Regards philosophiques (220)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Article précédent

Thème :

« Penser ou agir, faut-il choisir ? »

6

Débat :

► Dans la vie, voire dans les couples, il y a deux catégories de personnes. Il y a les fonceurs qui privilégient l’action sans trop se préoccuper des conséquences et qui disent : « Allez ! On y va ! On verra bien ! » Et puis, il y a les penseurs, ceux qui à force de peser le pour et le contre risquent parfois de ne rien faire du tout, de peur des conséquences.
Donc, il faudrait pouvoir être la synthèse de deux, ce qui n’est pas facile. Entre penser et agir, il y a parfois, la peur qui s’installe.

Alors, concernant ceux qui agissent plus vite qu’ils ne pensent, on dit : «  il a agi dans la  précipitation », « il a agi sans réfléchir », « il ne pensait pas à mal ». Et puis, faut-il le rappeler, souvent la passion l’emporte sur la raison.

► Voici une anecdote pour illustrer le sujet :

Le philosophe Leibniz voyageait avec un autre philosophe dans une région un peu montagneuse. Le cocher arrêta la voiture : il y avait un  glissement de terrain, la route n’était pas large. Le cocher regardait, allait et venait, observait, réfléchissait. Les deux philosophes se mirent à calculer le poids de la calèche, la force de deux chevaux, la pente, le diamètre des roues, etc., et dirent au cocher : « Après avoir fait une étude [autrement dit, après avoir mûrement réfléchi], nous pensons que nous pouvons passer. » – « Je ne veux pas passer, on va y rester ! », répond le cocher. Les deux philosophes se mirent en discussion, puis déclarèrent au cocher : « Là où le cocher ne passe pas, le philosophe ne passe pas ! » Cela nous dit que toute notre réflexion ne vaut pas, parfois, face à l’expérience de l’homme d’action.

► La pensée peut parfois ne pas être en vue d’action ; on peut se laisser porter par une pensée, une pensée rêveuse.

Penser seulement pour le plaisir et non dans un but d’agir m’évoque métaphoriquement  l’image d’un ciel nocturne merveilleusement étoilé qui offre gratuitement sa beauté à contempler sans rien attendre en retour, juste un grand bonheur. La pensée rêveuse, de temps en temps, qu’est-ce que ça fait du bien ! Le tout reste d’en sortir, bien sûr.

► J’ai lu un article qui expliquait que certaines zones du cerveau s’activaient en fonction d’un mouvement, mais qu’elles s’activaient de manière quasiment identique quand on pensait faire le mouvement et qu’on ne le faisait pas. D’une certaine manière, notre cerveau fait une distinction très faible entre la pensée et l’action ; il pense l’action et les muscles se mettent en marche ou pas. Le fait de faire ou de ne pas faire l’action de penser n’est rien comme occupation dans le cerveau. Dans le même ordre de grandeur, et c’est très amusant, c’est que cette même zone de cerveau s’active également, à un degré moindre, quand vous voyez quelqu’un faire la même action. C’est ce qu’on appelle une partie des neurones miroir. C’est ce qui fait, d’après ce que je disais, que, quand vous voyez quelqu’un devant vous qui se comporte d’une certaine manière, vous avez une idée de ce qu’il pense, parce que le fait de voir ces gestes entraîne dans votre cerveau une résonance dans les mêmes neurones qui penseraient cette action si c’était vous.

► Cela me fait penser à une expression : « Un bon bailleur en fait bailler dix ! »

► C’est un réflexe social.

► Penser peut empêcher d’agir, comme vouloir soigner une plaie chez quelqu’un et ressentir soi-même la douleur, au point qu’on ne peut plus agir.

► En 2002, Kevin Warwick, professeur de cybernétique à l’université de Reading en Angleterre, se fait greffer une puce dans l’avant-bras. La puce reçoit les informations du cerveau et communique avec lui. Lorsqu’il ouvre ou ferme sa main, la puce envoie une information sur Internet, sur un site, lequel envoie l’information à une machine munie d’une main mécanique. Lorsqu’il ouvre et ferme sa main, la main de la machine fait le même geste.
Donc, là, notre approche philosophique de « penser et agir » est sérieusement bousculée.

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

Avec nos remerciements

Publié dans culturels

Commenter cet article