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Lundi 16 février 2009 1 16 /02 /Fév /2009 08:11

Pendant ce temps, les aiguilles tournent, le vent apparaît. Au plus fort, sa vitesse est de 30 nœuds, les vagues s'affolent...Panne de moteur ! Le bateau se renverse, aidé par deux grosses déferlantes arrivées coup sur coup.

Il est tard dans la nuit.

Le pire est arrivé.

Nous sommes à environ 6 milles des côtes (10 kilomètres), l'eau est à 12°C. Je me trouve dans l'eau glacée. Les vagues me secouent et m'obligent à garder la tête très haut pour éviter de boire la tasse. J'ai froid. Je regarde autour de moi. Où est Benoît ? Où sont Chloé et Anthony ? Ce n'est pas possible ! J'ai beau ouvrir les yeux et scruter autour de moi, je ne vois rien, rien que des crêtes d'eau brune, la forme sombre du bateau retourné qui est entrain de couler.

Je me mets à nager sans perdre de temps. Je dois vaincre cette mer si puissante. Il le faut.

Mais qu'est-ce que je fous ici ? Bon sang !  Il ne faut pas que je pense à faiblir. J'y arriverai. Je nage, j'avance, j'ai froid et...je nage. Dans ma tête, des pensées vont et viennent, mais toujours demeure en moi l'idée obsédante de nager. Je pense soudain à mon enfant, à ma femme. C'est trop dur ! Vite, allez ! Appuie sur tes bras, Thomas, pousse dessus ! Il fait nuit, mais le bleu prend le dessus tout de même. Le courant me porte et je lui obéis.

J'ai envie de pleurer, mais il ne faut pas. Non, courage, Thomas ! Ce cauchemar, cette torture dure des heures. La mer finit par s'apaiser. Mes genoux butent sur du sable. Ça y est ! J'y suis. C'est fantastique ! Je n'en peux plus.

J'avance. J'entre dans une forêt de pins. J'avance à travers les fougères. J'entends des bruits d'animaux effarouchés. Des ronces me lacèrent les bras. Je manque de me tordre la cheville sur une pomme de pin.

J'ai les bras croisés sur mon ventre. Le ciel est magnifiquement...noir. Tout à coup, le bruit d'un avion, une traînée blanche rectiligne. La séparation est nette. Mes pensées à l'instant se divisent elles aussi. Suis-je mort ou vivant ? Est-ce que je me comporte comme un être vivant, en son âme et conscience ? La fuite en avant ou le retour en arrière ?

Je me mets à marcher à reculons, me cognant aux pierres hautes ou à des buissons épineux.

Je finis par me retrouver au sol, sur une flaque d'eau verte. Après m'être défait d'une partie de mes habits trempés, je reprends mes réflexions cumulo-nimbesques. Que représente l'homme au sein de l'univers ? Quelle insignifiance !

Voilà la route ! J'entends le bruit d'un moteur automobile. Je me mets en position d'autostoppeur. L'auto ne s'arrête pas.

Trois quarts d'heure plus tard, une autre voiture passe. Le conducteur semble ne pas me voir. J'ai envie de le tuer, froidement.

Après, c'est le tour d'une grosse auto. J'allume mon briquet pour attirer l'attention. Le véhicule me frôle à plus de cent dix kilomètres à l'heure.

Et c'est à pied que j'accomplis les derniers arpents jusqu'à Maubuisson.

J'aperçois un bar, mais il est fermé.

Puis la chance me sourit enfin. Une enseigne lumineuse « la Pergola », m'indique un café ouvert.


Par M. G. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /Fév /2009 08:11

Neiges d’antan…

Les brumes matinales qui avaient déposé leurs gouttelettes se sont dissipées. L'air est plus vif ce matin. Dans le ciel passent des formations en accent circonflexe d'oies sauvages ou de grues qui partent vers le sud. Leurs cris annoncent l'approche du froid qui fait déjà ses premiers clins d'œil. Des étourneaux s'agitent au dessus des champs labourés. Mais les hivers sont beaucoup plus doux, plus ennuyeux et insipides comparés aux chutes de neige que j'ai connu dans mon enfance.

Les premiers flocons apparaissaient sans bruit et le tapis gonflait, moelleux, immaculé et lumineux. La pellicule blanche se déposait sur les arbres, alourdissant les branches qui s'inclinaient vers le sol. Les bruits devenaient plus sourds au milieu de ce gigantesque drap. Seuls quelques oiseaux affolés piaillaient faiblement. La neige tombait sans s'arrêter, fine et obstinée pendant plusieurs jours. Seuls les panaches de fumée montaient des cheminées sur les toits immaculés. Les adultes traçaient des chemins à la pelle pour aller au tas de bois ou à l'étable. Et c'était tout à recommencer dès le lendemain. Et il en retombait encore et encore. L'épaisse couche blanche nivelait les talus.

