Regards philosophiques (215)

Publié le par G-L. P. / J. C.

 

Thème :

« Penser ou agir, faut-il choisir ? »

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Introduction :

Si nous retrouvons dans cette question la même formulation que « boire ou conduire », il n’y a pas injonction de choisir. Penser et agir ne semblent pas dissociables à priori. Ce qui ne va pas nous empêcher de réfléchir à toutes les situations possibles, à celles où l’on va se consacrer plus à la réflexion qu’à l’action et à celles où va primer l’action. Nous devons envisager dans cette question ce qui va déterminer qu’on privilégie la réflexion ou l’action. Cela peut être propre à l’individu, dépendant de son tempérament, voire d’une certaine force de caractère. Comme l’a dit Gustave Le Bon : « Les volontés faibles se traduisent par des discours, les volontés fortes par des actes. » Mais on sait aussi que ce sont très souvent les situations qui vont déterminer si l’on privilégie l’action à la réflexion. Bien  malins ceux qui pérorent après sur ce qu’il aurait fallu faire au moment des choix.

Dans ce domaine, ceux qui nous exaspèrent le plus sont les discoureurs. Le discours souvent n’engage en rien ou il meuble l’incapacité d’agir, car c’est à partir d’actes, et non seulement de réflexions, que se construit un monde. « Le charpentier », écrit le stoïcien Épictète, « ne vient pas vous dire : « Écoutez-moi disserter sur l’art des charpentes », mais il fait son contrat pour une maison, la construit et montre par là qu’il est charpentier. »

Puis nous avons les indécis, ceux qui, voulant si bien faire, recherchent tant la perfection et ceux qui ont si peur de ne pas faire le bon choix qu’ils n’arrivent pas à se décider. Cela est imagé avec l’histoire de l’âne de Buridan qui déjà se posait la question : penser ou agir, faut-il choisir ? Choisir entre la bassine d’eau ou le picotin d’avoine ? Et finalement l’âne mourrait de faim et soif, non par faute d’avoir réfléchi, mais faute d’avoir pu choisir.
Un autre philosophe stoïcien, Sénèque, nous disait qu’il fallait parfois oser prendre le risque de l’échec : « Nous ne pouvons attendre pour agir que nous ayons la compréhension absolument certaine de toute la situation. Nous allons seulement par le chemin dans lequel nous conduit la vraisemblance. Tout devoir [officium] doit aller par ce chemin : c’est comme cela que nous semons, que nous naviguons, que nous nous marions, que nous avons des enfants. En tout cela, le résultat est incertain, mais nous décidons néanmoins à entreprendre ces actions au sujet desquelles, nous le croyons, on peut fonder quelque espoir… Nous allons là où de bonnes raisons, et non la vérité assurée, nous entraînent. »

Si nous réfléchissons un instant sur les grandes décisions que nous avons dû prendre au cours de notre vie, nous pouvons être amenés à penser que, parfois, un peu plus de réflexion aurait peut-être changé totalement le cours des choses. Mais on peut aussi admettre que certaines actions, certains choix qui ne seraient pas spontanés, qui ne ressortiraient que de la seule raison et non de sentiments, de certaines de nos émotions, feraient une vie sans aucune fantaisie.

 

(ASUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

Avec nos remerciements

 

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