Roman : "Au cœur de la tempête" (30)

Publié le par M. P.

Roman :
             

Au cœur de la tempête
                                         

                                            Martine POUTOU


30

 

Par une aube claire, ils avaient pris la route des dunes. Puis, à pied, ils avaient effectué une balade en forêt, dans les sentiers perdus entre les pins et les fougères.
Aux premières lueurs du levant, à la lisière des sous-bois, la brume se dissipait, laissant éclater le rose tendre des chemins bordés de bruyère.
Les pins à l’air altier, mouchaient le ciel câlin de leur coiffe verte et élégante.
Quelques filaments échappés de la fine barbe soyeuse de quelques petits nuages blancs glissaient sur le toit scintillant de la sombre forêt landaise.
La brise fraîche mais rieuse, réveillait l’automne, respirant la mousse et les essences de résineux qui s’évaporaient de cette brousse spongieuse.
Un écureuil méfiant filait au loin, son pelage de couleurs tièdes se mêlant aux rousseurs des feuillus, jusqu’à ce qu’il disparaisse.
Puis, la lumière jaillit soudain au pied des dunes océanes.
On entendait la mer plaintive ronronner sous les brumes diaphanes étouffant les embruns marins.
L’état sauvage de ce lieu, unique et précieux, plongeait leurs regards extatiques sur les dunes, dont le ventre arrondi, accueillait les premiers rayons de ce jour lumineux. Sur ce désert blanc, l’automne riait aux éclats d’un soleil berçant ce petit matin de ses bras cajoleurs.
Ce séjour inoubliable l’avait requinquée.

De retour à Pau, Joël fut de nouveau pris par son travail. Ce dernier ne lui permettant plus aucune absence jusqu’à la fin de l’année, ils n’iraient à Adé qu’après les fêtes.
Candice regardait souvent le ciel depuis sa fenêtre.
Elle n’y voyait parfois qu’une bruine fine qui imbibait son cœur de sa froidure l’obligeant à se rétracter. Son âme bienveillante venait alors éponger ses débordements.
Le philtre de leur amour se tarissait au profit de ce breuvage  salé par les larmes du désespoir.
Candice était souvent fatiguée et, ces jours-là, elle n’avait goût à rien. Ses sucs de vie puisaient leur miel, à la fois rares et précieux, dans ses réserves qui s’amenuisaient. Son quotidien se perdait dans la routine des tâches ménagères. Joël exigeait que tout soit propre et bien rangé, ne supportant aucun écart à ce sujet. Il la sommait de faire des efforts concernant la préparation des plats cuisinés. Ses critiques étaient acerbes, la dévalorisant dès qu’il le pouvait par des tombereaux de reproches.
Toujours insatisfait, il se plaignait ;
 « Trop de sel, peu aromatisés, trop ou pas assez cuits… » Tout cela ne l’empêchant pas d’en manger ou même d’en reprendre. L’exigence est une bonne chose obligeant à s’améliorer, mais les compliments aussi aident à avancer. Comme tout, l’exigence a ses limites et le « trop » peut entrer dans l’ordre du pathologique. Candice en venait parfois  à apprécier le farniente, ces moments lui étant même devenus indispensables pour ressourcer son mental.

(A SUIVRE)

 

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