Roman : "Au cœur de la tempête" (5)

Publié le par M. P.

Roman :
             

Au cœur de la tempête
                                         

                                            Martine POUTOU

5

Sa bonne humeur le rendrait plus léger et serein.
Elle savait qu’il s’inquiétait beaucoup pour elle.
L’assistante sociale devait passer dans la soirée.
Il fallait impérativement régulariser leur situation et mettre à jour les formalités de la procédure en cours.
En prenant son petit-déjeuner, elle regardait le jardin.
Un rouge-gorge venait de se poser sur une des branches du houx. Son plastron rouge étincelait sous la lumière vive de décembre, reflétant dans la neige immaculée qui jaillissait de partout. Ce tableau hypnotisant lui rappela les cartes de vœux reçues, jadis, à l’occasion du Nouvel An.
Le Nouvel An ! L’An 2000 approchait à grands pas !
Cela faisait bizarre. Léon disait qu’il avait l’impression d’aller voir un film de science-fiction et Pauline qu’on allait quitter le siècle de la vitesse. Un siècle allait tourner sa page avec ses guerres, ses gloires, ses progrès, ses élucubrations…
En attendant, ils passeraient le réveillon ensemble.
Aux douze coups de minuit, ils mangeraient les douze grains de raisin à s’en étouffer de rire comme à chaque fois. Et, comme à chaque fois, ils feraient un vœu, s’embrasseraient et Rémi ouvrirait le champagne.
Rémi, que toutes ses copines lui enviaient, ainsi qu’Inès.
Fille unique, cette dernière lui révéla un jour qu’elle aurait bien aimé avoir un frère comme lui.
C’est vrai qu’elle avait cette chance. Les jours de pluie, il l’attendait patiemment à la sortie de l’école, sous son grand parapluie de berger.
Sa longue silhouette au port altier lui donnait un certain charme et surtout, surtout, il avait les yeux d’un vert émeraude qui fascinaient.
Lorsqu’on avait eu l’occasion de le croiser, on ne pouvait plus oublier ce regard. Il avait hérité des yeux de sa mère, regard à la fois plein de bonté et de sagesse.
Il avait fréquenté Carole durant deux ans.
Carole ! Son premier grand amour, envolée du jour au lendemain vers un autre, sans aucune explication plausible de sa part. Depuis, c’était le calme plat. Et depuis, sa sœur aurait payé cher pour voir ces paillettes de jade allumer de nouveau son regard intense. Le jour de la naissance de Candice, le photographe de la maternité avait proposé ses services à madame Lassalle. Rémi posait sur quelques photos, serrant maladroitement sa sœur dans ses bras.
Elle se souvenait, pour les avoir regardées si souvent dans l’album de famille, de la joie profonde qu’exprimait ce regard rieur qui ne trompait pas. Onze ans les séparaient. Ses parents ne s’y attendaient pas et l’annonce de cet événement les avait plutôt déconcertés, cela ne faisant pas partie de leur projet. Mais très vite l’idée d’une petite fille dans la maison avait germé dans leur tête et, par la suite, ils s’étaient enthousiasmés de cet événement impromptu.
Tout d’abord, Rémi avait partagé avec complaisance sa chambre avec elle. Puis, par la suite, monsieur Lassalle avait mansardé deux pièces sous les combles afin que chacun y trouve son intimité.
 

(A SUIVRE)
 

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