Regards philosophiques (266)

Publié le par G-L. P. / J. C.

Thème :
« Peut-on se changer soi-même ? »
 
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Débat :

 C’est toujours utile de rappeler les principes mêmes de la philosophie stoïcienne, surtout sur ce sujet de la puissance ou non d’agir sur les événements, et donc aussi d’agir sur soi.
En substance cette philosophie nous dit que : pour les choses qui ne dépendent pas de nous, il ne faut pas dépenser en vain, notre énergie, qu’il faut la conserver toute entière pour agir sur les choses qui dépendent de nous, je m’applique le plus possible ce principe si utile, et je le fait connaître. C’est là une grande sagesse.

Maintenant, je reviens sur la question initiale avec deux expressions :
Si je dis à une personne : « tu n’as pas changé ! » ce n’est pas forcément un compliment,
Si je dis à une personne : « tu as bien changé ! » ce n’est pas forcément un compliment.
Alors, oui ! Le monde il change, et même parfois, avec le poids des ans, il peut nous échapper, jusqu’à se dire que je ne sais peut-être plus m’adapter au changement. Alors, paradoxe : arrive le moment où le grand changement est ne plus pouvoir changer.
Par ailleurs, nous devons être conscient de l’extrême limite de notre pouvoir de décision sur les orientations ayant défini les changements au cours d’une vie, et nous ne pouvons évacuer la crainte qui a sa part dans ces choix, car changer comporte tant de risques ; on connaît l’expression : « Choisir, c’est quitter » ;

  Nous avons la pression de l’environnement et on peut être obligés de suivre ; on peut aussi refuser ce que l’environnement nous impose et c’est parfois, une question de survie. Si on vous dit que : si vous n’arrêtez pas de fumer, vous allez vous tuer, c’est vrai  mais il reste que c’est à soi seul qu’il appartient d’agir, l‘environnement ne parvient pas seul à déclencher l’action ; c’est pareil pour toutes les addictions, alcool, drogue…

 Créer, c’est faire sans cesse des choses différentes, c’est amener un changement en soi, ça permet de  voir autrement, de sortir du rituel, du répétitif. Dans la création on est obligé d’apporter de la différence, de la nouveauté, on est plus un soi-même figé, on a un nouveau regard, même sur soi.

 Pour soigner les addictions, plus efficace que les proches, il y a des associations qui souvent aident à changer. On n’est pas le meilleur thérapeute de soi-même.

  Certains vont changer de comportement, d’attitude ou même de raisonnement sous le fait de la pression des autres, de leurs amis, de leurs parents, de leur patron. Lorsqu’ils pensent qu’ils ont envie de changer en connaissent-ils les causes ?

 Le changement on l’a dit, est toujours en devenir, ça me rappelle une formule électorale
«  Le changement c’est maintenant !»  Et bien, c’est toujours, maintenant, il n’y a qu’à attendre, …
Plus sérieusement, changer pour certains c’est abandonner ses habitudes, sortir de sa routine ; pour eux c’est perturbant, car le rituel peut-être rassurant, jusqu’à constituer un confort existentiel. A l’opposé nous avons des personnes qui ne peuvent vivre que dans le changement perpétuel ; on change sans cesse les meubles de place, on change de lieux de vacances, etc.
Je suis sensible au jugement des autres, cela peut même m’amener à changer, par contre, je me cabre si je sens qu’on veut me mettre sur les rails, et lorsqu’il faut décider je repense parfois à cette formule : « Pour prendre une décision, il faut être un nombre impair de personnes, et trois c’est déjà trop » (Citation attribuée à Clemenceau)
Le contraire de changer, ou de vouloir changer, c’est avoir peur. Je crois que nous sommes dans une société où l’on s’adapte plus qu’on ne change par soi-même. Je crois que la société avec son accélération, ses normes, ses usages, la bien-pensance, fait beaucoup de résignés, de timides, plein de gens qui n’osent changer.

 « Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement »  (Francis Blanche)

 Dans ce sujet, il y a une question quant à la volonté. Est-ce qu’on maîtrise soi-même ses choix, ou est-ce que la bonne volonté ne suffit pas ? Et changer ça peut être parfois pour combler un vide, pour y remédier.

 Nous avons d’un côté la pièce unique qu’on ne peut pas changer, qui ne veut pas changer, et de l’autre côté le besoin de l’autre qui va remettre en cause ce que l’on est ; c’est le mariage et le divorce.

 « Les hommes se trompent lorsqu’ils pensent être libres, et cette opinion consiste en cela qu’ils sont conscients de leurs actions, et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés » (Kant)

 Lorsque Nietzsche écrit : « Deviens ce que tu es », est-ce une injonction au changement ? Si c’est pour aller à ce que vous êtes déjà, il n’y a rien à faire, il n’y a pas de changement à opérer.

 Dans cette injonction de Nietzsche « Deviens ce que tu es » j’y vois plutôt : osez être vous-même, ne vous mettez pas vos propres contraintes, refusez d’être modelé par votre environnement, allez chercher votre personnalité, découvrez qui vous êtes.

 

                                                                       (A SUIVRE)
 
Extraits de restitution d'un débat du café-philo
Avec nos remerciements

Publié dans culturels

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