Regards philosophiques (256)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :
« Qu'est-ce que la tolérance aujourd'hui ? »
 
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Débat :

 Est-ce que mai 68  a fait évoluer la tolérance ou non ?

 Difficile à dire, surtout  qu’il « était interdit d’interdire », tolérance ambiguë !

 Au nom de la tolérance on a déplacé à la suite de mai 68 certaines notions; comme à l’école où il revenait presque aux élèves de choisir le cours.
Je vois les jeunes enseignants que je côtoie : ils sont dans une tolérance telle qu’ils n’ont pas le contrôle sur la classe, et l’on voit même qu’au bout de 15 minutes de cours souvent c’est la dispersion…

 Ce constat par des parents d’une tolérance parfois proche du laxisme, amène de plus en plus de parents à choisir l’enseignement privé pour leurs enfants, ce qui a un effet très négatif, en ce sens où des écoles n’ont plus que des enfants issus de  l’immigration, et les mères de ces enfants s’en plaignent car voilà des enfants qui se trouve  encore plus ghettoïsés  dès l’école. Comment dès lors avec ce manque de mixité sociale aboutir à cette fameuse intégration.
Et je voudrais évoquer un film où l’on voit une certaine forme d’intolérance, c’est « La journée de la jupe ». La maîtresse vient faire son cours en jupe. Des élèves intoxiqués par des préceptes moraux religieux, considèrent qu’une femme qui porte une jupe, est une putain, même les élèves filles ont intériorisé ce sentiment. La situation dégénère, jusqu’au drame, et les élèves à la fin apprenant qu’elle aussi est d’origine arabe, ont cette réaction : « mais m’dame pourquoi vous l’avez pas dit ! »
(Beau film, émouvant. Pratiquement jamais  diffusé dans nos banlieues, « pour ne pas faire de vagues »)
Il est un autre secteur où la tolérance n’est pas de mise, c’est à l’encontre des lanceurs d’alerte. J’en rappelle succinctement la définition : « personnes qui portent à la connaissance du public des informations constituant des risques, des dangers, des menaces pour la société » ; lesquelles informations se trouvent, le plus souvent, occultées par les médias. Dans notre société « d’économie ouverte » pour reprendre une expression récente notre premier Ministre, les lanceurs d’alerte sont gênants pour l’économie ; ils pourront être poursuivis en vertu d’une directive européenne sur le secret des affaires. La dernière et célèbre victime de l’intolérance des gouvernements est Julian Assange qui sur le site Wikileaks avait publié des modes opératoires de l’armée des USA en Irak, et surtout dénoncé des corruptions de dictateurs  africains, dénoncé des mafias russes, etc. Il a du se réfugier à l’ambassade de l’Equateur à Londres. Les Etats-Unis veulent l’extrader,  la Suède également, l’ayant impliqué à cet effet dans des délits sexuels.
Nous aurions encore beaucoup à dire avec le cas d’Edouard Snowden, réfugié lui en Russie,  pour qui (je le cite)  son « seul objectif est de dire au public ce qui est fait en son nom et ce qui est fait contre lui. ». Là aussi nous aurions bien besoin de Voltaire, de Zola.
Et enfin, pour rappeler que tolérer ce n’est « être d’accord », dans un débat sur la laïcité le  sociologue Marwan Mohammed, répondant à une jeune femme sur le port du voile, (cette personne étant voilée), disait : « Je ne suis pas d’accord avec le port du voile, j’y suis opposé, je revendique mon droit de le dire, mais je vous reconnaît la liberté de le porter ou non » Voilà une sagesse très Voltairienne que je fais mienne.

 Le mot tolérance est un mot qui a beaucoup été galvaudé, je suis d’accord que le mot respect convient mieux à notre époque.

Quelques citations sur ce thème :

« La discorde est le plus grand mal du genre humain, la tolérance en est le seul remède » (Voltaire)
« La tolérance est une vertu qui rend la paix possible » (Paul Claudel)
« La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne pensons jamais toujours de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité, et sous des angles différents » (Gandhi)

Voltaire dans son traité sur la Tolérance (Chapitre VI) nous donnait déjà la définition des islamistes d’aujourd’hui : « Crois ce que je crois, ou tu périras »

Œuvres citées, références :

Livres :

L’identité malheureuse. Alain Finkielkraut. Essai/Poche 2015.
Malaise dans la civilisation. Freud. 1930.
Qu’est-ce que les Lumières. Kant. 1784

Race et Histoire ? Lévi-Strauss. 1952.
 

                                                                      (FIN DU THEME)

Extraits de restitution d'un débat du café-philo
Avec nos remerciements

Publié dans culturels

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