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Jeudi 25 février 2010 4 25 /02 /Fév /2010 00:00



Article précédent :  « Ni haine, ni oubli » (22)

CARNET DE L’EVASION DE Jean J.

(Du 26 mai au 11 juin 1942) (suite - 4)



2-3 juin

 

L’après-midi ai fait un bon repas avec du plan de betterave et du  sel, un demi biscuit, dans l’heure je pars, il fait soleil et ai dormi ; en route direction ouest. A droite du village, mais un petit cours d’eau m’oblige à passer au patelin. Je fonce avec une superbe canne, fabriquée du jour, deux jeunes filles m’épient, moi aussi, toujours de l’avant, mais 500 mètres plus loin, j’ai eu plus que chaud, à 2vingt mètres devant moi une sentinelle et son fusil à l’épaule, alors hésite, demi-tour, suis perdu, je continue ferme et maniant avec distoire ma canne, on se croise sans mot et toujours de l’avant je contourne un bois fermé de barbelés, une poudrière sans doute, m’arrête cinq minutes, l’émotion était grande, enfin du courage, fais une prière pour que Dieu continue à me guider et en route

 

J’arrive enfin à la  voie ferrée qui va vers Aix la Chapelle. Apres six km de traversée, suis fatigué et  le jour va être là ; mais il y a une petite gare que je veux passer. En y arrivant j’entends causer ; j’arrête et en même temps on m’interpelle ; vite demi tour et aussitôt me fourre dans une haie et laisse passer l’alerte, enfin j’aperçois un bois à droite ; je fonce, ramasse en passant quelques plans de choux pour casser la croûte, arrive, m’installe, avale deux choux au sel et me couche à la lisière ; le hasard veut que deux camarades viennent herser tout près ; j’en appelle un ,lui explique mon cas et rien à croûter ; il me dit que l’après midi il revient et me portera un peu de pain ; en effet à une heure il me porte six casse-croûte, un litre de café ; j’en mange deux et fais mon carnet. Je reprends confiance, Dieu m’aide, je vais réciter mon chapelet et à ce soir ; deux autres camarades avec cinq casse-croûtes. Une heure avant de partir : soixante quinze biscuits et un casse croûte, me voilà bien muni, je n’ai plus besoin que de l’aide de Dieu, j’ai confiance.

 

3-4 juin

 

La nuit est bien là, en route, reprendre la voie, j’arrive, la voie est en contre-bas et en descendant la ravin je glisse, tombe et me foule la cheville gauche ; suis obligé de me déchausser, me frotte un moment et je repars ; une fois chaud ça va mieux ; je fais douze km, traverse la gare de Buren je ne sais comment. Un peu plus loin, suis de nouveau rappelé à l’ordre par un garde barrière, je continue, un km plus loin c’est un aiguilleur qui me cause : suis obligé de quitter la voie ferrée pour passer ; je souffre de la cheville et me dirige à la recherche d’un bois ; le jour vient, le bois est éloigné de la voie et arrive péniblement ; je me masse ; j’ai les pieds et le bas des pantalons trempes de rosée ; le soleil se lève et va me sécher ; me fais une bande pour la cheville avec ma ceinture de flanelle ; ne sais si ce soir je pourrais marcher beaucoup et tout de même ne suis qu’à trente km de la Belgique ; pendant le jour me suis doublé la semelle des chaussons avec le col du manteau.

 

Les journées sont longues, interminables, aurai le temps de dormir mais le sommeil ne vient pas ; l’après midi je récite mon chapelet et demande à Dieu qu’il continue de me guider 


 

(A suivre)


Par A-M. R. / H. R. - Publié dans : historiques
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Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /Fév /2010 08:06


Article précédent :  « Ni haine, ni oubli » (21)

CARNET DE L’EVASION DE Jean J.

(Du 26 mai au 11 juin 1942) (suite - 3)



 

 30-31 mai

 

Au fait on commençait à regarder les étiquettes, quand la sirène d’alarme déclenche son son lugubre. C’est les avions Anglais qui arrivent et en cinq minutes, alors que j’étais sous un wagon, la première bombe incendiaire me tomba à cinq mètres. Vite on va se mettre sous quelques acacias à 200 mètres à côté de la voie, et ça commence à tomber. Nous avons eu chaud chaud, un regard des incendies je priais notre dame de Lourdes, ça a duré plus de 2 heures et quels dégâts.

 

31 mai - 1er juin 


Le dimanche se passe sous la pluie dans un buisson et cassons la croûte avec un biscuit chacun, il nous en reste une dizaine. Ce soir on essayera de reprendre la voie vers l’ouest, mais ma boussole est détraquée. Nous nous sommes rasés et  lavés dans la matinée tous les quatre avec un litre d’eau. Toujours la pluie et le vent, mon manteau pèse dix kilos. Enfin voilà la nuit assez sombre, on redémarre sur la voie, pas de lumière dans la ville, à cause du bombardement.

