Roman : "Au cœur de la tempête" (59)

Publié le par M. P.

Roman :
             

Au cœur de la tempête
                                         

                                            Martine POUTOU
59

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Je suis allée au cimetière. J’ai demandé à Pierre de me laisser seule un instant. Pas un jour n’a passé, depuis mon départ d’ici-même, sans que je ne pense à mon enfant chéri. Depuis tout ce temps, j’espérais ce moment où je pourrais me rapprocher de lui.

Les démarches administratives en cours le conduiront bientôt sur ma terre natale où son cercueil sera de nouveau inhumé. Lorsque mon heure viendra, j’irai le rejoindre, là, tout près de la rivière, dans ce petit coin qui a bercé mon enfance.

Par la suite, nous avions rejoint la plage.

Je n’ai pas retrouvé le rocher où j’aimais m’isoler, contemplant l’onde placide de la Méditerranée.

La plage me sembla beaucoup plus petite, la mer s’étant rapprochée du rivage.  Languidement, je suis allée marcher, comme je le faisais autrefois au bord de cette eau que je trouvais bien plus froide, plus agitée et moins claire que jadis.

Tant d’années avaient passé et pourtant on eut dit que c’était hier. Je revivais le film de ma vie, chaque image aussi nette et précise qu’alors. A l’instant même où je pensais très fortement à mon petit Pedro, j’aperçus à mes pieds un caillou en forme de cœur dont la blancheur étincelait sur le sable gris. Je le ramassais, le touchant de mes doigts avides de caresses. Il était tiède, lisse et doux, d’un blanc d’une pureté incroyable ! Un signe du ciel ! Me dis-je. Ce petit rien me réchauffa le cœur, prenant, tout à coup, une valeur inestimable à mes yeux.

Je décidai de le garder. Ces petits riens qui viennent parfois atténuer le manque. Porte-bonheurs réparateurs du passé !

Le passé ! N’en guérit-on seulement jamais ?

En ce début juillet 2014, si la ville avait changé, le cœur du village était resté le même. Sur la petite place des orangers, devant la fontaine des quatre musiciennes, j’avais souhaité poser pour une photo souvenir. Plus loin, le petit bassin entouré de laurier grimpant, nous conduisait vers le haut de la ville. A ma grande joie, cet endroit s’était embelli.

Les trottoirs, incrustés de marbre ou de céramique avaient été travaillés avec délicatesse.

Les maisons blanches, dont les murs enrubannés d’ocre accueillaient de grands pots de fleurs colorés de peinture fraîche,  attiraient le regard par ces couleurs lumineuses qui variaient à chaque coin de rue. La finesse de l’art, le sens du détail et de la perfection nous avaient bien sûr enchantés au travers de toutes ces sculptures exposées de-ci, de-là, racontant chacune l’histoire à leur façon.

Ces œuvres, à la fois uniques et surprenantes, faisaient montre de l’originalité d’artistes de grand talent.

Les mosaïques, présentes également partout, agrémentaient les balcons, encerclaient les troncs des arbres, entouraient les fenêtres, bordaient les trottoirs …        Nous avions passé trois jours à Estepona avant de regagner Séville. De là, nous devions prendre l’avion de retour pour la France.

 

(A SUIVRE)

 

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