Regards philosophiques (218)

Publié le par G-L. P. / J. C.

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Thème :

« Penser ou agir, faut-il choisir ? »

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Débat :

► Chez Descartes, le mot penser enferme tous les phénomènes de l’esprit : « c’est une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui veut ou qui ne veut pas, qui imagine, qui sent… »

► Dans la tragédie d’Eschyle Agamemnon, lorsque celui-ci rentre de la guerre de Troie, son épouse Clytemnestre, l’ayant remplacé en son absence, va le tuer, aidé dans cette tâche macabre par son amant Egisthe. Alors qu’elle est en train de tuer son mari, les vieillards (les sages de la cité) se concertent :

«  Quand ils entendent le roi crier sous les coups de hache de Clytemnestre, ils essaient de se concerter pour pouvoir lui porter secours ; mais il y a autant d’avis que de consultants :
- Allons, essayons de nous concerter entre-nous.

- Ce n’est pas le moment d’hésiter.

- Avant d’agir, il faut d’abord délibérer.

- Tel est mon sentiment.

- Il faut être bien renseignés avant d’agir.

-  Je me range à cet avis. [...]

Les gestes héroïques ne sont plus de leur âge […]. »

Les sages ont tant délibéré que, bien sûr, Agamemnon est, irrémédiablement mort !

► Nous voyons devant nous des personnes qui refusent de réagir devant des situations conflictuelles ; pour eux, suivant l’expression, « il est urgent d’attendre ! », « il est urgent de ne rien faire ! », autrement dit : « Attendons de voir comment le vent va tourner. » L’expression peut être utilisée lorsque la situation a besoin d’être décantée, qu’il faut plus d’éléments pour juger et agir. Puis, ce peut être une formule échappatoire lorsqu’on ne veut pas se prononcer, qu’on ne veut pas agir ou qu’on veut laisser pourrir une situation, une grève, un conflit social.

► Normalement, la pensée scientifique évolue à partir d’hypothèses qui vont ensuite se confirmer ou pas. Néanmoins, beaucoup de découvertes ont été le fruit du hasard, voire d’erreurs. Elles n’ont pas été précédées de la réflexion, une action sans pensée dirigée. Parfois, le hasard est acteur.

► En fait, je ne suis pas d’accord avec cette façon de voir la chose par ce hasard, cette erreur de manipulation. S’il n’y avait pas eu auparavant la pensée scientifique, elle n’aurait jamais pu être constatée et utilisée. Le scientifique se trouve alors devant une incise qui va amener la réflexion : qu’est-ce qui s’est passé ? Le hasard en science, c’est rare. Si on ne sait pas les causes d’un effet, on ne peut rien en tirer. Dans les découvertes, il y a aussi, le génie de l’intuition, mais, c’est là le résultat d’une pensée non consciente. Le cerveau parfois continue à réfléchir de son côté et un matin : « Euréka ! » J’ai trouvé ! Il y a une recherche classique, consciente, mais il y a la pensée qui flotte.

► Dans un film récent « I Origins » , une jeune chercheuse s’est engagée dans une tâche immense. Son chef de laboratoire lui dit : « On peut chercher comme ça toute une vie et ne rien trouver. » Ce à quoi, elle répond : « Déplacer des montagnes et ne rien trouver, c’est déjà un progrès. » Comme la réflexion scientifique, lever le doute fait avancer  la science.

► Hannah Arendt a écrit dans La vie de l’esprit que le simple fait de penser est en lui-même une entreprise dangereuse, mais que ne pas penser est encore plus dangereux.

► Dans une nouvelle d’Anatole France, l’auteur revoit un ami ancien ; ce dernier lui tend la main et, là, l’auteur relate avec force détails tous les souvenirs que sa mémoire réveille, tous les souvenirs qu’il a avec cette personne ; trois pages plus loin, il lui serre enfin la main.

► Lorsqu’ il nous faut mettre par écrit nos pensées, ces pensées qui surgissent parfois en cascades, ces pensées peuvent nous échapper avant que nous ayons pu les fixer. Ce qui nous montre que le temps de la pensée est bien différent du temps de l’action ; il faut bien plus de temps pour les transcrire.

► A priori, face à cette question, pour moi, penser et agir allaient ensemble, et puis, j’ai réalisé que, parfois, j’ai agi et pensé après.

► A « penser ou agir », je préfère : « penser et agir », parce qu’à trop tergiverser, on ne fait rien, et les indécis trouvent souvent des faux-fuyants, ce qui peut s’apparenter à de la lâcheté.

► Pour que penser sans agir soit de la lâcheté, il faut qu’il y ait intention et décision de ne rien faire. Mais, parfois, les gens qui décident de ne rien faire n’ont pas décidé, ni de faire, ni de ne pas faire : ils s’abstiennent ; c’est une sorte de démission, un évitement, une sorte d’aboulie ; on emploie aussi le terme moins courant de pusillanimité.

► Il est des hommes qui sont plus d’action que de pensée. Parfois, de grands hommes dans l’Histoire se sont appuyés sur des conseillers, ceux qu’on a nommés des éminences grises, qui analysent, qui préparent des discours, qui étudient des dossiers, mais qui ne pourraient sûrement pas mettre en action leurs pensées, prendre la parole en public, affronter la presse.

 

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

Avec nos remerciements

 

Publié dans culturels

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