Jeudi 8 janvier 2009
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09:24
La vigne...
Le lendemain, une trouée de ciel bleu s'ouvre. Le vent fait la toilette du ciel, découvrant çà et là, des
flaques de lumière.
Aux abords du chemin à demi envahi de ronces, quelques mûres laissent sur ma langue un goût acidulé et une
couleur encre dans ma bouche. Un beau papillon jaune se perd de fleur en fleur pour s'égarer au milieu d'une nuée d'insectes. Dans les champs, un tracteur ronfle au loin, et la terre fraîchement
retournée semble servir un menu de choix aux oiseaux qui tournoient.
Mes pas me conduisent à la vigne que mon père cultivait sur un coteau bien exposé. Quelques grappes y
bleuissent encore par ci, par là, au milieu des herbes hautes et des ronces. C'est avec beaucoup de tristesse que papa avait dû abandonner les ceps qu'il avait lui même planté il y a plus de
quarante ans. Chaque année, il labourait entre les rangs pour éliminer les mauvaises herbes et pour aérer la terre lourde. A la fin de l'hiver, il taillait les sarments trop généreux. Et à
l'automne, il attendait le meilleur moment pour la récolte.
Pour la vendange, on s'y mettait tous. Il fallait sectionner la grappe avec un sécateur et remplir le panier.
Le jus, qui dégoulinait, rendait nos doigts tous poisseux de sucre. Tout en travaillant, nous avalions du raisin avec gourmandise. Les grappes noires aux grains serrés donnaient un vin aigrelet.
Mon père vidait les paniers dans le pressoir où le moult s'écoulait doucement. Le jus obtenu finissait ensuite dans des barriques préalablement lavées avec soin. Avec le marc, il fabriquait de la
piquette à faible degré que nous étions autorisés à boire coupé d'eau pendant le repas. Elle avait un goût piquant et nous laissait une belle moustache violette sur les lèvres.
Au milieu des vieux ceps, des pêchers rabougris ont survécu. Ils ne sont plus taillés. Au printemps, le
paysage se faisait enchanteur. Les multiples fleurs roses et blanches donnaient ensuite des fruits minuscules qui allaient mûrir au soleil. La terre riche abreuvée par les pluies et chauffée par
l'été donnait des arbres magnifiques et une vigne généreuse. Maintenant, les oiseaux picorent avec acharnement les quelques pêches qui arrivent à maturité et ne laissent plus grand-chose pour
nous.
Je coupe quelques grappes sucrées que je dépose dans mon panier et je reprends le chemin de la maison.
Par B. B.
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Vendredi 2 janvier 2009
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08:27
Ballade à Angoulême
Je laisse ma voiture à la gare et je remonte doucement vers les halles, un somptueux bâtiment de métal et de
verre où se tient un pittoresque marché. Je prends les étroites rues pavées du vieil Angoulême qui me conduisent nonchalamment jusqu'à la cathédrale St Pierre, un magnifique édifice d'art roman
blotti derrière les remparts qui dominent la vallée de la Charente. Assise sur les hauts murs, je contemple un superbe panorama. D'anciennes maisons aux murs de pierres calcaires et aux toits de
tuiles romanes, s'étagent en gradin jusqu'au fleuve longé par un ancien chemin de halage où des promeneurs flânent. Mes pas me conduisent ensuite vers l'hôtel de ville construit à l'emplacement
du château des comtes d'Angoulême. Il ne subsiste plus que l'ancien donjon où est née Marguerite d'Angoulême, sœur de François Ier. Je me repose un instant sur un banc au milieu des parterres où
les fleurs se recroquevillent sous la lumière oblique de l'arrière saison. Les rayons du soleil jouent dans les feuillages fauves des haies taillées artistiquement par les jardiniers de la ville.
Les géraniums, prisonniers des balconnières, attendent les premières gelées pour décliner. Je poursuis ma promenade vers la rue piétonne bordée de commerces où des petites places et des terrasses
de café appellent au repos. Cà et là, des décors de bandes dessinées, dont certains atteignent plusieurs mètres, parent les murs des immeubles. Les plaques de rue ont toutes été refaites sous la
forme d'une bulle de BD. Le festival, qui a lieu chaque année fin janvier, attire de nombreux visiteurs.
