Regards philosophiques (252)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :
« Qu'est-ce que la tolérance aujourd'hui ? »
 
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Débat :
D’hier à aujourd’hui le concept de tolérance est-il le même ? Y a-t-il au concept tolérance, une réponse définitive, immuable ? La tolérance relevant de l’éthique et non de la morale, proprement dit, celle-ci est donc inévitablement évolutive en fonction d’une époque, d’un lieu, d’une société donnée. Cela ne doit pas pour autant faire que cette valeur soit relativisée.
Cette question sera toujours d’actualité, car toujours il nous faut nous questionner, entre tolérance, et excès de tolérance, entre  laxisme et intolérance : où mettons nous le curseur ?
La tolérance est dangereuse en ce sens où suivant l’expression de Livingstone elle permet à « des idées qui nous paraissent pernicieuses de s’exprimer et de se répandre ».
Revenant sur les tragiques événements, les tueries de 2015, alors que l’heure est au dialogue, à la réflexion, des « oui mais ! » ou encore des, « il faut comprendre », se font entendre. Combien de gens pétris de bonnes intentions, planant encore dans « il est interdit d’interdire », s’érigent en donneurs de leçons, pseudo bons samaritains, et sont parfois inconscients au point de transformer les assassins en victimes. Car le mot « comprendre » est aussi synonyme « d’excuser », de rendre presque normal, justifier des actes intolérables, c’est une offense aux victimes, une offense à leurs familles. Les mots ont un sens, les mots peuvent être des armes, alors il faut les manipuler dans certains cas avec la plus extrême prudence, car « chercher à comprendre » comment des personnes deviennent accessibles à des théories mortifères, n’est pas « comprendre » l’acte de tuer sauvagement son prochain.
Celui qui cherche à comprendre se montre tolérant. Je suis tolérant car je doute. Les certitudes sont une entrave à la tolérance. Les tenants de l’angélisme social et les extrémistes de la tolérance ne tuent pas, mais d’une certaine façon ils arment ceux qui tuent.
Cela venant de personnes n’ayant pas reçu le minimum d’éducation pour avoir un peu d’esprit critique, cela peut être classé dans les épiphénomènes.  Mais lorsque cela vient de personnes ayant une certaine éducation, tant philosophique que politique, cela à un écho d’apologie de la violence.
Cela viendra, comme nous le dit un article dans un numéro de philosophie magazine, n° 87 par les propos du pape actuel, qui déclare au lendemain des attentats qui ont tué dix-sept personnes (Charlie hebdo), « si un ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing », alors du coup de poing, aux cent coups de fouet, ou la kalachnikov, le pape ouvre la voie qui justifie la punition, le châtiment face à ce que les croyants intégristes considèrent comme blasphème. Du dogme à l’intégrisme nous sommes sur les premières marches dont les suivantes mènent au terrorisme. Le pape n’est pas le seul, nous dit le même article de philosophie magazine*. Des personnes se réclamant de l’extrême-gauche ont tenu également ce langage du « oui mais ». L’article cite entre autre les propos ambigus de personnes comme Alain Badiou pour qui (je cite) Charlie hebdo ne fait « qu’aboyer  avec les mœurs policières, mœurs relevant d’un républicanisme postcoloniale et xénophobe». Vouloir, au nom d’une pseudo tolérance,  hisser le drapeau rouge, à côté du drapeau noir de Daesh, c’est un jeu dangereux. Le 16 novembre 2015 c’était les 20 ans de la journée de la tolérance initiée par l’Unesco en 1995. On en a peu parlé bien sûr, nous étions alors trois jours après les tueries du Bataclan et des terrasses de cafés, les esprits n’étaient pas forcément enclins à prôner la tolérance.
 Nous avions dans les premières années du café-philo déjà abordé ce sujet, la tolérance. Celui qui l’avait proposé a commencé en énonçant tout ce qu’il ne tolérait pas : racisme, antisémitisme, sexisme, etc., beaucoup de mots en « isme », et un tour de table nous avait permis de connaître tout ce qu’on ne tolérait pas, et pourtant si on dit de quelqu’un qu’il est intolérant, ce n’est pas bon, donc ce mot est ambigu. Personne ne peut être « tolérant » ou « intolérant », il faudrait d’autres mots.
 J’avais peur qu’on soit dans une approche trop angélique. La tolérance, pour moi, n’est pas neutre ; elle est relative à une référence, à des principes, à des valeurs. Or, aujourd’hui on a besoin de redéfinir, d’insister sur les valeurs, et non tolérer toujours plus, parce que la tolérance lorsqu’elle devient angélique peut être néfaste. Donc elle est relative ; dans certains pays en des temps reculés, on acceptait l’étranger à condition, par exemple qu’il n’ait pas de cheval, qu’il se déplace sur un âne. Donc, pour ces gens là c’était une règle de tolérance.
Aujourd’hui il faut redéfinir nos valeurs, surtout pour nos jeunes dont beaucoup sont complètement perdus, avec la peur de chômage, la peur de l’avenir, et là le rôle de l’école est important pour donner l’esprit critique, et savoir quoi et comment tolérer.
Parmi les erreurs qui peuvent être faites, c’est vouloir imposer sa culture aux autres, mais si dans les populations immigrées on ne leur donne pas les éléments de la culture du pays, ils seront de fait relégués, concentrés dans les mêmes quartiers, sans l’ouverture sur l’autre, et finalement pas intégrés.
On est peut-être dans l’erreur en acceptant l’immigration illégale, en ne fixant pas les limites raisonnables. C’est ce qu’Alain Finkielkraut expose dans son ouvrage « L’identité malheureuse », soulignant aussi qu’il ne faut pas céder à ceux, quels qu’ils soient, qui veulent modifier la laïcité, ne pas céder aux groupes de pression qui veulent à tout prix contourner la loi de 1905.
 La tolérance ne veut pas dire, soumission. A partir du moment où il y a soumission on accepte beaucoup de choses, on fait fi de la loi, des valeurs.

                                                                      (A SUIVRE)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo
Avec nos remerciements

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