 

En passant à la station de Cologne Sud, le chef de station nous appelle, mais nous passons à bonne allure et un peu plus loin nous quittons la voie et descendons en ville. On croise agents, civils et une sentinelle qui gardait une rue encombrée, inous passons à deux mètres, ensuite on se heurte à un convoi militaire, bravement on fait là demi-tour, et passons dans un jardin public, et finalement on sort de la ville, mais désorientés. Il faut allumer une allumette et regarder si la boussole veut nous orienter. Ca va on a l’ouest et on démarre. Juste une nouvelle alerte, les avions reviennent, un type passe devant nous en courant vers son poste de D.G.A. on attend 5 minutes, les avions ne reviennent pas ici et continuent la route et nous aussi on marche, on a faim, nous trouvons un champ de patates, on en arrache quelques pieds et mangeons ces boules avec du sel et du poivre, excellent ! En avant encore, le jour va venir, on trouve un bois et y rentrons. Sitôt couchés on ne peut dormir, le vent est froid, on est trempé. Heureusement le soleil se lève, on se fait sécher et reposons. Je reprise mes chaussettes pour la nouvelle étape de ce soir. Il me reste en tout cinq biscuits, une barre de chocolat pour quatre. L’heure du départ approche, nous avons passé la journée sans manger, on avale un biscuit chacun et gardons la barre de chocolat pour demain soir, le repas fini, en route.

 

Beaucoup d’usines autour du bois, on réussit à se faufiler, et juste au moment ou nous croyons sortir de ce guêpier, vers 11h ou minuit, alerte, on nous crie « verda », « qui vive » et en même temps on court sur nous, ils sont deux ou trois ; mes trois copains piquent un sprint à droite et à gauche, ils sont poursuivis et ne sais s’ils sont pris ; moi je me suis accroupi derrière une haie sur place, ils ne m’ont pas vu. J’attends un bon moment, je n’entends rien, je repars doucement, il y a du brouillard, je ne sais trop où aller, j’arrive dans un bois et me coudre( ?) mes pantalons trempés par la rosée ; il fait frais et ne peux dormir ; à la pointe du jour, je repars un peu, trouve un ruisseau, me débarbouille ; il y a huit jours aujourd’hui que je ne l’ai fait, déjeune avec ¼ de flotte et avance un peu plus, le bois se finit, suis près d’un village et m’arrête ; on verra ce soir.

 

(A suivre)


 

Par A-M R / H. R. - Publié dans : historiques
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Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /Fév /2010 08:09


Article précédent : « Ni haine, ni oubli » (20)

CARNET DE L’EVASION DE Jean J.

(Du 26 mai au 11 juin 1942) (suite - 2)



 

 

Le 26 mai à 11 heures descente rapide du train en marche, après regroupement et recherche des valises, hésitation sur la marche. Enfin départ à la recherche d’un bois pour passer la journée, s’orienter. On arrive à un bois à 4 heures du matin mais on ne sait pas où l’on se trouve, on se couche à terre sous la pluie, deux manteaux pour 4 hommes, 90 à 100 biscuits et 7 à 800 grammes de chocolat, un quart de sucre et voilà toute notre fortune, pas de montre, journée du 27 mai la plus longue de ma vie ; le soir à 11heures 2ème d épart en suivant la voie ferrée repérée en direction de l’ouest, on traverse de petites gares, toujours sans savoir ou on est, le matin arrive il faut se cacher car pendant que je regarde l’étiquette à un wagon un homme, déjà au jardin me regarde, on file face à l’Est pour gagner un bois, hélas pas de bois, on en est réduit à se mettre dans un pommier à demi arraché au milieu du champ, il fait beau, un se couche à terre sous les branches, 2 autres en haut, le quatrième dans un champ de seigle. Sur mon perchoir me déchausse, tort les chaussons et chaussettes que je fais sécher et chausse une autre paire sèche ; vers midi petite alerte, un homme vient chercher du bois à dix mètres mais ne nous voit pas, vers quatre heures un couple qui se promenait, passe sous le pommier, voit le copain, et en rigole. Chaude alerte pour nous, sitôt parti, nous partons tous au champ de seigle attendre la nuit qui enfin arrive et troisième départ toujours vers l’ouest ; les petites gares assez près et comme avec les brodequins on fait du pétard, on les quitte et marchons en chaussons ou chaussettes toute la nuit sur les traverses de la voie, marche très fatigante il faut faire les pas trop petits. Enfin la dernière gare au matin on se situe, et savons que nous sommes à 5km de Francfort, alors un bois est là à côté de la voie. On y va, c’est un parc pour promenades, n’empêche. On choisit un coin assez touffu et on se couche sous la pluie jusqu’à midi. Toute l’après-midi se passe à guetter les passants, heureusement aucun ne nous voit, et passent des soldats en chantant et même des prisonniers.