Je redescends maintenant vers la gare où m'attend ma voiture. Je me retourne une dernière fois. Angoulême,
chère à Honoré de Balzac, est vraiment une ville d'art et d'histoire où cohabitent le modernisme des arts graphiques numériques, la BD, la tradition papetière et les monuments.
Je quitte à regret la cité où j'ai vécu trois inoubliables années d'internat au lycée Marguerite de Valois.
Avec les copines, le jeudi après midi, nous aimions déambuler dans les rues de la vieille ville et puis nous allions nous asseoir sur les remparts où nous refaisions le monde.
Par B. B.
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Vendredi 26 décembre 2008
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08:17
Noël.
Dans le grenier, chaque objet du passé est déposé là, pêle-mêle, comme en attente d'une nouvelle vie. Un gros
carton m'intrigue. Je souffle dessus pour enlever un maximum de poussière puis je l'ouvre. Mes doigts impatients plongent au milieu des guirlandes et des boules dorées qui y sommeillent depuis
des années. Qu'ils étaient beaux les Noël d'alors !!!!
Papa nous amenait dans le bois derrière le village pour choisir notre sapin. Il nous fallait le plus beau et
le plus fourni. Nous le portions religieusement jusqu'à la maison où nous lui attribuions la meilleure place. Sa pointe atteignait presque les solives du plafond. Parer l'épicéa n'était pas une
mince affaire. Debout sur un escabeau, c'est Maman qui fixait l'étoile sur la cime. Puis nous accrochions de belles boules en verre multicolore. Des anges aux joues pleines, des bougies rouges et
des pères Noël en papier mâché venaient décorer les nombreuses branches qui nous renvoyaient des odeurs de résineux. Ensuite, Maman installait harmonieusement des guirlandes argentées de ça et de
là. Et nous tombions en arrêt devant ce géant illuminé. Et c'était enfin la crèche que nous installions délicatement au pied du sapin, au milieu d'un pare terre de mousse qui sentait bon les sous
bois où nous l'avions ramassée. Quelques tiges de houx aux boules d'un rouge éclatant venaient compléter ce décors de fête.
Ensuite, nous nous réunissions autour de la grande table dans la compagnie scintillante de l'arbre vers
lequel nous tournions des regards émerveillés. Après le repas, autour d'un feu de cheminée, Papa nous racontait de merveilleuses histoires que nous écoutions attentivement. Des rêves pleins la
tête, nous partions nous coucher après avoir installé nos chaussures soigneusement cirées devant la cheminée.
Aux premières lueurs de l'aube, en pyjama, nous étions déjà au pied du sapin pour découvrir ce que Papa Noël
y avait gentiment déposé : un établi de menuisier pour mon grand frère, un mécano pour l'autre, une dînette pour ma sœur, un poupon pour la plus jeune et une poupée en porcelaine pour moi.
Un livre, une orange que nous gardions longtemps et quelques pralines venaient compléter notre cadeau. Des étincelles plein les yeux, nous n'osions même pas ouvrir les paquets de peur de les
abîmer. Nous dégustions longuement ce moment sous le regard attendri de nos parents.
J'ai toujours ma belle poupée de porcelaine dans ma chambre. Sa robe est un peu défraîchie, un de ses yeux ne
se ferme plus, le rouge écarlate de sa bouche s'est écaillé mais elle reste un des derniers liens avec mon enfance.
Par B. B.
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Jeudi 18 décembre 2008
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08:31
La machine à coudre.
En cette fin d'après midi, les ombres envahissent peu à peu le grenier. On distingue encore vaguement, dans
les recoins, quelques meubles oubliés. Mon regard s'attarde sur la vieille machine à coudre qui dort dans son capot en bois. Je le soulève et je caresse avec émotion le métal noir où
s'entrelacent des motifs dorés. « Singer » y est gravé en lettres argentées et entrelacées. Des reliefs de tissu y sont encore accrochés. Un bout de fil blanc est coincé
dans le mécanisme. La courroie qui entraînait le moteur pend mollement dans le vide. Dans le tiroir, un mètre de couturière, quelques épingles, des boutons dépareillés et une grosse paire de
ciseaux rouillés ont été oubliés.
