Regards philosophiques (227)

Publié le par G-L. P. / J. C.

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Thème :

« Humanisme et émigration »

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Débat :

► Je me souviens de l’expression : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde »*. Et tout à coup, je pense aux gens qui ont été inondés sur la côte d’azur, sinistrés, et là celui qui a été épargné a aidé son voisin. Est-ce qu’on peut rejeter ceux qui arrivent d’un pays en guerre ? Quelles solutions ont-ils ?
*NDR (Les journalistes avaient tronqué la phrase de Michel Rocard, qui disait précisément : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, (virgule) mais elle doit en prendre sa part)

► Nous sommes le deuxième vendeur d’armes  au monde. Nous vendons majoritairement des armes à l’Arabie Saoudite, qui les revend à Daesh, qui tue, et qui pousse à l’exode…

► On est bien entrés dans les débats, on a des positions distinctes, et je réponds à deux questions entendues dans le débat, dont une demandait : est-ce qu’il y a un devoir, un droit d’asile ? Oui, et cela est à mettre au départ à l’actif de la Révolution française (Article 120  de la Constitution montagnarde le 24 juin 1793) révisé en 1936, et 1947, et puis existe le droit établi par l’ONU.
Sur les expressions solidarité et charité. Avant que n’existe le droit, il y avait un devoir d’asile avec toute sa subjectivité, donc faisant plus appel à la charité, ce qui devient solidarité avec   la loi républicaine. Mais si charité et solidarité se donnent la main, bravo !
Puis, nous avons entendu ce migrant bloqué par les policiers à la frontière hongroise qui disait : «  Nous sommes si nombreux, que nous sommes comme l’eau, et l’eau finit toujours par passer quelque part ». Alors, ça nous dit quoi ? Moi, ça me dit qu’il se pourrait fort que quoi qu’on fasse, avec le temps, avec les années, inexorablement il y aura des vagues d’émigration sur l’Europe, émigrations dues aux guerres, à la misère, au climat. Je pense que la France des années 2050 ne ressemblera en rien à celle de nos grands-parents. Alors quel combat mener pour ne pas aller vers la fin d’une civilisation ? Je pense qu’il faut être ferme pour intégrer avec nos valeurs républicaines,  avec la laïcité, toutes nos règles démocratiques, et œuvrer plus que jamais à transmettre nos valeurs culturelles.
En discutant de ce sujet brûlant  avec des parents plus jeunes que moi, j’entends : «  écoute ! Si à cette heure, un enfant naît à New-York, un autre à Amsterdam, un autre au Pakistan, et enfin, un, au Mali, est-ce ces quatre enfants arrivent au monde avec les mêmes chances ?». Je crois que le discours d’aujourd’hui est appelé à évoluer.

► C’est vrai qu’on n’a pas assez parlé d’humanisme, mais cela amène la vraie question, que faire ? Comment répondre de façon humaniste ? Je ne crois pas que c’est en laissant tomber des bombes au Moyen-Orient. Les guerres n’ont jamais réglé les problèmes, ça ne fait que de nouvelles blessures. Donc, ou il faut accepter le discours des médias : si vous n’êtes pas d’accord qu’il faut bombarder les centres terroristes, ça veut dire que vous êtes partisan de Daesh, de l’Etat islamique. Donc, on met la société en demeure de choisir, c’est un dilemme qu’on ne peut accepter.

► Je posais (plus avant) la question du droit d’asile dans le sens où celui qui arrive aurait un droit à l’hébergement, un droit d’asile. La question se pose de savoir si celui qui a le droit d’être accueilli l’impose à celui qui se fait un devoir de l’accueillir. On est dans le problème de la visite et de l’hébergement, là il y a à trouver le juste milieu.
Il faut remonter à l’origine : l’homme est à la fois animal, avec cette animalité qui fait qu’on se mange entre-nous, et de l’autre côté on a aussi besoin d’ouvrir nos cœurs. Donc, le sujet revient à dire : comment on le fait concrètement ?
Les solutions ne peuvent être que politiques, et là ça m’intéresse moins.

► Tout ce qui traite de notre vivre ensemble est politique.

► La question est souvent revenue : est-ce que celui qui arrive dans un pays doit se soumettre aux règles, aux lois du pays ? Quand on arrive dans un pays on n’a pas le droit d’imposer ses règles, et c’est aussi à celui qui arrive de respecter l’humanisme, respecter le contrat social du pays qu’il a choisi de rejoindre. S’il refuse, cela risque d’être difficile. Et là, que faire face à ce genre de situation ? Faire valoir le droit en tant qu’élément régulateur, ou simplement faire valoir la force ?

► Quelqu’un me disait que si on ouvrait les frontières, ça allait faire un terrible chambardement. Mais est-ce qu’il n’est pas souhaitable qu’il y ait ce grand chambardement, ce serait le moyen d’en finir avec ce modèle économique. Et là, il faudra reconstruire une nouvelle société ; il faut miser sur l’intelligence humaine pour faire un nouveau monde.

► Je trouve admirable, et étonnant que la question de l’Islam ne soit pas venue dans le débat.

                                                                         (FIN DU THEME)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo

http://cafes-philo.org/

Avec nos remerciements

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