Regards philosophiques (223)

Publié le par G-L. P. / J. C.

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Thème :

« Humanisme et émigration »

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Débat :

► Il y a des gens qui s’opposent à l’immigration, alors que c’est une chose naturelle que d’accueillir les gens qui doivent fuir de chez eux, les réconforter, leur redonner le goût de la vie. Et je pense aux Maliens qui viennent d’un pays où il y a beaucoup de misère et ici, ils vivent mal car ils envoient une grande partie de l’argent qu’ils gagnent, au pays.

► Les émigrés peuvent ils compter sur l’humanisme de ceux chez lesquels ils viennent se réfugier ? Il faut reconnaître le magnifique élan de générosité individuelle en France depuis août 2015, peut-être lié à la médiatisation de la photo de ce petit enfant syrien noyé et échoué sur la plage turque. Mais cette  formidable réaction du cœur est à l’opposé des hésitations du gouvernement français à la traîne de l’Allemagne, et des atermoiements de l’Union européenne. Et encore plus à l’encontre des gouvernements de la Pologne, de la Hongrie, de la Tchéquie et de la Slovaquie. Et aussi en réaction aux propos xénophobes de l’extrême-droite française.
Néanmoins il faut distinguer la solidarité qui est une valeur de l’État républicain et qui impose l’accueil de réfugiés en vertu de conventions internationales des droits de l’homme, donc en vertu de l’humanisme comme principe de gouvernement, et la charité qui est une valeur propre à toutes les religions et qui implique l’individu. Je ne les oppose pas et je m’incline devant le comportement charitable qui me tente et met en question mon égoïsme.
J’ai moi-même bénéficié de cette générosité: j’ai été enfant cachée en 1943, à Monbahus dans le département du Lot-et-Garonne par une femme Lucienne Deguilhem qui a recueilli vingt enfants juifs, agissant avec un réseau de résistants et qui a été  honorée comme Juste depuis.  Et mes parents ont été accueillis et placés comme ouvriers agricoles chez des fermiers à Cambes de Pujols par l’ORT (organisation juive de reconstruction par le travail), une ONG créée en 1921 pour placer des réfugiés juifs et leur donner une formation professionnelle.
Mais j’applaudis les Etats et les communes qui mettent en oeuvre des structures d’accueil et d’insertion (logement, emploi, apprentissage de la langue, scolarisation des enfants) pour accueillir les demandeurs d’asile. Ivry est une de ces communes et j’en suis fière; cela est dans la tradition de ses valeurs
Quatre cérémonies de parrainages d’enfants de parents émigrés sans papiers ont eu lieu le 3 décembre 2005, le 17 juin et 9 décembre 2006 et enfin le 16 mai 2007, auxquelles j’ai participé en étant moi-même marraine .Cette initiative exemplaire a été prise avec l’idée  d’un lien « existant entre les hommes considérés comme membres de la famille humaine »; c’est la définition que donne le petit Robert du mot fraternité inscrit au fronton de nos afflux de migrants mairies
Il y a de nombreuses associations dont France terre d’asile qui mettent leurs membres et leurs compétences au service et des individus et des communes qui manifestent cette volonté humaniste.
Mais la question « Y a-t-il des limites à l’hospitalité? » m’obsède. D’une part, il y a un tel afflux de migrants et si peu de partage entre les pays d’Europe, et entre les communes en France par exemple, que l’insertion peut devenir très difficile et alimenter les réflexes xénophobes  .D’autre part comment réaliser l’intégration de tous ? C’est une question qui se pose davantage aujourd’hui qu’hier, parce que dans les années 50, la conscience collective était favorable à l’assimilation des émigrés alors qu’aujourd’hui se pose le problème de l’intégration des différences avec le risque de plus en plus grand de l’affirmation des moeurs et coutumes différentes, ce qui fait problème pour les pays et les communes d’accueil.
Il faut vraiment que les règles de l’insertion et que les moyens d’intégration soient clairs et appliqués. Et c’est aux gouvernants de travailler à indiquer les moyens d’appliquer les conventions internationales et aussi aux législateurs d’élaborer des lois et des décrets d’application pour une réelle politique du partage.
S’il ne faut pas confondre les migrants fuyant la guerre, les tortures, et la misère avec les Roms fuyant un pays qui ne peut plus les aider, néanmoins je veux vous raconter ce qui s’est passé à Ivry avec les Roms parce que cela pose le problème des moyens de l’accueil de la diversité culturelle.
Nous avions, sur le territoire d’Ivry, un énorme bidonville de 300 personnes roms. Depuis quatre ans la municipalité a travaillé à leur donner les conditions d’une vie décente. Elle leur a proposé un contrat d’insertion (un logement, des aides pour chercher du travail, la scolarisation des enfants et des cours d’alphabétisation). 32 familles ont très vite, avec le travail d’explication d’élus de la municipalité et de membres d’un comité de soutien, accepté ce contrat et ont été intégrées. Les autres qui ont refusé ont progressivement repris les habitudes de mendier, faire les poubelles et tout laisser traîner, et sont pour la plupart devenus trafiquants et en particulier de métaux. Pendant l’hiver, pour se chauffer ils ont brûlé des stocks de métaux, ce qui a entraîné des fumées toxiques pour les habitants des  immeubles voisins et notamment pour les élèves du collège voisin. Des enfants ont été intoxiqués et ont dû être hospitalisés…….Et on apprend maintenant (à vérifier) que certains sont logés dans des studios à 1500 euros de location par mois avec les aides du service étatique d’urgence.  Il y a des hôteliers pour profiter de la misère, comme il y a des passeurs pour profiter de la tragédie migratoire (comme cela a été bien montré dans une émission spéciale sur Arte). N’y a t-il pas là une perversion du droit d’asile?
Alors si je suis d’accord avec un tract diffusé par le comité de soutien des Roms : « qu’il ne faut pas chasser les pauvres mais la pauvreté »,  je pense qu’il faut mettre en œuvre à tous les niveaux (commune, région, État, Europe, et maintenant continent), les moyens adéquats pour une réelle intégration et qu’elle soit voulue des deux côtés de ceux qui accueillent et de ceux qui émigrent.
Et je conclurais avec le cri de Charles Aznavour «  c’est le melting-pot qui a fait de la France ce qu’elle est », .ce qu’elle est c’est à dire une terre de liberté ….pour ceux qui veulent ce contrat social.

(A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

Avec nos remerciements

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