Les anoraks fermés jusqu'au cou, les pantalons fuseaux rentrés dans les bottes, les mains bien au chaud dans les moufles, et le bonnet enfoncé jusqu'aux oreilles, nous nous élancions dans la poudreuse. Un léger nuage blanc se formait au rythme de notre respiration. Une fine pellicule de givre recouvrait l'épais manteau qui craquait sous nos pas. Brasser la neige des arbres qui nous saupoudrait, faire d'interminables batailles de boules bien pétries, façonner le bonhomme de neige, lui trouver un chapeau, une pipe et un balai, nous extasier devant notre œuvre, patiner sur la mare gelée sans tomber afin de préserver les derrières devenus douloureux au fil des heures, puis dévaler les coteaux glacés, assis sur des sacs en plastique, remonter et recommencer : la journée était bien remplie.

Les habits mouillés, les joues rougies par le froid, la goutte au nez, nous rentrions nous chauffer à la vieille cuisinière qu'on entendait ronfler doucement pendant que chantonnait une bouilloire sur ses ronds de fonte noircie. .Et c'est autour d'un bon chocolat fumant, accompagné d'une épaisse tartine grillée au feu de bois, que nous clôturions ce superbe après-midi d'hiver.

Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Lundi 9 février 2009 1 09 /02 /Fév /2009 08:16

Benoît a un superbe bateau.

Il avait décidé de l'acheter deux ans auparavant par petite annonce :

« Vends vedette Coronat 27 Sea Farer de 1965 avec deux moteurs 2 x 110 CV. Bon état général. 8.30 x 3 mètres. »

Le vendeur était un jeune homme qui s'était lassé rapidement des plaisirs nautiques.

 Il faut dire qu'il se promenait habituellement en mer quelques heures essentiellement, puis, s'en retournait à son port d'attache : Agde. Il aurait voulu rapatrier le Vahiné sur la Cote Basque, mais ses négociations pour obtenir une place de parking étaient restées vaines. Il s'était donc résigné, en se disant qu'il lui manquait le piston.

Le Vahiné est puissant, imposant et peut être utilisé pour le ski nautique. Sa vitesse maximale est de 25 nœuds, c'est-à-dire environ 50 Kms par heure. La coque est en alliage de polyester et de bois. Il est bleu, avec des bandes latérales jaunes. Un beau joujou ! Il avait été vendu pour seulement 7500 euros.

 Benoît, en principe, n'a pas beaucoup de liberté pour ses loisirs. Mais il parvient à jongler avec l'emploi du temps de ses employés et même de ses clients.

 La vedette demeure à quai au port d'Arcachon à l'année. Pour le transport de route, il faut bien sûr le panneau « convoi exceptionnel ».

 Benoît aime son bateau. Il l'appelle son « fidèle destrier » ou encore, plus banal,  sa « deuxième épouse ». Il lui arrive souvent de venir au port le regarder, écouter le clapotis des vagues entre le navire et le pont.

Il se met à rêver... et se dit que, si un jour tout va mal sur la terre ferme, il montera sur sa nef et puis...

 Il est comme un gosse à qui on aurait offert son premier train électrique. Il a envie de crier à la lune, de chanter avec les mouettes, mais non,  il se retient : il veut conserver ce plaisir égoïstement à l'intérieur de lui-même.

Par M. G. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 5 février 2009 4 05 /02 /Fév /2009 08:11

Ouverture de la chasse.

Un magazine qui traîne sur la table accompagne ma solitude. Je me laisse aller dans la profondeur du vieux fauteuil et j'essaie de concentrer mon attention sur les pages de mon livre. Mais je n'arrive guère qu'à le feuilleter, m'arrêtant à peine aux gros titres. J'ai l'esprit ailleurs. Je laisse vite tomber ma lecture pendant que mon regard se promène dans la pièce. Au dessus de la porte de la chambre, le fusil de mon père sommeille dans le râtelier depuis quelques années déjà. La chasse a été une de ses grandes passions.

Quelques jours avant l'ouverture, il sortait la boite de dessus le buffet où elle était au sec. Il préparait lui-même ses cartouches : il versait la poudre qu'il dosait précautionneusement. Il y ajoutait des plombs de différents calibres et il sertissait le tout. Puis il sortait le fusil qu'il avait acheté par correspondance dans le catalogue Manufrance. Il nettoyait l'intérieur du canon avec des baguettes à houppe, astiquait la crosse, et vérifiait que tout fonctionnait bien : le cran d'arrêt, la gâchette, le percuteur.

