Regards philosophiques (201)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :

« L'art rend-il l'homme meilleur ? »

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Débat :

►Dans une de ses œuvres [R comme résistance tiré du film L’Abécédaire], Gilles Deleuze dit : « L’homme ne cesse pas d’emprisonner la vie, de tuer la vie, la honte d’être un homme. L’artiste, c’est celui qui libère une vie, une vie puissante, une vie plus que personnelle ; ce n’est pas sa vie. »
Que nous dit donc Deleuze ? Que notre être, notre condition humaine, nous enferme et que, comme nous sommes bien conscients, trop conscients qu’étant toujours en dessous de l’idéal que nous pourrions poursuivre, que ne sachant pas échapper à nos démons, c’est l’artiste qui réhabilite, qui crée du beau, qui met l’homme au-dessus de sa condition par l’acte de créer. Ainsi, l’art nous grandit, nous redonne confiance dans l’homme, nous redonne confiance en nous. Donc, Deleuze nous dit que l’art nous libère de nous-mêmes. C’est aussi ce que nous dit Nietzsche à sa manière [dans Fragments posthumes] : « Nous avons l’art afin que la vérité ne nous tue pas. »
Autrement dit, l’art nous libère de nos certitudes, dont celle de notre finitude. Le philosophe a parfois de la difficulté à débattre de l’art, car ce dernier, ne se laisse enfermer dans aucun concept ni immanent, ni transcendant ; il échappe au réalisme comme à l’idéalisme, il est de fait a-moral. L’art peut être néanmoins un acte de liberté, presque un acte subversif. Ainsi, Delacroix veut rendre hommage aux insurgés de 1830. C’est très mal reçu ; il expose quand même son œuvre monumentale de La liberté guidant le peuple. Pour la petite histoire, il va même jusqu’à coiffer la femme qui est la Liberté du bonnet des anciens esclaves affranchis. L’artiste a œuvré pour plus de liberté, pour le progrès social, lequel est censé rendre l’homme meilleur. L’évolution d’une société s’appuie, se construit sur l’esprit d’une époque. Cet esprit se construit sur la culture d’une époque et les artistes sont les artisans, les bâtisseurs de cette culture. La création artistique a besoin du champ infini de la créativité. Rarement les artistes ont été du côté du pouvoir absolu. On a souvent dit qu’il n’y avait pas d’art sous les dictatures, sous les régimes autoritaires ; c’est faux et vrai à la fois. Vrai, car la création est souvent étouffée sous ces régimes, et faux, lorsqu’on repense à Sacha Guitry et Jean Anouilh et d’autres qui ont continué à créer sous l’Occupation, mais vrai également, car l’art fut parfois un acte de révolte que l’on veut réprimer. D’autre part, est-ce que l’artiste partisan ou captif d’une idéologie, captif ou engagé à fond dans une doctrine, est encore en création libre ? L’art, on le sait, peut servir une cause. Les œuvres de Wagner qui avait versé dans l’antisémitisme, au-delà de leur valeur esthétique, ont accompagné l’idéologie de la race supérieure. La musique adoucit les mœurs, soit ! Mais ce n’est pas pour cela qu’on me fera marcher au pas sur une musique.
Mais, soyons un peu optimistes : l’art peut sublimer, sublimer celui qui crée et sublimer un instant celui qui admire une œuvre d’art, mais de là à le rendre meilleur, on peut en douter. Mais on peut s’en remettre à une sagesse plus optimiste avec ces lignes de Nietzsche tirées de, Humain, trop humain : « L’art doit avant tout embellir la vie, donc nous rendre nous-mêmes tolérables aux autres et être agréables si possible : ayant cette tâche en vue, il modère et alors tient en brides, crée des formes de civilité, lie ceux dont l’éducation n’est pas faite à des lois de convenance, de propreté, de politesse… De plus, l’art doit dissimuler ou réinterpréter tout ce qui est laid… » 

► L’art rend-t-il meilleur ? On peut s’interroger sur cette formulation. J’aurais préféré, par exemple : « que nous apporte l’art ? », car la notion de meilleur, cela ressort du domaine moral. De plus, comment définir l’art : Un domaine ? Une discipline ? Des disciplines ? Comment le cerner ? S’il rend meilleur, qui va-t-il rendre meilleur ? L’artiste, les destinataires ? Est-ce que cela les rend différents ? Qu’est-ce que cela leur apporte ? L’art peut nous émouvoir sur l’instant, nous rendre meilleur, mais, à terme, qu’en est-il ? Ceux qui habitent à Chevilly-Larue ont pu lire dans Le Journal municipal d’octobre 2014 l’article Mémoire de l’archiviste municipal traitant de L’art présent dans la Cité aux Sorbiers et à La Saussaie. La SCIC (Société Centrale Immobilière de la Caisse des Dépôts), organisme de logement social créé en 1954 dans l’urgence de la crise du logement, avait en plus la volonté de rendre l’art présent dans la cité en y implantant des œuvres d’art. L’art était alors encore assez élitiste et des populations entières n’avaient pas l’habitude de côtoyer des œuvres d’art sur leurs lieux de vie ; cela avait pour but d’y rendre la vie plus agréable.

 

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

Avec nos remerciements

Publié dans culturels

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