Regards philosophiques (270)

Publié le par G-L. / J. C.

« La compétition entre tous,
est-elle inévitable ? »
 
3(/4)
Débat :

Il y a des cas extrêmes de compétition, des cas où nous sommes bien embêtés ; tant avec la morale qu’avec l’éthique, ceci en philosophie est illustré par « La planche de Carnéade » : Deux naufragés repèrent une planche, un premier s’y accroche, elle le soutient, le second s’y accroche, elle ne soutient pas les deux hommes. Après quelques tentatives infructueuses, l’un des deux naufragés au nom du principe de sauvegarde de sa vie, tue l’autre. C’est un cas d’école pour les juristes.

Et nous avons évoqué la collaboration, plutôt que la compétition. Cela nous ramène à l’œuvre de Darwin « L’origine des espèces », où, nous le savons, la reproduction des espèces a donné lieu à des compétitions. Mais nous dit aussi Darwin, dans des certains cas, ce sont les groupes solidaires qui grâce à la collaboration ont survécu et ainsi transmis majoritairement leurs caractéristiques génétiques aux descendants.

Mais la compétition ne concerne pas que le genre humain et animal, elle existe aussi chez les plantes. Ainsi pour attirer tel papillon, ou tel insecte pollinisateur, la plante par sa fleur va se parer de couleur, d’aspect approprié, se faire la plus attirante possible parmi les fleurs environnantes. « Darwin donne une peinture saisissante de ce champ de bataille qu’est le moindre lopin de terre où tout ce qui vit entre nécessairement en compétition et lutte férocement, désespérément pour la vie, lutte pour la volupté, pour l’amour. Dans le monde végétal, les plus forts et les mieux doués supplantent et étranglent les faibles, leur enlèvent les sucs nourriciers, l’air, la place que leur besoin de joie serait en droit »
(Gide, Feuillets d’automne, 1949, p. 1085)

La compétition est dangereuse, car pour les ambitieux, la fin peut justifier les moyens, ou, en entreprise c’est par exemple, faire le vide autour de soi, éliminer un à un les concurrents sérieux ; ce qui n’empêchera pas l’ambitieux d’atteindre un jour son niveau d’incompétence.

Ce monde est le plus souvent en compétition, comme dans le monde du sport, dans l’économie qui est mesurée, heure par heure à la bourse. Aujourd’hui la compétition est avant tout liée à un problème d’argent, à l’appât du gain. La compétition ne rentre pas dans des règles de morale.

Dans un récent débat sur « Les guerres sont-elles inévitables ?» Edith, notre amie philosophe disait : « Certes, la violence est en chacun de nous, mais aussi l’aptitude à coopérer et à communiquer pour atteindre des objectifs communs, être solidaires, et partager nos désirs ».

Et dans un documentaire de Marie Monique Robin, « Sacrée croissance ! » j’ai retenu ces propos : « Entre les décideurs politiques et une partie de la population réticente à se laisser imposer la doxa libérale, la vision du monde tel qu’il doit être mené, semblent inconciliable. Lorsque les premiers ne jurent que par la croissance, répétant le terme comme une formule incantatoire, les seconds espèrent en d’autres solutions, et refusent le productivisme et la consommation à tout prix. Les experts sont formels : sous la forme qu’elle a comme au 20ème siècle la croissance est terminée, elle ne reviendra pas. De nombreux paramètres le laissent à penser…. »

Parler d’une croissance exponentielle, dans un monde fini, dit un économiste, est, soit, d’un fou, soit, d’un économiste.

La compétition entre les hommes semble être de tous les temps. Dans le roman de Roy Lewis : « Pourquoi j’ai mangé mon père » autour duquel nous avions débattu en février 2006, on avait retenu ces quelques lignes : « Chaque espèce s’échinait pour se montrer plus prolifique, plus ingénieuse que toutes les autres, et justifier ainsi sa prétention à être la plus apte à survivre. Ce modèle échevelé de libre entreprise prouvait bien que l’intérêt personnel éclairé produit la plus grande richesse et nourrit le plus grand nombre… ». On retrouve en clin d’œil, le credo du libéralisme économique.

C’est la sédentarisation qui dès les premières hordes a créé l’esprit de compétition. Avant, ils chassaient, ils cueillaient en coopération, ils migraient ensemble, ils se serraient les coudes.

Est-ce que le principe de compétition nécessaire, est une conception de mâles, un peu comme dans le domaine animal ?

La compétition n’est ni l’exclusivité des hommes, ni celle des femmes. Quand les femmes entrent en compétition, qu’elles se font la guerre : garez-vous ! De fait c’est inhérent à l’individu, c’est plus de nature que d’éducation.

                                                                       (A SUIVRE)
 
Extraits de restitution d'un débat du café-philo
Avec nos remerciements

Publié dans culturels

Commenter cet article