Roman : "Au cœur de la tempête" (28)

Publié le par J. C.

Roman :
             

Au cœur de la tempête
                                         

                                            Martine POUTOU


28

 

Dans cet équilibre nécessaire à la survie, elle allait puiser ses forces.
Dans cet amour qui possède les clés de la sécurité affective, de la santé mentale, de l’autonomie, du bonheur, elle puisait sans s’en rendre compte, toute sa force de vivre jusqu’à s’en épuiser.
Elle se croyait suffisamment forte et armée pour combattre le mal qui rongeait Joël.
Ces excès d’humeur ne lui faisaient pas peur.
Elle avait envie de colmater ses souffrances, probablement ancrées en lui depuis l’enfance.
Qu’avait-il vécu de si douloureux ?
Si seulement il arrivait à en parler !
Mais ce terrain semblait miné de toutes parts et elle prenait le risque de s’y blesser.
C’était son choix et elle l’assumait, au prix de quelques moments de tendresse retrouvée par cette passion dévorante à laquelle elle s’était enchaînée.
Elle avait la sensation étrange d’être prise dans les mailles d’un filet. C’était à la fois un cocon et une prison.
A la fois sécurisant et étouffant !
Elle se donnait toute à lui, sans limites, soumise et disponible.  Il disposait d’elle comme il le voulait.
Elle était sa chose. Il lui prenait sa liberté, sa vie entière, et malgré tout, elle l’aimait au point de lui consacrer tout son temps.
Ses pensées n’allaient que vers lui. L’avait-il ensorcelé ?
Et lui, en retour, mise à part sa présence, que lui offrait-il ? Et si elle envisageait de partir, viendrait-il la rechercher ? Se mettrait-il à genoux, l’implorant de rester ?
Elle avait besoin de savoir s’il tenait réellement à elle, si son amour valait le sien, s’il méritait vraiment que sa vie lui soit consacrée.
Un soir d’octobre, Rémi avait téléphoné à l’heure du dîner, lui donnant quelques nouvelles de Faustine, lui racontant fièrement ses prouesses. Candice était heureuse de l’entendre et ils avaient engagé le dialogue beaucoup trop longtemps. Elle sentit Joël furieux de l’entendre converser ainsi, sans retenue et, malgré ces mécontentements manifestes, elle avait osé mettre trop de temps pour clôturer leur entretien. Si bien que, lorsqu’elle en eut fini, elle servit le repas, prête à tous reproches. Comme il n’en disait rien, elle se mit à table, mangeant avec bon appétit. Il en fit de même, mais il semblait bouder comme un enfant lorsqu’il est contrarié. Elle, se montra  désintéressée par ce caprice. Cependant, en fin de soirée, ne supportant plus ce jeu malsain, elle vint briser le silence :
- Tu n’as pas besoin de bouder pour un simple coup de téléphone ? J’ai bien le droit de parler à mon frère tout de même ?
 - Mais bien sûr ! Madame a toute la journée pour téléphoner, mais Madame choisit le moment de passer à table et s’étonne encore de l’effet que cela produit ! Tais-toi, surtout, tais-toi ! Ne me fais pas monter la moutarde…  Lui cria t-il sur un ton péremptoire.
 

(A SUIVRE)

 

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