Regards philosophiques (264)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :
« Peut-on se changer soi-même ? »
 
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Débat :
On change chaque jour, car chaque jour a quelque chose de nouveau, « Nous nous baignons et nous ne nous baignons pas dans le même fleuve » (Héraclite), autrement dit l’évolution de notre environnement nous amène à changer, ou dirons-nous évoluer, même inconsciemment.
L’Être en devenir change pour durer.
Maintenant, ai-je parfois entendu, penser qu’on peut se changer soi-même est pure vanité, les événements, les autres nous amènent, voire nous obligent, à changer.
Autrement dit, tout au long de ma vie j’ai changé, mais force m’est de reconnaître que j’aurais bien du mal à définir de ce qui ressort de ma seule volonté. Entre ce que je suis et ce que j’aurais voulu être, quand en ai-je réellement décidé ?
Maintenant, si je suis déterminé, si mon avenir est inscrit, il ne sert à rien que je veuille changer.  Je suis, je serai, quoi que je fasse, ce que j’étais depuis le début destiné à être.
Le changement serait suivant la définition du dictionnaire « abandonner une chose pour une autre », alors si je désire changer y a-t-il abandon, reniement d’une part de moi-même, et ne pas vouloir changer, ne jamais vouloir changer,  est-il le fait  d’un être borné ?
A moins de vivre en ermite, les changements que nous voudrions opérer sur nous-mêmes peuvent affecter les autres. Cela peut être une réelle conséquence et cela peut créer des situations conflictuelles, jusqu’à risquer d’amener des ruptures. Alors parfois devant la difficulté, les conséquences, on renonce.
Nous avons plus de pouvoir sur notre esprit que nous avons de pouvoir sur notre corps. Nous sommes êtres de désirs, d’aspiration, de volonté plus ou moins potentielle.
Si je désire être un grand blond aux yeux bleus, je peux oublier ça ! Mais si je veux être plus avisé, plus sage dans mes décisions, plus modéré ; si mon identité, l’image que je renvoie de moi, ne correspond pas tout à fait à celle que je m’imagine montrer aux autres, il n’appartient qu’à moi d’y remédier ; encore faut-il que je ne sois pas totalement sourd
aux remarques mêmes gentilles, délicates qui désigneraient des points de faiblesse.
Nous voyons des choses chez les autres, des choses qu’ils ne sont pas en mesure de voir eux-mêmes. Bien sûr, que cela est valable dans l’autre sens.
Alors pourquoi changer ? « Pourquoi devrais-je absolument changer. Moi je me plais bien comme ça, je n’ai pas à me renier, etc. »,  c’est le discours  des personnes  qui sont satisfaites d’elles-mêmes, qui ne doutent pas,  (vous en connaissez peut-être) ; des personnes  qui disent  « – moi je suis comme ça, c’est pas aujourd’hui que je vais changer ». Là, la philosophie reste à la porte.
Et puis question subsidiaire, si vous aviez, demain matin,  la possibilité de vous changer vous-même, que changeriez-vous ?
 
 J’ai réfléchi sur le « changer soi-même » et cela m’amené à penser que l’homme n’est pas fait pour vivre en ermite, et j’ai retrouvé cette citation de Paul Eluard : «  Nous avons inventé autrui. Comme autrui nous a inventés. Nous avions besoin l’un de l’autre ».
Pour changer il faut faire le point sur soi, faire preuve d’humilité, puis se regarder à travers les autres, écouter. Il ne s’agir pas de se regarder le nombril, se dire « ce n’est pas si mal ! Pourquoi est-ce que je changerais ? ».
Je pense que dans l’échange avec autrui, à condition qu’il y ait de la sincérité, il faut tâcher de retenir ce que l’autre nous renvoie de nous, et pourquoi on peut nous voir autrement que nous nous voyons. L’échange, dans ce domaine, peut être un partage de richesse.
 
Ce « peut-on » m’interpelle : Sommes-nous capables ? Sommes-nous en capacité de ? Et, est-ce que les circonstances permettent que ? Et puis, pourquoi changer et changer pour quoi ? Quelle est la cause ? Quel est le but ? Et si l’on pose la question, c’est qu’il y a le choix ? Et puis changer en bien, changer en mal ?
Bien sûr, et nous l’avons dit les circonstances nous font changer, nous font nous adapter, et là ce n’est pas de notre seule volonté. Quelle aura été la part d’autonomie dans ces choix de changement ? Y a-t-il eu un long mûrissement avant de changer ? Et enfin, quelle est la part de déterminisme, quelle est la part d’auto-détermination ?
 
Je reposerai la question différemment, soit » peut-on changer ce que nous sommes ? ».
Partant de là, j’avance l’idée que nous sommes tous des pièces uniques dans l’histoire  de l’humanité. Il n’est pas nécessaire de vouloir changer parce que c’est le caractère unique, avec nos défauts et nos qualités qui fait nos qualités intrinsèques.
Je crois, qu’Être, consiste à accepter ses défauts et ses qualités, à tel point qu’un psy. Christophe André a intitulé un ouvrage : «  Imparfaits, libres, et heureux » (sous-titre : Pratiques de l’estime de soi).
On ne peut s’arrêter au regard d’un individu, ni à différents regards d’un même individu ou de tous les individus, regards différents dans l’instant et dans le temps. Alors à vouloir changer en fonction de tous ces regards, on va devenir gravement schizophrène.
Alors, changer en regard de l’autre, est-ce pour être aimé de lui, mais a-t-on besoin de cet amour ?
L’idée de base, est, si nous sommes ce que nous sommes, cela nous amènera à être aimés par certains, et détestés par d’autres.
Alors pourquoi changer, tout court ? On naît avec un patrimoine génétique, on ne peut le changer, on arrive sur terre avec un héritage atavique, c’est comme l’ADN, on n’en change pas ou alors on va faire des transhumanistes. Vouloir changer pour s’améliorer participe à un certain eugénisme. Je n’ai pas besoin de vouloir m’améliorer.
 
                                                                       (A SUIVRE)
 
Extraits de restitution d'un débat du café-philo
Avec nos remerciements

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