Regards philosophiques (267)

Publié le par G-L. / J. C.

Thème :
« Peut-on se changer soi-même ? »
 
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Débat :
 On ne change pas sur ordre, on change parce qu’on en a envie. Si on me fait une remarque sur ma façon d’être, de me comporter, de parler, et si je me rends compte (souvent a posteriori) que c’est vrai, le changement n’appartient qu’à moi, qu’à ma volonté, sinon on tue le rôle de l’intelligence.
 Est-ce que ce n’est pas que la volonté est toujours au service du désir ?
 Je ne pense pas que je suis une pièce unique, je pense déjà que je suis multiple, parce que je ne me suis pas fait tout seul ; j’entends souvent dans des débats « ma singularité ! », ce terme est bien dans l’air du temps, il va bien avec l’individualisme, (parce que je le vaux bien) cette survalorisation de soi, me gène beaucoup.
Souvent je pense que j’ai changé sans m’en rendre compte, j’ai été influencé bien sûr par mon environnement, j’ai imité des modèles, voire, j’ai changé par simple mimétisme.
 Je pense que nous somme tous uniques ; il n’y a pas deux êtres semblables, ni la même expérience, ni le même vécu. Nous sommes anatomiquement différents. Et on peut penser que parfois on change parce qu’on est sensible aux phénomènes de mode.
 Ne pas vouloir changer, ça peut être ne pas vouloir vieillir, et c’est ce qu’on voit avec la chirurgie esthétique. Pour une femme c’est par exemple : se faire refaire le nez, se faire tirer les peaux, etc, parfois se transformer en « bimbo ». Le changement physique parfois tue la personnalité, les personnes ne se ressemblent plus, on voit « des têtes de grenouilles ».
 Alors, pourquoi faut-il changer ? Je pense qu’il faut parfois changer parce que nous avons perdu des bonnes habitudes, ou changer parce que nous avons pris de moins bonnes habitudes. Il nous faut faire de temps à autre notre examen de conscience. On connaît la formule de Voltaire : même l’égoïste, et surtout lui, veut qu’on l’aime et pour cela il est prêt à faire les efforts pour mériter l’amour, l’affection, l’amitié des autres.
Aujourd’hui nous voyons plein de « petits malins » qui cherchent à exploiter ce besoin chez des individus de se sentir bien dans leur peau, d’être au-dessus de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, de s’afficher en « battants », en « winners », des personnes qui ont besoin de se créer une personnalité qu’ils n’ont pas.  C’est le créneau du développement personnel. C’est le nouveau créneau des coachs. Êtes-vous « coachés » ? Non ! Alors ! Vous n’exploitez pas toutes vos possibilités, vous avez peut-être une super personnalité à développer.
Je dis ça, mais moi non plus je ne suis pas coaché, je suis réticent et en fait, j’ai peur de rentrer dans un costume qui ne serait pas adapté, de me raconter des histoires, de n’être pas moi, de me trahir peut-être, et puis il faut d’abord en ressentir le besoin. Et, dans ce domaine nous savons que des gens vulnérables se sont fait abuser, et y laissent  beaucoup d’agent en plus des désillusions.
Mais le coaching, ou encore les stages de Training (de formation),  peuvent avoir des effets positifs, amener une meilleure connaissance de soi, ainsi lutter contre ses points faibles, mesurer qu’on a encore des possibilités d’évoluer, une sorte de maïeutique,  aider à combattre une timidité qui vous gêne pour bien prendre ses marques dans un groupe, par exemple pour prendre la parole. La connaissance de soi peut se faire par un spécialiste de l’analyse transactionnelle, ou même une initiation à l’analyse transactionnelle.
Cela peut aider à trouver ou retrouver l’indispensable estime de soi, ce quatrième niveau de l’échelle des besoins dans la pyramide de Maslow.
Des entreprises proposent parfois ce genre de stage. Cela peut amorcer cette analyse de soi et aider à plus de confiance en soi : si je crois dans mes capacités, déjà j’augmente mes capacités.
Si l’on nous montre qu’il est des voies où nous pouvons évoluer plus favorablement, nos prenons consciences de nos possibles, des possibles que nous n’aurions jamais risqués : « Ne donnez pas aux gens le choix, mais la possibilité de choisir. Peu d’entre nous tolèrent le vertige de la pure liberté »  (La Déesse des petites victoires. Yannick Granneck)
 Les mythomanes sur ce thème nous posent problème. Comment définir chez eux, qui décide dans les différentes personnalités ?
 Les événements extérieurs peuvent être le moteur de changement chez les individus, j’en veux comme exemple, que j’ai pu observer, des personnes que des situations X, Y, vont mettre un temps sous les projecteurs de l’actualité, des médias, qui vont passer à la télé, avoir leur photo et des articles dans la presse, devenir personnage public. Pour ces personnes, leur personnalité propre se trouvera de fait être avalée par un personnage qui émerge d’eux, ils se retrouvent avec un nouveau costume, il faut rentrer dans ce nouveau personnage, et ensuite l’assumer. Ce nouveau soi valorisé dans le regard des autres prend peu à peu la place de l’être de base. Mais la notoriété ne dure pas éternellement, et là, retomber dans l’anonymat peut être ressenti  par certaines personnes, un peu  comme une perte de soi-même.
Alors y a t-il parfois, une perte de contrôle, ne serions-nous que le produit de toutes les contingences de notre parcours de vie ?
Où est le moi, que j’aurais déterminé par ma seule et unique volonté ? Aurait-il été meilleur ou pire ?
Je pense que l’adolescent que j’étais aurait été très surpris de se rencontrer dans l’homme de trente ans – de même que cet homme de trente ans serait surpris de rencontrer l’homme que je suis aujourd’hui.
L’écrivain et poète argentin, Jorge Luis Borgès,  écrit : « C’est la porte qui choisit », nous disant par là que nous ne choisissons que dans un petit nombre de chemins que nous offre le hasard d’une vie. On ne prendra jamais tous les chemins que la vie nous offrait.
 On dit que pour certaines choses on ne décide pas, on est déterminés, déterminé par son passé, déterminé par ses goûts, son histoire, ses rencontres. Quand on décide seul de faire  quelque chose, c’est parfois à partir d’une idée  qu’on a oublié avoir entendue. Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des synchronicités.
 (Extrait de : La vie est-elle un roman. Café-philo. 27 09 06). Si ma vie est un roman j’aimerais connaître celui qui a écrit cette histoire… Histoire,  où j’ai parfois l’impression de jouer un rôle que je n’ai pas vraiment choisi; scénario que je découvre chemin faisant, chaque jour. Une question : cette histoire était-elle déjà écrite, ne serais-je que le personnage, jouant un rôle qui m’était défini, suis-je comme Macbeth « une ombre qui passe, un pauvre acteur, qui s’agite et parade une heure sur la scène… » Ou alors, pour être plus positif, et en accord avec l’existentialisme, suis-je l’auteur de ma propre histoire, suis-je réellement « les choix que j’ai faits, le choix absolu de moi », suis-je acteur et auteur de cette histoire ? Je n’ai jamais imaginé que je serais tel ou tel type d’individu, et de fait je suis, je ne suis, que « moi et mes circonstances ».
                                                                       (FIN DU THEME)
 
Extraits de restitution d'un débat du café-philo
Avec nos remerciements

Publié dans culturels

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