Roman : "Au cœur de la tempête" (49)

Publié le par M. P.

Roman :
             

Au cœur de la tempête
                                         

                                            Martine POUTOU
49

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Candice la voit dans les fleurs qui ouvrent et ferment leurs corolles au gré du temps, dans le vent, dans la pluie, dans la mer, dans le regard de ceux qu’elle aime.

En ces jours de grand soleil, le jardin resplendit de couleurs chatoyantes.

Les massifs flamboient de partout lui signifiant que ses parents ont laissé leur trace sur cette terre fertile qui la nourrit de souvenirs. 

En juin de chaque année, pour chacun de ses anniversaires, madame Lassalle recevait des fleurs de son mari.

Elle avait pris soin de les planter à chaque fois, signant de ses mains, leur passage ici-bas :

Les hortensias roses déclinant au mauve, les lis étincelants, les cyclamens resplendissants, les bégonias jaunes marginés de rouge, les pompons fuchsia des dahlias diamantés de blanc, les rosiers à massif, en buisson ou grimpant, de couleur rouge ou orangée, rivalisaient avec les géraniums-lierre et le bougainvillier dont Claire prenait le plus grand soin.

A ce jour, Candice se réjouit de ces petits riens, source inépuisable, onguents précieux qui parfument les chemins dans la spirale de sa vie retrouvée. Chaque recoin évoque ainsi les jours heureux de son enfance et la réminiscence de ses parents ainsi que leur amour. Même les yeux fermés, l’odeur suave de ces parfums, mêlée à celle de l’herbe tiède et du buis, réveille leur présence.

Ils resteront ainsi vivants en elle jusqu’à la fin de ses jours.

Aujourd’hui, elle a la formidable sensation d’avoir enfin atteint le rivage après avoir inlassablement nagé.

Elle reste persuadée que le bonheur se trouve en chacun de nous, sur le chemin de la découverte de soi.

A moins qu’il ne soit possible de l’atteindre qu’après avoir longtemps vogué dans les tempêtes de nos vies.

Au cœur de ces tempêtes, ses printemps frileux s’effilochent et s’enrhument.

Ses nuits cauchemardesques ouvrent leurs ailes, s’envolant vers un nouveau décor.

Dans la rémanence d’un rayon de soleil, de la douceur de l’air sur sa peau, de la tiédeur d’une aube endimanchée, l’enfance lui revient avec ces quelques notes de musique que chantaient Barbara et que sa mère fredonnait souvent à mi-voix :

 « La joie de vivre, la joie de vi-i-i-vre…la, la, la, la, la… »

Alors, dans la splendeur ineffable de cette sensation de vivre libre, le ressac incisif, calmé par une houle débonnaire, engendre une accalmie sur son âme apaisée.

Au cœur de la tempête, l’espoir renaît !

Le vent transporte les cendres du malheur dans l’hypogée des souvenirs.

Cette formidable envie d’exister anime tout son être de sensations nouvelles, légères comme une plume, limpides comme l’eau d’une source, joyeuses comme le chant de la fauvette.

(A SUIVRE)

 

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