Roman : "Demain, fera-t-il beau ?" (51)

Publié le par M. P.

Roman :
"Demain, fera-t-il beau ?"
                                                        
                                                       Martine POUTOU
 
51
       
                       Epilogue
 
Je m’appelle Ambre Bernatou.
En ce jour de Noël 2015 passé chez mes grands-parents, alors que nous venons de quitter la table, je prends place au coin du feu. Les flammes lèchent la vitre du foyer. On les voit danser dans l’âtre qui crépite. Elles nous bercent de leur souffle régulier.
Mes parents sont partis à l’instant. Ils sont allés marcher le long de la rivière, profitant de la clarté du jour que l’hiver emporte trop vite.
Yanou, mon cher et tendre fiancé, va bientôt arriver, accompagné de ses parents. Ils viendront se joindre à nous afin de déguster la traditionnelle bûche de Noël et le champagne rosé.
En attendant, mon grand-père s’est assoupi dans son fauteuil.
Assise près de la fenêtre, Mama, ma grand-mère, laisse son regard se perdre au-dehors.
Le jour décline doucement sous le ciel blanc de décembre.
Le vent abandonne, dans un coin du jardin, un amas de feuilles sèches, avant de finir sa course vers un ailleurs que l’on ne connaît pas.
Depuis, tout est statique.
Il ne se passe rien.
Le temps s’écoule lentement.
Mama fixe les arbres exhibant leurs fines brindilles emmêlées.
Elle les regarde sans les voir.
En fait, elle ne regarde rien.
Elle n’est plus là.
Ses yeux se couvrent d’un voile opaque où le crépuscule glisse lentement.
Elle ne fait rien.
Ne bouge pas.
Elle attend.
Elle attend la naissance d’un jour nouveau qui viendra s’éteindre encore avec la même nostalgie, jusqu’à ce qu’il l’emporte de l’autre côté du miroir.
Depuis quelques temps déjà, plongée dans la rêverie, Mama, fragile orchidée, cherche comme un état de grâce.
Parfois, son regard s’ensoleille, comme habitée par une lumière intérieure qui semble sauver sa vie.
Dans la complétude de cette litanie omniprésente, elle égrène le temps, effeuillant les heures, se libérant du joug du passé. Elle n’a trouvé que ce moyen pour adoucir la désolance de ses émois ; ne plus souffrir du manque, empêcher le ciel de bruiner, vidanger sa peine, calmer les plaies cicatricielles de sa mémoire altérée.
C’est ainsi qu’elle s’invente une nouvelle façon de penser, là où la douleur n’existe pas.
Emmitouflée dans ce nouvel espace de paix, elle gomme les éraflures, invitant des senteurs de fleurs d’orangers à venir caresser son âme.
Elle se nidifie, laissant émerger un sentiment d’ailleurs où l’on entend le clapotis de l’eau sur laquelle tournoient quelques mouettes farouches, au gré du vent.
Et son cœur flâne dans cette ambiance moelleuse sur fonds d’embruns miroitant sous le soleil.
Alors, elle ne laisse en moi que l’empreinte indélébile d’un amour inconditionnel qui coule dans mes veines à l’infini. 
 
                                             (A SUIVRE)

        

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