Roman : "Demain, fera-t-il beau ?" (31)

Publié le par M. P.

Roman :
"Demain, fera-t-il beau ?"
                                                        
                                                       Martine POUTOU
 
31
 
Chacune de ces rencontres nous ramenait au temps jadis. Elsa aimait évoquer sa rencontre avec Tédéric.
Elle se souvenait de cet instant magique et merveilleux où, une nuit d’été, l’amour avait uni leurs cœurs pour la vie.
Mais, pour tous deux, la naissance de leur fils restait le plus beau moment de leur existence.
Quant à moi, le souvenir de Pedro refaisait souvent surface, venant à chaque fois, torturer effroyablement tout mon être.
Pierre m’aidait de son mieux, sachant qu’il ne pourrait jamais me guérir de cette plaie ouverte et profonde.
Seule, la présence d’Ambre me réchauffer le cœur.
Ma si petite enfant ! Mon rayon de soleil !
Sa compagnie me faisait un bien fou. Elle savait m’apaiser, mettant du bleu sur mes jours.  
Après leur séjour vivifiant à la montagne, où l’air et les bienfaits de l’altitude les avaient revigorées, Ambre et sa compagne retrouvèrent leurs habitudes toulousaines façonnées par une ambiance studieuse.
En attendant l’occasion de nous voir, elle nous donnait régulièrement de ses nouvelles par téléphone.
Elle me faisait alors, occasionnellement, quelques confidences. Elle aimait me parler, racontant un peu de sa vie. Lorsqu’elle reprenait le train en partance pour Toulouse chaque lundis matins, elle m’accordait toujours quelques minutes pour me dire bonjour.
Attendant patiemment que la nuit s’estompe, elle me disait guetter le lever du soleil, le nez presque collé à la vitre du train. La naissance du jour était, pour elle, un ravissement. 
Il est vrai que l’aube est un enchantement par l’apparition soudaine de nuances opalines glissant sur la terre jusque dans chaque goutte de rosée, attendant que vos désirs ne viennent s’y abreuver.
Alors même que le crépuscule, vêtu de sa traîne d’angoisse, attendant que le jour ne se meure, enterre sa palette de couleurs dans les ténèbres, surtout les soirs d’automne où le ciel, noir comme un corbeau, vient éteindre toutes ses lumières.           
Au petit jour, la nuit, vêtue encore d’étoiles, avait laissé du givre sur le toit des maisons. En ce petit matin, qui tardait à dénouer son écharpe diaprée, garant d’un jour d’hiver ensoleillé mais froid, le ciel transparent encourageait Ambre à la rêverie, berçant son âme sur une folle errance, libérant un doux parfum d’aphorismes.
Le jour, traînant son voile, s’allumait, peu à peu, sur l’aube claire d’une aquarelle où le vert givré des champs avait des tons de gris. Un filtre brumeux caressait l’herbe rase.
Ces matins là, elle avait coutume de descendre à la gare par le funiculaire, surtout les jours de pluie.
Mais, lorsqu’il faisait bon, elle empruntait le sentier par lequel, elle croisait toujours plus ou moins les mêmes personnages.   
                         
(A SUIVRE)

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