 

29-30 mai 1942

 

 Le soir la lune éclaire bien trop, on repart tout de même, en passant on mange quelques salades et rhubarbes avec du sel, on passe sous la gare des voyageurs, toujours en chaussons et arrivons à la gare de triage, on repère un wagon pour Cologne, on fait un peu de cache-cache avec les employés et enfin arrivons à nous installer, il part vers 4 heures du matin, et nous voilà en route. Après divers arrêts il arrive à Cologne vers 6 ou 7 heures.

 Il faut attendre la nuit pour descendre, ensuite on allait chercher un autre vers la Belgique ou la France.

 

(A suivre)


 

Par A-M R / H. R. - Publié dans : historiques
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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /Fév /2010 08:12

Article précédent : « Ni haine, ni oubli » (19)


CARNET DE L’EVASION DE Jean J.

(Du 26 mai au 11 juin 1942)

 

 

AVANT PROPOS

 

Ces pages reprennent in extenso les 9 pages du petit carnet dans lequel notre père et grand-père a noté les péripéties de sa troisième tentative d’évasion de Poméranie (province à l’Ouest de l’Allemagne, actuellement en Pologne).

A notre connaissance, la première évasion avait échoué, des enfants l’ayant découvert dans une meule de foin.

La seconde : également caché dans un train de marchandises en partance pour l’Espagne, lui et un camarade (Monsieur D.) ont été découverts à l’ouverture du wagon. (voir transcription de l’attestation faite à Monsieur D. en fin du récit).

A partir de mars 1942 les évadés repris étaient regroupés dans un camp (camp 9A) à Francfort sur le Mein et ensuite envoyés par train au camp de Rawa Ruska à l’Est de la Pologne (actuellement en Ukraine). Ce train partait vers le Sud avant de repartir vers le Nord Est. C’est donc à proximité de Francfort et de Cologne, que l’évasion s’effectue.

 

*************

 

Certains mots ont été difficiles à déchiffrer, d’autres restent à déchiffrer ( ?) ; mais ceci n’enlève rien à la compréhension du texte. Ces lignes retracent la volonté et le courage de tout instant accompagnés à plusieurs reprises par la chance ou pour lui la grâce de Dieu qu’il n’a de cesse de prier.

 Le récit ne parle ni de noms de personnes et peu de villages : sûrement par mesure de sécurité au cas où l’évadé serait repris.

Seules des lettres envoyées après la guerre mentionnent des noms de passeurs ou de villages.

D’abord la lettre du 24 septembre 1948 de Monsieur Bastien F. de K.-A. en Belgique qui dit retrouver dans ses archives le nom et l’adresse de notre père dans la liste des prisonniers qu’il a aidé à passer la frontière. Il l’informe que 2 passeurs ont été fusillés en 1943 et le chef assassiné en 1945.

La copie de la réponse de notre père à ce Monsieur Bastien en 1948, (retrouvée en 2009), mentionne le seul nom de village dont se souvient notre père : celui de Montzen en Belgique où il a été hébergé chez Monsieur Victor H. la nuit du 7 au 8 juin1942.

 

***********

 Les amis belges de Manotte (Marthe M., Jean et Marie H.) habitent à 10 km de ce village. A notre demande, Jean H. s’est rendu à Montzen en juillet 2009.

 Il a pris contact avec Monsieur François H. qui archive les données de la guerre pour le village de Montzen. Monsieur H. a envoyé le journal d’une Germaine D., d’une famille de passeurs pendant la guerre, qui mentionne le nom de Martin H., passeur. Il nous a informé également  qu’une rencontre de passeurs et évadés avait eu lieu dans ce village en 1995.

 

 Il a envoyé  une photo de la maison H. où notre père a probablement été hébergé cette nuit du 7 au 8 juin 1942. Nous l'avons remercié pour ces documents ; irons le voir et voir la maison H. si nous allons en Belgique.

 

                                                                                        (A suivre)

 

 

Par A-M R / H. R. - Publié dans : historiques
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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /Jan /2010 08:12


Article précédent : « Ni haine, ni oubli » (17)

 


Un lecteur attentif, suite à l'article précédent,

en hommage à une personne ayant vécue  la guerre civile d'Espagne

nous a fait parvenir un de ses textes

en hommage à des amis républicains, à leurs parents.


Avec plaisir nous le publions dans cette même rubrique

et nous le remercions chaleureusement de cette contribution.



Guadalquivir.

 

….Et le nain s’érigeât en tyran !

 No pasarán ! Crièrent les partisans !

Par l’épée, par le goupillon,

La démocratie croupi en prison.

 « Ave María purísima »

Dans les écoles on récita…

Seules les eaux du Gualdalquivir

Chantent encore le nom des martyrs.

España querida n’oublies pas,

Que la liberté est un droit.

 

Par G-L. P. - Publié dans : historiques
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