témoignages


Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /Mars /2009 12:18

Nous sortons du troquet et j'aperçois une 4L garée sur le coté du parking. Je m'assois à l'arrière du véhicule. Cette auto me parait bien vieille. Sur le plancher de devant, côté passager, une plaque de tôle est soudée !

J'obtiens une couverture sur les épaules. Elle vaut à l'instant tout l'or du monde. Devant moi, le compteur kilométrique de la bagnole pointe 110 000 kilomètres. Faut le faire !


Le gros gendarme entame la conversation :

« Vous avez eu une sacrée veine ! Vous êtes drôlement costaud pour vous être sorti de cette mer en furie. Le Centre de Sauvetage de Soulac a bien reçu votre appel à la rescousse. Le canot tous temps des sauveteurs est parti sur les lieux à votre rencontre, mais à partir d'1 heure 15, le contact a été rompu. Plus rien !

Ca me rappelle l'an dernier, quand le vieux Julot avait été sauvé de la noyade, hein, Henri ?


- Oui, mais ce qu'a fait M. Cerdan cette nuit est un véritable miracle ! Jamais je n'aurais pensé qu'un homme puisse parcourir autant de distance, en pleine nuit, dans la bourrasque, tant à pied qu'à la nage. De plus, l'eau était glaciale. 

- Comme quoi, l'être humain est très résistant à l'effort. C'est quand même une belle machine qui, en la poussant à ses extrémités, est capable d'exploits sportifs.

J'interviens, excédé :

- Oui, mais en attendant, mes trois amis ne sont plus là et j'aimerais que vous en teniez compte, plutôt que de faire l'éloge de l'homme. Je ne suis pas là pour monter sur un podium et j'ai hâte de retrouver ma famille, ma maison, mon feu de cheminée, mon assiette de soupe...

- Excusez-nous, dit Henri le jeune, reposez-vous ! Vous allez prendre une douche chaude au siège. Vous êtes livide et vous grelottez. Je vous promets que nous allons faire vite. »

Plus tard, je serai évacué dans le service Réanimation de l'hôpital Tripode à Bordeaux.


FIN


Cette nouvelle a été inspirée d'un fait divers.

Le titre dans le journal « Sud-Ouest » était le suivant :

« Naufrage au large d'Hourtin. Une vedette de plaisance a coulé dans la nuit de mardi à mercredi, au large des côtes girondines. Deux occupants ont été noyés, un autre est porté disparu, mais un quatrième a pu regagner le rivage à la nage au prix d'un effort surhumain. »

Par M. G. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 26 février 2009 4 26 /02 /Fév /2009 08:11

Johanna ... (suite)...

Deux coups de fusil, secs, tirés non loin, mettent fin à mes réflexions. La chasse est ouverte depuis quelques jours. Je respire l'air humide du sous-bois. Ca sent les champignons, la feuille qui pourrit et la mousse. Le soleil perce par taches le feuillage. Des libellules volent au-dessus du ruisseau. Des vaches, dans le champ, me suivent du regard.

J'arrive maintenant au bout du chemin et j'aperçois le muret de pierres sèches où les tentacules du lierre ont tendu leurs vrilles. Un chat s'étire au soleil. Je pousse le portail de fer forgé qui grince sur ses gonds. Les gravillons crissent sous mes pieds pendant que je remonte l'allée. Tout est calme. On n'entend que le gazouillis des oiseaux. Le cimetière étage ses rangées de tombes sur une pente douce. Les stèles sont, pour la plupart, assez modestes. Des mausolées en ciment, rongés par la mousse, ont été érigés çà et là. De vieilles Croix gisent dans l'herbe, au milieu des tombes abandonnées. Des caveaux en marbre ou en granit les remplacent peu à peu.

Je me recueille un instant devant la concession de mes grands parents, et je remets quelques fleurs en place. Un peu plus loin, je m'incline devant les caveaux de gens que j'ai connus. Puis enfin, j'arrive devant ta tombe Johanna. Tout est blanc : la Croix, les fleurs, les plaques, les Anges. Ton épitaphe, en lettres dorées, est un bref résumé de ta courte vie : ici repose Johanna : 1954/1968. Je tapote le marbre tiède d'une main amicale. Quarante ans déjà que tu m'as quittée ! Quarante ans qu'un automne lugubre a succédé à ce merveilleux été. Ce tragique et stupide accident, à l'aube de ta vie, nous a séparées à jamais et m'a plongée dans le désarroi le plus profond. Mourir à quatorze ans, quelle injustice, quelle cruauté !!! Une indicible souffrance m'a accompagnée pendant plusieurs semaines. Mes nuits étaient peuplées de cauchemars. Je me sentais si seule, si abandonnée...

