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Jeudi 29 janvier 2009 4 29 /01 /Jan /2009 08:20

Cueillette d'automne.

Dehors, les rayons du soleil parent d'or et de feu les grands arbres qui frémissent. L'orage, pour bref qu'il avait été, a lavé le ciel et la nature. Propre comme un sou neuf, la végétation resplendit. La couleur des feuillages paraît plus vive : la pluie les a lavé et les a débarrassé de leur pellicule de poussière.

Nous en profitons pour aller prendre l'air et voir si les premiers champignons ont enfin daigné montrer le bout de leur chapeau.

Dans les potagers, le froid vif des nuits qui rallongent a taché les dernières tomates et ratatiné les ultimes aubergines de la saison. Quelques coloquintes aux couleurs vives égaient les plates bandes. De grosses citrouilles d'un orange ardent feront bientôt une succulente soupe. Les plus belles orneront les rebords de fenêtre pour Halloween. Un talus me renvoie des bouffées de menthe sauvage. J'en écrase quelques feuilles dans ma main pour en sublimer les effluves. Au bord du chemin poivré de nids de poule, les derniers fruits de la saison se préparent : de petites poires juteuses et des noix craquantes vont bientôt offrir toutes leur saveur. Nous nous arrêtons dans un bosquet pour ramasser les premières noisettes. A l'aide d'un gros caillou, nous cassons les coquilles en essayant d'éviter nos doigts, et nous croquons les noisettes avec appétit. Rassasiées, nous reprenons notre promenade. Les vergers exhibent leurs pommes au parfum aigrelet. Les différentes variétés seront mélangées dans le pressoir où elles donneront un savoureux cidre doux. Là aussi, nous faisons une petite halte pour mordre à pleines dents dans une reinette sucrée.

Nous pénétrons dans le bois que l'automne embrase. Au détour d'un sentier, des senteurs fortes de champignons nous titillent le nez. J'écarte quelques fougères et des ronces aux épines redoutables à l'aide d'un bâton. Des cèpes sont cachés au pied d'un chêne. Seuls leurs chapeaux sombres émergent sur le tapis de feuilles mortes. Avec précaution, je dépose ma cueillette au fond du panier. Un peu plus loin, sous le lierre, des girolles couleur safran, accrochent mon regard. Elles vont vite rejoindre leurs semblables sur leur lit de fougères.

Je salive déjà en pensant à la bonne poêlée, parfumée d'ail et de persil, qui accompagnera l'omelette baveuse et la laitue craquante au dîner.


Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Lundi 26 janvier 2009 1 26 /01 /Jan /2009 08:17

En tout cas, la mer réussit bien à Chloé car ses yeux sont encore plus bleu et son teint éclatant. Sur le bateau, elle s'enthousiasme comme une gamine et son oncle Benoît n'en est que plus fier.

Et puis, il y a Anthony, l'Haïtien, le représentant du soleil.

Je l'aime bien, Anthony, il rit tout le temps et nous communique sa bonne humeur. Il est si différent de nous. Il travaille dans l'exportation des bananes ; la mer, il connaît bien, puisqu'il est un insulaire avant tout. Il a emmené avec lui son magnétophone avec des cassettes de reggae :

 « Cette musique lancinante va très bien, dit-il, avec la mer, car elle a le rythme des profondeurs. » Il est capable d'imiter parfaitement Bob Marley dans la danse.

Quand je l'observe, il me fait penser à mes compagnons de chambrée du service militaire : des Guadeloupéens.

Sur des airs de musique créole, nous goûtions le Ti punch, envoyé par leurs parents. Ils nous transmettaient leur nostalgie profonde du pays, leurs émotions qui laissaient un goût salé dans la bouche. L'un se mettait à battre le rythme sur un tabouret de fortune avec ses mains, l'autre dansait « collé, serré » avec un balai en guise de compagne, et l'autre chantait.

Anthony invite la belle Chloé à la danse.

Elle est timide, mais cette spontanéité le surprend et elle se laisse emporter finalement par la musique, et les bras musclés d'Anthony font le reste.

