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Nouvelle : Un amour… sans bornes
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Là-haut, dans leur petit nid douillet du quatrième étage comme tout autant à l’extérieur, ils passaient ensemble des jours formidables, inoubliables. Sans grands soucis ! D’ailleurs tous leurs amis, avec envie parfois, comme leurs familles respectives, le constataient et en étaient chaleureusement ravis pour eux. Effectivement, ne surfaient-ils pas, enthousiastes, sur la crête des plus hautes vagues de la sérénité ? N’affrontaient-ils pas avec intrépidité et sans nulle appréhension tous les petits aléas de la vie courante ? Ne sollicitaient-ils pas sans arrêt, pour un oui comme pour un non, leurs zygomatiques ?
Mais le bonheur manifeste des uns provoque aussi, parfois, des réactions curieuses et inattendues d’autres personnes. Tout le monde, en effet, ne sait pas, en raison de son caractère, de son tempérament, de sa vision des choses, de sa conception de l’existence, saisir, après les avoir aussi quelque peu provoquées, les opportunités qu’offre malgré tout, comme la chance, le bonheur !
C’est ainsi, qu’un soir, en rentrant, Flora fut très surprise en prenant connaissance d’un petit mot, manuscrit mais non signé, qui avait été épinglé, à la va vite semblait-il, sur le tableau réservé à cet effet se trouvant à gauche de la porte d’entrée du hall du bâtiment. Elle prit le temps de le relire deux ou trois fois afin de s’en souvenir pour pouvoir le « réciter » dans toute son intégralité, dans toute sa saveur, piquante, à son ami.
Pendant le court laps de temps nécessaire à l’ascenseur pour atteindre l’étage désiré, elle avait déjà estimé sur quel copropriétaire pouvait se porter les soupçons de cette curieuse et mesquine initiative. Connaissant suffisamment l’ensemble des habitants de tout l’escalier, cela ne pouvait venir que des gens, d’elle en particulier, occupant l’appartement de l’étage au-dessous du leur. Qui d’autre se serait permis d’agir ainsi, incognito, sans oser s’adresser directement aux intéressés ?
La porte à peine ouverte, elle se retrouva nez à nez avec Odilon qui l’attendait… les bras ouverts, plein de gaieté et de prévenance. Le temps de s’assurer qu’il n’avait pas, avant elle, pris connaissance du « petit mot doux » à eux deux sans nul doute destiné et elle s’empressa, telle une comédienne qui entre en scène, de lui faire connaître la nouvelle du soir.
Sur le champ, après avoir bien ri ensemble et de bon cœur de cette accusation quelque peu sournoise, ne voulant pas se contenter d’enregistrer ce qu’ils considéraient comme une attaque perfide, ils s’armèrent de patience pour envisager la réplique la plus adéquate, la plus parlante, la plus efficace, la plus respectueuse. Ils décidèrent tout simplement d’utiliser en retour la même tactique : apposer, en guise de suite logique, une réponse écrite en même lieu et place.
Tout en mangeant, ils réfléchirent à un texte qu’ils afficheraient donc sans tarder mais en n’omettant surtout pas, eux, de le signer. Quel courage y a-t-il à vouloir exprimer des remarques, des critiques sur son environnement dans un total anonymat ? Qui peut, d’ailleurs, prendre vraiment au sérieux ces griefs dans un tel contexte ? Autant, quand on n’est pas capable d’assumer ouvertement ses écrits, effectivement se taire, ne pas chercher à se plaindre publiquement, à vouloir donner des leçons ! La discrétion est toujours préférable à une exubérance indigne !
Immédiatement après le repas, de sa plus belle plume et sur son plus joli papier à lettre sur lequel elle couche tant et tant de mots tendres pour son chéri, Flora s’appliqua à écrire le texte mis au point en commun :
Madame et/ou Monsieur,
En guise de réponse au billet affiché ce jour dans le hall et en essayant de prendre un peu de hauteur, nous voulons simplement porter à votre connaissance les préceptes qui, au quotidien, nous guident tous les deux :
1) L’amour, oui ! La guerre, jamais ! Sans discussion, aucune !
2) L’amour, vive ses échos ! Le bruit des bottes, insupportable !
3) L’amour, c’est aimer ! L’autre ! Pas d’ennemi ! Tous, Hommes !
4) L’amour, c’est la vie ! La mort programmée, la refusons !
5) L’amour, c’est l’espérance ! Le désespoir, à combattre !
6) L’amour, une exigence ! Le conflit, une erreur !
7) L’amour, un engagement ! La haine, l’horreur !
8) L’amour, une source ! Intarissable ! Non aux hostilités !
9) L’amour, une autre planète ! Fi du terre-à-terre !
10) L’amour, pour nous, toujours ! Et pour vous ? Quand ?
A chacun sa vision de l’existence ! Et, surtout, haro sur l’anonymat !
Les signataires résidents : Flora et Odilon… du quatrième !
(A suivre)
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