Malgré les années, je revois tourner la roue luisante sous les coups de pédale de ma mère, vibrer le pied de
biche qui pousse le tissu où ses mains sont posées, monter et descendre l'aiguille à toute vitesse, tourner la bobine qui se déroule rapidement. Il fallait sans cesse rapiécer, raccourcir ou
rallonger les habits selon l'âge de chacun. Les plus jeunes héritaient des vêtements des aînés. Maman nous confectionnait de belles tenues pour le dimanche. Un petit coupon de tissu, acheté à la
foire, se transformait sous ses doigts agiles en une exquise robe vichy au col blanc ou en une ravissante jupe qui tourne.
Le soir ; alors que nous étions couchés, elle assemblait et cousait encore et encore tout en écoutant la
radio. Le ronronnement de la machine nous berçait et finissait par nous endormir.
Juste au dessous de nous, dans la cuisine, le carillon égrène ses six coups. La pluie tambourine
inlassablement sur les tuiles. Un autre jour, il va falloir trier et nettoyer le grenier encombré par plusieurs décennies de souvenirs. Mas chaque chose est tellement chargée en émotions que le
choix va être difficile.
« Objets inanimés,
Avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme,
Et la force d'aimer ? »
Par B. B.
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Jeudi 11 décembre 2008
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08:15
TSF
Le poste de radio a été abandonné là lui aussi. La poussière recouvre l'ébénisterie. Les boutons de réglage
tournent encore. Le long fil qui servait d'antenne et qui grimpait jusqu'aux solives est attaché avec un élastique. La TSF trônait dans la cuisine sur la commode. Maman l'avait protégée de la
poussière par un napperon brodé.
Ma tête résonne encore des padam de Piaf, de l'aigle noir de
Barbara, des flamandes de Brel. Henri Salvador nous transportait vers Syracuse, Gilbert Bécaud nous emmenait visiter Moscou avec son guide, nous
nous laissions porter par l'eau vive du ruisseau de Guy Béart, nous nous chauffions au feu de bois de l'auvergnat de Brassens et nous ramassions les
feuilles mortes en compagnie d'Yves Montant. Le dimanche matin, l'accordéon s'invitait à la maison.
Quand nos parents s'absorbaient dans l'écoute des informations, il ne fallait pas parler sinon nous nous
faisions remballer. J'entends encore un journaliste commenter la guerre d'Algérie (pourquoi la guerre Papa ?) puis le Général de Gaulle déclarer la fin des hostilités (qui a gagné, Papa, les
bons ou les méchants ?). Je vois encore leur regard triste lorsque le speaker annonce l'assassinat de John Kennedy (pourquoi on l'a tué Papa ?) J'étais entrain de faire mes devoirs
quand on a appris le meurtre de Martin Luther King (I have a dream). Pourquoi tant de haine ? Nous n'avions pas le droit de toucher les boutons mais dès que les adultes avaient le dos
tourné, nous nous empressions de les manipuler. La radio émettait alors des sifflements aigus et elle grésillait pas mal. Parfois, nous captions des signaux en morse.
Je n'ai pas des souvenirs précis des émissions sinon de vagues réminiscences du jeu des mille francs animé
par Lucien Jeunesse. En fin d'après midi, le poste vibrait sous des rythmes un peu plus endiablés. Mon grand frère écoutait « Salut les copains ». Pour Sheila, l'école
était finie. Pour Johnny, la vie commençait pendant que Sylvie Vartan se faisait belle pour aller danser. Les musiques anglo-saxonnes
avaient le vent en poupe. Et les Beatles chantaient : No milk to day..... Et les parents râlaient après cette musique de sauvages et ces garçons aux cheveux longs qui
donnaient le mauvais exemple. Quand nous montions nous coucher, ma mère, après une journée bien remplie, aimait coudre ou tricoter tranquillement en écoutant de la belle musique. C'était le
moment où elle pouvait enfin se détendre.
Une chaîne stéréo sans âme remplace maintenant la vieille radio qui sommeille au grenier. J'espère que l'un
de nous arrivera à la faire fonctionner et qu'elle émettra à nouveau, bien en vue, dans un salon.
Par B. B.
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