Il m'a fallu longtemps avant que la douleur se calme en moi, avant que j'accepte. Ton beau sourire, tes yeux si transparents, ta gentillesse, je ne les ai jamais oubliés. Ce que nous avons si étroitement partagé, plus jamais je ne l'ai vécu avec quelqu'un d'autre. Tu resteras à jamais mon amie.


Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 08:14

Je pousse la porte vitrée du bar et me retrouve dans la chaleur d'une grande salle enfumée, toute en profondeur. Un long comptoir à l'espagnole et des tables se font face. La serveuse est grande et blonde. Elle doit avoir 40 ans et demi. Ses mains agiles essuient deux verres à la fois.

Au comptoir, un gros bonhomme vêtu d'un imperméable à la tête dans son canard. Un petit garçon fait une partie de flipper, assis sur un maxi tabouret.

Je ressens un long frisson dans le corps et j'ai l'impression d'être dans un état second.

Un instant d'hésitation...Où vais-je m'asseoir ? Là devant, pas de doute ! Je croise des regards surpris, questionneurs et je m'installe. Voilà, c'est gagné. Le plus dur est fait.

«  Mademoiselle, puis-je avoir un Perrier s'il vous plait ?

-Oui, Monsieur. Me répond-elle avec un sourire...crispé. Je dois avoir une drôle de dégaine. Vite ! Allons aux toilettes se refaire une beauté !

En effet, pauvre Thomas ! Tu es blanc comme un lavabo, mal peigné, les habits en guenilles. J'arrose mon visage d'eau tiède. Cela me fait un bien fou.

Mais où sont donc mes amis ? Ils doivent être morts à cette heure-ci. Quelle catastrophe ! Il faut que je prévienne les familles.

Dans la salle, le type à coté n'arrête pas de m'observer par-dessus sa gazette.

« Allo, Marjolaine ?...Je suis là... Je suis vivant. Les autres sont sûrement noyés... Oui... D'accord... Je t'aime. »

Je raccroche. Je me mets à pleurer. Je n'en peux plus.

Après m'être séché les yeux, un peu plus tard, j'appelle les familles de mes amis. Je prononce des mots, qui font probablement des phrases, mais je ne réalise pas. Je réponds toujours aux mêmes questions sanglotantes. Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ?

Une fois acquitté de cette délicate mission, je commande un crème à Mireille Darc. Cela me réchauffe les membres. J'émerge doucement.

Les gendarmes, alertés par mon épouse, ne tardent pas à venir me chercher depuis Carcans-Maubuisson.

L'un des deux pandores, très jeune,  m'épie attentivement.

L'autre me dit :

-« C'est vous qui avez fait naufrage au large d'Hourtin ? »

Je réponds affirmativement de la tête.

«  Si vous voulez bien, nous vous emmenons à la gendarmerie pour l'état des faits. Il n'y en aura pas pour longtemps. »


Par M. G. - Publié dans : témoignages
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Vendredi 20 février 2009 5 20 /02 /Fév /2009 08:17

Ou de sa fabrication maison d'autrefois.

Ce beau pétrin que l'on bichonne et qui trône, aujourd'hui, à côté du vaisselier rustique, dans la vaste salle à manger, a servi, autrefois, à pétrir tous les mois le pain pour toute une famille de six personnes.

Perchée sur une caisse en bois, les yeux juste à la hauteur minimum, je me rappelle avoir souvent observé Lisa, la maîtresse de la ferme, sa blouse impeccable comme toujours, un tablier de devant noué autour de la taille, ses cheveux retenus en arrière par quatre barrettes. Méthodiquement et en y mettant tout son savoir faire, elle effectuait avec dextérité toutes les opérations liées à la préparation de ce pain.

Par avance, elle avait réuni, près du pétrin, tous les ingrédients nécessaires : la farine, l'eau, le sel, le levain qui donnait au pain un goût acidulé.

