Atelier d'écriture : au Baluchon

Publié le par M. P.

Atelier d’écriture animé par Marie Cosnay, samedi 3 décembre 2016 au Baluchon, Lourdes.

                                                      Thème : La tempête

Madagascar, été 2016.

  Miranda arrivait à son terme. Elle savait qu’elle portait deux enfants et que le destin allait bientôt décider de leur sort. La misère obligeait la pauvre femme à se nourrir dans les poubelles pour survivre. Alors, deux enfants, c’était trop ! Même un seul serait difficile à gérer. Mais la vie allait décider pour elle. A ce jour, Miranda saurait où le sort les conduirait pour le restant de leurs jours. Comme le voulait la coutume, les deux garçons furent déposés sur le sol où les bœufs allaient être lâchés. La jeune mère sentit son cœur enfler dans sa poitrine comme prêt à exploser. Ses enfants allaient-ils échapper à la tempête ?

  Malgré la chaleur étouffante de ce jour d’été, Miranda sent son corps se glacer jusqu’aux os. Maintenant, les bœufs s’apprêtent à fouler le sol poussiéreux. Dans un silence assourdissant, leur souffle emplit l’air vicié que ses narines refusent d’inhaler. La lumière vacille devant son regard perdu qui se voile. De loin, il lui semble voir l’un des deux bébés agiter nerveusement ses membres frêles vers le ciel qu’elle ne cesse d’implorer pour que la vie soit la plus forte. L’autre enfant ne bouge pas. Les dés sont-ils déjà jetés ? Lorsque la barrière s’ouvre, on entend un vacarme étourdissant. Le sol semble s’ouvrir sous ses pieds. Miranda tombe à terre. Ses jambes ne la tiennent plus. Seul, son visage crispé reste fixé sur la scène effroyable qui explose à ses yeux. Les bœufs piétinent le sol, labourent la terre dans un nuage de fumée jaunâtre qui envahit ce décor funèbre. La toile se noircit soudain alors que le troupeau s’éloigne, laissant derrière lui cette traîne de brume nauséeuse, dont la grisaille retombe, impuissante, sur la stèle. Miranda est tétanisée, bouleversée par le spectacle terrifiant qui vient de se jouer face à elle. Elle cligne des yeux pour enlever les larmes de deuil qui l’empêchent de voir la réalité des choses. Elle n’entend presque plus le galop infernal des bêtes qui se sont éloignées, mais les cris soudains d’un enfant réveillent tous ses sens, raccommodant sa plaie ouverte, réchauffant son corps jusqu’au plus profond de ses entrailles. Elle entend dire qu’il a survécu. L’enfant aux membres frêles revient vainqueur de ce périple. L’autre était malheureusement prédestiné à quitter ce monde.

  Moïse ! Elle le sait maintenant. Elle l’appellera Moïse ! Et la vie de ce petit être saura désormais affronter toutes les tempêtes.

 

 

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