Le jour J, il se levait très tôt. Il enfilait un treillis vert et de grosses chaussures de marche et il vissait sur sa tête une belle casquette. La cartouchière bien fixée à la taille, il partait, accompagné de mon grand frère qui le suivait à quelques mètres, le carnier en bandoulière et un bâton à la main. De temps en temps, il fouettait les feuillages et les fougères dans l'espoir de faire sortir un lièvre. C'était encore le temps où le gibier abondait : lapins, faisans, perdrix, bécasses, cailles, canards.....Le chien flairait une hypothétique présence. Il reniflait dans les buissons, dans un carré de trèfles, dans un champ de betteraves. Et tout à coup, un gros oreillard déboulait d'un carré de maïs, en bonds saccadés. Papa épaulait, visait et tirait. Le lièvre faisait la culbute et le chien se précipitait pour l'attraper et l'amener à son maître. Mon frère le plongeait par les oreilles au fond du carnier.

Les détonations claquaient sèches et courtes. La campagne résonnait de coups nourris. Les carniers garnis se faisaient lourds au fil des heures.

Après cette longue marche à travers les labours et les bois, ils rentraient heureux. Le fusil cassé sous le bras, mon père remettait les cartouches à la ceinture. Il sifflait son chien qui venait se coucher, le museau sur les pattes endolories et l'œil rivé sur son maître. J'avais toujours un pincement au cœur lorsque les chasseurs nous montraient fièrement leur butin. Le « deux coups » s'est tu à présent. Papa le descend de temps en temps avec dévotion de son râtelier pour le nettoyer. Il sera pour mon grand frère plus tard. Le chenil vide ne résonne plus des aboiements du chien qui n a pas été remplacé.
Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Lundi 2 février 2009 1 02 /02 /Fév /2009 09:55

Chloé est belle. Ses cheveux bruns retombent sur ses épaules. Elle regarde Anthony sui range ses cordages. Elle ne le connaît que depuis huit jours, mais le courant passe bien. Ils sont allés manger au restaurant chinois et sont sortis avec les baguettes sur les oreilles : c'est dire si l'ambiance fut excellente.

Benoît pilote le bateau, casquette de marin posée sur sont front buriné. Il chantonne « la mer » de Trénet.

Je suis bien content d'être là, parmi ces gens que j'aime. Cet après-midi, je donnais un cours d'espagnol au lycée. Nous avons parlé de la mer et des marins. Les élèves ont été bons.

Ma femme doit être à la maison à cette heure-ci avec mon petit garçon.

Anthony ouvre son sac de sport. Il en sort de belles bananes et en propose à tout le monde. Les nababs ont leurs bananes !

Je regarde ma montre qui indique 18h30. La vedette avance tranquillement. Rien ne semble pouvoir interrompre sa route.

Je commence à présent à ressentir les effets du tangage et m'assois rapidement. Le ciel est légèrement gris et quelques nuages stationnent.

Si tout se passe bien, on devrait parvenir à Arcachon dans une paire d'heures. Peut-être y aura-t-il du monde au débarcadère pour nous attendre. De toutes façons, il est prévu depuis hier que l'on dîne tous chez Benoît, à Podensac.

Le port d'attache du Vahiné, notre bateau,  est donc : Arcachon, dans son célèbre bassin, réputé pour ses huîtres.

Actuellement, le port abrite approximativement deux mille coques de plaisance. La route habituelle que l'on prend en voiture passe par des villages aux noms typiques comme Facture, Le Teich, Gujan-Mestras, la Hume ou encore La Teste.

Toute l'année, il existe pour les amateurs, une traversée Arcachon- Cap Ferret. Disons que, sur la carte, en terme de longueur,  cela fait plutôt sourire, mais, ma foi, il faut bien occuper les touristes, et, par là même, faire marcher l'économie locale !

Le lundi ou le jeudi, de bonne heure, on assiste à la vente du poisson à la criée, au port de pêche. Si vous arrivez à suivre et comprendre ce que dit le vendeur au micro, vous êtes doué.

Il est à noter que, près du port, il y a une église qui a du abriter parfois, hélas, des familles lors d'obsèques de marins noyés en mer.

Il y a aussi une gendarmerie et le casino de la plage, qui, autrefois, servait de cadre à des expositions de peinture et de brillantes réceptions.


Par M. G. - Publié dans : témoignages
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