
2/ La troupe peut anticiper, un peu comme Nostradamus, en mettant en place  un ou deux souffleurs. Ceci dit, le trou de mémoire  est si abrupt et confondant qu’il freine le comédien à se référer à cette « roue de secours », ces « anges Gabriel » bizarrement.
    Il faut, comme l’alpiniste du Tourmalet, éviter la chute en passant, le pied sûr, au bord du ravin.
    Il faut, comme Haroun, parcourir le périmètre du volcan, sans tomber dans la fosse pleine de lave  brulante.
     Il faut, comme le surfeur d’Hossegor, attaquer la vague géante, sans hésiter, sans réfléchir outre mesure, sinon c’est le dixième de seconde qui est fatal et c’est la catastrophe !
     Ces différentes métaphores, comme des amphores retrouvées dans un pavillon hellène enfoui dans les eaux profondes, ont l’avantage de parler d’elles mêmes.
     C’est vrai qu’au théâtre, une des principales difficultés, pour l’acteur, est de devoir se souvenir de son texte ; je me souviens d’avoir vu un comédien professionnel  local, que je ne citerai pas, le pauvre,  de surcroit prof de théâtre patenté, se vautrer  pathétiquement, à plusieurs reprises, sur une pièce classique, dans son « jardin ».
    Je vous le disais, le trou de mémoire ne prévient pas ; on peut passer une très mauvaise après midi alors que le temps était annoncé au beau fixe par Catherine Laborde.
    Le public sympa, bienveillant,  peut applaudir pour la relance, mais, la rustine arrive trop tard,  le mal est fait.
     «  Le trac, c’est cette sensation diffuse qui vous envahit le bas-ventre, c’est une solitude de derrière le velours, personne ne peut plus rien pour vous, alors vous faites le tour de tout, plusieurs fois, à commencer par le texte que vous savez pourtant depuis longtemps. Vous vous le récitez en italienne en marmonnant, avec un sourire béat avec sourcils froncés. Le trou de mémoire vous raccroche à l’enfance et à son ignorance dans un monde tellement savant. C’est être définitivement puceau. » dit ironiquement, mais de façon réaliste, le comédien Philippe Torreton.
Mais …qu’est ce qui m’arrive ? Je suis en nage... je me réveille… je me frotte les yeux… j’étais entrain de faire un cauchemar, il va falloir que je m’enlève ces mauvaises pensées de l’esprit, sinon ça va recommencer…
 

Publié dans théâtraux

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