Article précédent : Regards philosophiques (58)
Thème :
« Faut-il continuer d’enseigner les classiques à l’école? »
Débat à la suite de la projection du film : « Nous, princesses de Clèves »
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(Suite du débat)
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Nous voyons avec ce film que des élèves trop immergés dans une œuvre classique baignent dans le merveilleux, dans le romantisme. Mais après, ça s’arrête, il faut revenir à la réalité, c’est brutal, c’est la douche écossaise. C’est une échappatoire à la réalité qui n’est pas sans risques.
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Madame de Clèves découvre que l’amour n’est pas qu’aimer un monsieur aimable, bien fait, mais que cet amour l’entraîne à une passion, une passion qu’elle n’arrive plus à contrôler, à maîtriser, et finalement, face à cela, elle a peur. Elle découvre le danger de l’amour.
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Quand les jeunes rencontrent l’inhabituel, ils ont un autre comportement, ils écoutent, ils intériorisent leurs propres valeurs, et ça, pour eux, c’est du nouveau, ça leur permet de se situer dans la société.
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Dans les difficultés que rencontrent les enseignants, il faut gérer les cancres. J’ai fait partie de la « cancritude » ! Je pense que les classiques ne s’enseignent pas, ils se goûtent. En bon cancre, j’ai refusé les lectures imposées, comme « Le rouge et le noir », et en même temps, je dévorais les livres de la bibliothèque. C’est insupportable d’avoir à lire et décortiquer un livre, avec : axe un, axe deux… ; il y a de quoi vous dégoûter. L’école nous dit : «Travaille ! », mais on ne nous donne pas toujours les outils. L’école n’a pas toujours la bonne ouverture. L’école d’aujourd’hui devrait être plus pluriculturelle ; les ancêtres, les références sont les mêmes pour tous.
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Récemment, les médias ont relayé la polémique entre les enseignants et le premier magistrat de ce pays, lequel avait fait en février 2006, à Lyon, une déclaration mal ressentie: (Source : Rue 89, journal en ligne) : « L’autre jour, je m’amusais, on s’amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur “La Princesse de Clèves”. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de “La Princesse de Clèves”… Imaginez un peu le spectacle ! ». Ces propos ont choqué, des journaux ont titré le Président de la République « karchérise » la princesse de Clèves. Nous sommes fort heureusement dans un pays encore très attaché à sa culture. Concernant la polémique, on voit que la parole, les mots ont une autre portée suivant d’où l’on parle.
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Ce film, avec tout le travail de l’enseignante et des élèves, est un formidable pied de nez aux propos du Président de la République concernant cette œuvre, propos qu’on peut entendre comme : « C’est à mettre au panier !» Et là, c’est une grande satisfaction de voir comment ces jeunes gens réagissent face à cette œuvre. C’est d’autant plus intéressant que l’œuvre semble difficile. Se mettre à la place d’un personnage est une expérience qui peut, pour les jeunes filles, se révéler libératrice. Elles font un rapprochement avec leur vie, elles initient une réflexion qui peut les mener à l’émancipation.
L’étude des œuvres classiques apportent des transformations profondes chez les individus. C’est un parti pris très intéressant. Je prends un exemple que je connais bien : au Venezuela, on a décidé d’enseigner la musique classique à des enfants des quartiers pauvres ; ils la découvrent, ils font leur miel de ce qui est leur culture, même si certains disent que c’est inutile, qu’on ferait mieux de leur apprendre la salsa, le tango.
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Dans ce film, on pouvait s’attendre à ce que les jeunes gens utilisent un langage « jeune » spécifique, une langue parlée dans l’œuvre. Ils sont en résonnance avec les personnages. Ce texte fait partie de notre héritage, le leur.
(A suivre)
extraits de restitution d'un débat du café-philo
avec lequel je garde un lien privilégié
en tant qu'un des artisans de sa création.
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