Roman : La mystérieuse robe blanche (36)

Publié le par M. P.

Roman :
               La mystérieuse robe blanche
                                         

                                            Martine POUTOU

36

Il n’arrivait plus à lire. Sa vue s’était brouillée.
Sa gorge se nouait et ses mains tremblaient de plus en plus. Où trouver la force de continuer à dire l’indicible ...
Il s’arrêta, reprenant sa respiration, cherchant en lui la force de combattre ce tsunami qui venait le submerger. Dans la semi-pénombre envoyée par la douce lueur de la lune, dans le frémissement diffus de la terre endeuillée, dans l’humilité et la résignation, dans l’abandon révérencieux de ce monde, elle prit sa main et la porta à ses lèvres.  
Sous la voûte pudique de ce mémorable soir, dans un murmure agonisant, elle y déposa un tendre baiser dans un dernier « Je t’aime ! ».
Dans le fouissement de l’abysse vertigineux, dans un état de grâce, sa main glissa doucement de celle de son fils adoré.
Elle sentit le dernier baiser qu’il venait de déposer sur sa joue, signant son profond attachement à celle qui lui avait donné la vie.
Quand elle partit en paix, se vautrant dans un silence éternel, Tédéric sentit tout son être tombait en ruine et son coeur désoeuvré éclater dans un ineffable effondrement.
Il ressentit un immense vide envahir son corps et flétrir son âme.
Un vide incommensurable qui le laissait inerte, abasourdi, le regard fixe plongé sur le visage apaisé de sa mère défunte. Il fut étonné de ne pas pleurer.
Tout comme les mots, les larmes restaient bloquées au tréfonds de son être en déprédation.
Il resta là, longtemps …
La lettre toujours serrée au bout des doigts, comme un bien précieux, dernier lien le nouant encore et encore à cette mère aimante qu’il chérissait plus que tout.
Elle avait attendu qu’il trouve enfin l’amour pour quitter ce monde trop lourd à porter.
Il reprit la lecture là où il l’avait laissée …
… Et lorsque ton petit te dira, tout comme tu me disais : « Apprends-moi ! », alors tu penseras à moi, à nous, à ces instants magiques qui nous unissez, qui ont bercé nos …
Une autre porte de son cœur venait de s’ouvrir, déverrouillant la douleur par une déferlante de larmes libérées.
Le submergeant, d’un coup, à flot, sans réticence !
Il n’entendit pas ce léger bruit dans la pièce d’à côté.
Elsa venait de se réveiller, envahie par une étrange sensation de froid qui lui glaçait le sang.
Elle n’aurait pas su dire depuis combien de temps elle s’était assoupie.
Yanou dormait paisiblement dans le berceau situé tout près de son fauteuil.
Elle revêtit son châle de laine, le posant sur ses épaules. Elle pénétra dans la chambre de Lison, s’approcha de son lit à pas feutrés. Aussitôt, Tédéric l’informa, d’une voix faible et chevrotante, que c’était fini.
Dans un silence assourdissant, elle alla déposer un baiser sur le front de la défunte, tout comme Tédéric venait de le faire. Puis, elle lui caressa délicatement la joue du dos de sa main, sentant encore la tiédeur de sa peau, en dépit de l’effroyable nouvelle qu’elle venait d’apprendre.
Sans un mot, elle s’assit aux côtés de son mari.
Elle pria. Elle lui prit la main, la serra dans la sienne.

(A suivre)

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