Benoît et moi les encourageons en tapant des mains sur le rebord de la vedette.

A un moment donné, ils s'écroulent tous deux, en trébuchant sur un marchepied, et se retrouvent sur la banquette, pris d'un fou rire inaltérable.

Nous remontons le canal du port de Capbreton, longeons l'estacade et passons devant le phare,  dernier bastion de terre ferme.

Un garçon nous dit bonjour en agitant son bras :

une façon de nous faire comprendre qu'il aimerait être à bord avec nous.

Pendant ce temps, le pêcheur, qui est au bord avec son seau et sa canne, fronce les sourcils. Pas de doute ! On le gêne :

« Excusez-nous, Monsieur le Pêcheur, lui dit Chloé, nous ne faisons que passer. Nous ne recommencerons plus. C'est promis. »

L'homme sourit.

De toute manière, je me souviens du dernier bulletin municipal qui stipule que les pêcheurs doivent éviter de tendre leurs lignes par tout le travers du chenal. C'est dangereux pour les hélices des embarcations. Il y a malgré tout de la place pour tout le monde.

Un couple d'amoureux à la Peynet,  assis sur les rochers, fait des projets à long terme, sur la comète. Ils sont seuls au monde et ne nous voient même pas.

Par M. G. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 08:10

L'alambic.

Dans un coin, le faisceau de la lampe nous révèle une bonbonne remplie d'un liquide ambré. Dès que nous enlevons le gros bouchon de liège, la vieille eau de vie libère ses puissants arômes.

A partir de Novembre, chaque année, des relents de vinasse et d'alcool brûlant imprégnaient l'air. Le bouilleur ambulant se rendait dans les villages avec son alambic. Faire son eau de vie était, pour chaque paysan, un grand moment : eau de vie de marc de raisin, de prune ou de poire se succédaient. Les cheminées de l'alambic crachaient sur le bourg une fumée âcre.

A la sortie de l'école, il nous arrivait de nous y arrêter. Il faisait un froid vif et sec qui rosissait tout de suite les joues émergeant des cols épais et des écharpes soigneusement nouées. La chaleur qui se dégageait du feu nous attirait comme des papillons. Les flammes scintillaient doucement sous une grosse cuve. Il fallait de longues minutes avant que du serpentin de cuivre commence à couler un tout petit filet d'un liquide incolore et légèrement brillant. Le précieux distillat tombait au fond d'un seau. Les gestes du bouilleur étaient précis : attendre en surveillant, couper le feu au bon moment, laisser refroidir, vider le moût de la cuve, le remplacer par du marc ou des fruits fermentés, fermer, recommencer. Le filet d'eau de vie coulait presque sans discontinuer. Quand le seau était plein, il la versait avec précaution dans des fûts préalablement lavés où elle vieillissait avant d'acquérir un bouquet parfumé et une belle couleur ambrée.

Seuls les paysans possédant un droit pour faire de la gnôle pouvaient y porter leur récolte. A la campagne, on sortait facilement la « goutte » qui requinquait mieux qu'un médicament contre la grippe. C'était l'élixir suprême qui soignait presque tout. Quelques gouttes de ce vitriol rôtissaient la bouche et l'œsophage.

Mon père ne possède maintenant que cette bonbonne où la vieille eau de vie s'est endormie. A même le goulot, je goûte le précieux liquide. Je le sens aussitôt dévaler dans ma gorge où il distille son feu qui m'arrache une quinte de toux et quelques larmes au coin des yeux. Ma langue est comme anesthésiée. Inquiète, ma sœur me donne des petites tapes dans le dos. Puis un grand fou rire nous secoue. Elle remet le bouchon en place et nous laissons là la gnôle dans sa prison de verre. Elle servira peut-être encore pour parfumer un grog brûlant, pour frictionner une contracture, pour désinfecter une plaie ou pour conserver les fruits du verger.

Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 08:19

L'orage.