Pour commencer, elle pesait la farine à l'aide d'une « romaine ». Le dos courbé pour soulever la charge, deux doigts dans l'anneau de suspension, elle faisait glisser la tare le long du curseur répétant cette opération jusqu'à rassembler vingt à vingt cinq kilos de farine.  Le blé avait, bien sûr, été cultivé et récolté dans la ferme puis moulu au moulin du village.

Alors cette quantité de farine était versée dans le pétrin en faisant un puits au milieu pour recevoir successivement l'eau, le sel et le levain émietté. Quant toute la farine semblait déjà assez bien mélangée, Lisa enfonçait ses deux poings serrés dans la pâte... la « travaillait »... la frappait sur le fond du pétrin, rajoutait un peu de farine pour qu'elle ne colle pas, farinait aussi ses mains et recommençait à pétrir jusqu'à obtention d'une boule bien lisse.

Pendant ce travail, machinalement, du revers de sa main droite elle essuyait son front, relevait son tablier de devant et s'en essuyait délicatement les mains encore plutôt farineuses.

La grosse boule de pâte était ensuite recouverte d'un linge blanc et était laissée au repos dans le pétrin deux à trois heures pour laisser la levure faire son œuvre.

Progressivement, la pâte doublait de volume. Lisa, alors, divisait cette boule en quatre ou cinq pains qu'elle incisait de quelques entailles parallèles et les plaçait chacun sur une feuille de chou.

La feuille de chou allait protéger pendant la cuisson le pain de la cendre laissée par le feu précédemment allumé. Les côtes du chou, elles, laissaient de beaux dessins sous le dessous des pains cuits.

Ce pain de campagne avait une croûte épaisse et dorée ; la mie était bien levée avec de nombreuses alvéoles.

Quand le pain devenait trop rassis, il garnissait le fond d'une assiette creuse et s'imbibait du bouillon de légumes avec lequel la cuisinière l'arrosait avantageusement. Le soir cela remplissait nos estomacs d'enfants !


Par A. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /Fév /2009 08:11

Johanna.

La poussière, accumulée pendant l'été, a été lavée par l'orage d'hier. La formidable palette de couleur de Dame Nature semble plus éclatante ce matin. Nettoyer le grenier ne me tente pas ; je vais aller saluer mon amie d'enfance, Johanna. J'emprunte l'ancienne ligne de chemin de fer reconvertie en chemin de promenade. De hauts talus plantés de noisetiers, de chênes et de châtaigniers me protègent du vent. Les branches hautes se rejoignent pour former une voûte qui fait écran aux rayons du soleil. Le sol est troué de multiples nids de poule que l'eau a envahi. Les fougères portent encore les toiles d'araignée de la nuit. Un tracteur peine au loin.

Je me souviens avec nostalgie de ma première rencontre avec toi, Johanna. Nos parents s'étaient perdus de vue pendant quelque temps puis ils s'étaient retrouvés. C'est là que nous avons fait connaissance. Nous avions le même âge : sept ans. Ton sourire éclatant, tes yeux bleus dans lesquels les images se reflétaient comme dans l'eau claire d'une fontaine, ton teint clair, tes cheveux blonds coupés au carré, tout m'attirait. Nous avons aussitôt sympathisé. Très vite, tu es devenue mon amie, mon double, ma confidente. Notre timidité, notre sensibilité à fleur de peau, notre intérêt pour les mêmes choses, notre passion pour les livres, tout nous rapprochait.

A ma mémoire reviennent les parties de marelle ou de dominos, l'habillage des poupées au visage de porcelaine, les goûters dans les dînettes fleuries, les parties de cache-cache au milieu des bottes de foin odorant, les promenades à travers la campagne, les discutions interminables.... Notre enfance a passé si vite. Je me souviens avec précision de nos quatorze ans. Nous avons fêté notre anniversaire ensemble, nous n'avions qu'une semaine de différence. Puis Mai est arrivé avec son lot de grèves, de rebellions, de revendications. Nous avons mis les bouchées doubles en Juin pour rattraper le retard scolaire. Malgré tout, l'été qui a suivi fut, pour moi, plus beau, plus lumineux, plus prometteur que jamais auparavant. Nous étions devenues des adolescentes avec des rêves plein la tête. C'était aussi l'âge de nos premiers émois, de notre première boum. C'était l'époque des minijupes et des pantalons pattes d'éléphant. L'avenir nous appartenait. Que tout semblait simple alors !

Par B. B. - Publié dans : témoignages
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