Après le déjeuner, je remonte au grenier en compagnie de ma sœur. Lasses avant d'avoir commencé, nous nous asseyons sur une malle et nous regardons autour de nous. La lucarne poussiéreuse laisse à peine entrevoir les gouttes de pluie. La lueur fulgurante d'un éclair embrase subitement la pénombre. Un coup de tonnerre vient aussitôt éclater sur nos têtes et il se transforme en quelques instants en un gigantesque grondement. On entend tout à coup des grêlons claquer sur le toit comme un tambour. Depuis toujours, je redoute les déchaînements du ciel qui me mettent mal à l'aise. Petite, je me réfugiais sous les couvertures de mon lit lorsque le tintamarre commençait.

J'ai encore en mémoire le vieux châtaignier, en haut du village, qui avait poussé seul dans un champ, sans voisins, et dont le tronc noueux et épais était devenu si large avec les ans que plusieurs enfants, en étendant les bras, ne pouvaient en faire le tour. Un soir d'orage, un éclair est tombé sur ce géant au faîte de sa beauté et de sa force. L'arbre, qui nous dispensait une ombre généreuse pendant l'été, n'était désormais plus qu'un squelette au tronc noirci et aux branches dénudées. Plus tard, une tempête dévastatrice l'avait déraciné.

Je me rappelle aussi d'un soir de Noël où un violent orage nous avait privé d'électricité pour un long moment. Un claquement sec avait plongé plusieurs villages dans les ténèbres. Monsieur le curé qui préparait sa messe de minuit était sorti en trombe, la soutane relevée pour mieux courir alors que la foudre pulvérisait le clocher.

Je me souviens encore d'une journée d'été si étouffante que les éléments s'étaient déchaînés toute une soirée. Soudain, une déflagration m'avait fait me précipiter dans les bras de ma mère. La grange des voisins, pleine de foin frais, s'était embrasée comme un feu d'artifice. De longues flammes sortaient comme autant de bras furieux et mordaient sans relâche le corps de ferme. Les vaches prisonnières meuglaient, les chevaux hennissaient dans leur box. Vite, les adultes s'étaient précipités pour les libérer. D'autres essayaient d'éteindre ce brasier gigantesque avec de misérables seaux emplis à la hâte à la mare la plus proche. Le toit s'était écroulé en crépitant. Des flammèches volaient au loin. Le brasier envoyait vers le ciel sa fumée qui épaississait la nuit. Au petit matin, les poutres calcinées fumaient encore. Une odeur âcre avait persisté pendant plusieurs jours.

Heureusement, l'orage, qui nous a aujourd'hui surprises dans le grenier, s'est vite éloigné. Déjà, des rayons de soleil traversent la vitre et jouent avec une toile d'araignée. Nous allons pouvoir reprendre notre exploration.

Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /Jan /2009 08:17

Pourquoi tu me fais mal semble dire ses yeux ?

Moi qui n'ait l'âge que des jours heureux

Pourquoi tu t'acharnes sur moi, je ne peux lutter ?

Devant cette force qui est décuplée


Par tout l'alcool que tu as pris ce soir

Moi, je commence à perdre espoir

Et maman qui regarde et qui ne fait rien

Car elle aussi malheureusement te craint


Nous sommes impuissantes devant ta folie

Pourtant mon visage était si joli

Maintenant il est couvert de bleus

On ne distingue plus mes yeux


Pourquoi tu me fais si mal semble dire sa bouche ?

Comme j'aimerai sentir le jet apaisant de la douche

Pouvoir effacer d'un coup de baguette magique

Mes malheurs comme dans ce conte magnifique


Où une bonne fée venue de nulle part

A rendu merveilleuse la vie de sa star

J'ai encore l'âge des contes de fées

Mais je n'ai plus l'âge de rêver


Car tu as tout détruit en moi

Le dedans, le dehors, les joies

Qui auraient dues remplir ma vie de petite fille

Qui auraient dues faire que ma vie soi tranquille


Pourquoi tu me fais mal semble dire son corps ?

Qui à l'âge des espoirs souhaite la mort

Mon DIEU accueille la dans ton paradis

La vie là-haut doit y être si jolie !


Par N. B. - Publié dans : témoignages
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