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Jeudi 18 juin 2009 4 18 /06 /Juin /2009 08:14


Vendanges...


Après un bon repas dans l'ambiance feutrée  du petit restaurant, nous repartons vers Rouillac rendre une petite visite à des amis.

 Au sommet d'une colline couverte de vignes, le beau porche en anse de panier, encadré de colonnes ioniques, s'ouvre sur une demeure charentaise de pur style. La ferme est une vraie ruche où des tracteurs tirant des remorques pleines de raisin se délestent de leur précieux chargement dans d'immenses cuves. Ils repartent sans perdre de temps vers les coteaux où les vendangeurs s'affairent. Le pays est gonflé du parfum des grappes. Des nuées d'insectes voltigent autour des tas de râpe.  Nous prenons la direction des vignes où des lambeaux de bruine restent accrochés. Le soleil a du mal à s'imposer. Les feuilles, encore humides, lancent des éclats. Nous entendons les appels des vendangeurs pour vider leur panier dans la hotte des porteurs. Au passage, je croque quelques grains qui éclatent dans ma bouche. Des guêpes bourdonnent autour des ceps. Les travailleurs se plaignent de lancinantes douleurs dans les jambes pliées, dans les dos courbés et dans les bras qui portent. Les mains ne sont pas en reste : toute la journée, il faut chercher parmi le feuillage, couper la lourde grappe avec le sécateur, la déposer dans le panier, fouiller encore, vérifier puis passer au pied suivant. Les rangs paraissent interminables. Une averse vient soudain s'abattre sur la campagne, et les gouttes piquantes crépitent sur les feuilles et sur les cirés promptement enfilés. La terre colle en plaques sur les bottes alourdies. L'eau glacée coule jusque dans les emmanchures. Les raisins collent à la peau et refroidissent les mains rougies.

Heureusement, le soleil revient vite et réchauffe les corps endoloris, et le travail s'accomplit dans la bonne humeur.  Quelques jeunes hommes en profitent pour barbouiller le nez et les joues des filles.  Des blagues fusent. Mais chacun se hâte pour terminer la parcelle avant la nuit. Les premières gelées ne sont plus très loin. Bientôt, les vignes seront toutes blanches de gelée et le travail deviendra encore plus pénible, et le sécateur encore plus glacé dans les doigts engourdis. Le dernier jour, l'ultime remorque de raisins sera décorée avec des rubans et un genévrier sera planté à son sommet. Ce sera alors une immense fête à la ferme où le vin nouveau, le pineau et la vieille eau de vie rendront les regards pétillants et les joues rouges.

A consommer avec modération, bien entendu !!!


Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 11 juin 2009 4 11 /06 /Juin /2009 08:12

Cognac...


Des tourbillons de vent nous accueillent à notre sortie du bateau. Nous remontons frileusement le col de nos parkas. Des parfums d'alcool flottent dans l'air et nous titillent les narines. Nous nous dirigeons vers les chais. En ce début d'automne, la pierre des façades semble encore plus sombre : une patine noire due à un champignon microscopique se fixe sur les toiles d'une minuscule araignée qui se nourrit des vapeurs d'alcool. Le noir enveloppe les hauts murs et les tuiles à proximité des caves.  Un peu partout, d'énormes panneaux publicitaires annoncent les différentes maisons : Otard, Prince de Polignac, Remy Martin, Martell, Henessy....Chacun propose une visite à la découverte du cognac.

Nous nous enfonçons dans les ruelles pavées bordées de maisons aux superbes façades. Puis nous franchissons l'entrée de la maison Martell. Une hôtesse nous fait patienter, en compagnie de touristes allemands, hollandais, anglais et américains,  dans une salle où des photographies accrochées au mur nous racontent l'histoire de l'entreprise.

Un guide nous accompagne dans les chais d'assemblage puis de vieillissement où nous découvrons toutes les étapes de l'élaboration du cognac. Des parfums de bois, d'épices et de fleurs se mêlent. Les eaux de vie attendent dans de gigantesques cuves avant d'être savamment mélangées entre elles et placées dans des barriques en chêne du Limousin.  Nous longeons maintenant un troupeau serré de fûts odorants. Ce n'est qu'au bout de plusieurs années que ce liquide ambré deviendra du Cognac. Le guide ouvre ensuite, avec une énorme clé, une porte, où dans l'obscurité,  des bonbonnes poussiéreuses dorment dans des berceaux noircis de moisissures. Des toiles d'araignée tombent des solives. Nous sommes ici «  au Paradis », la salle réservée aux très vieux cognacs qui, en s'évaporant doucement, offrent leur part aux Anges....

La visite se termine par une dégustation attendue par un grand nombre. Des échantillons et  des réclames s'empilent sur des tables. Dans des vitrines, des spots éclaboussent de lumière les carafes en baccarat pleines de liquide ambré.

Nous ressortons, la tête pleine de  ces effluves qui nous ont accompagné pendant un bon moment.  Il est  maintenant l'heure d'aller manger. Nous optons pour un menu typiquement charentais : un pineau en apéritif,  une  mouclade en plat principal, puis un tourteau fromagé en dessert. Bon appétit !!!!


Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /Juin /2009 08:28

Promenade en gabarre... 


Pour mon dernier jour en Charente, ma sœur me propose une ballade. Nous partons faire un tour à Cognac.

Pendant le trajet, je contemple la campagne qui flamboie, caressée par le soleil de l'arrière-saison. Je ne me lasse pas de ses teintes qui hésitent entre l'or et le roux. Nous nous garons sur les quais où  un petit vent piquant nous fait un instant regretter la tiédeur de la voiture. Non loin de là, nous embarquons sur la Marie-Jeanne, une gabarre  qui promène des touristes sur la Charente. Naguère, ces bateaux à fond plat, tirés, depuis les chemins de halage, par des chevaux ou des bœufs, transportaient denrées et matériaux : céréales, pierres, eaux-de-vie, papier, bois, ...La Charente était alors navigable depuis le Limousin où elle était née, jusqu'à l'océan entre Marennes et Oléron. Au retour, les gabarres ramenaient du sel, du poisson et du charbon. Aujourd'hui, la navigation se fait uniquement entre Angoulême et Rochefort.

Assise à l'avant du bateau, emmitouflée dans un anorak,  je me laisse bercer nonchalamment au rythme du courant. Le cours d'eau sinueux laisse entrevoir sur ses berges des châteaux,  des moulins et des fermes viticoles aux façades fleuries de graciles roses trémières. Un haut clocher de pierre semble veiller sur la sérénité du paysage alentour.  Le ruban liquide qui glisse imperceptiblement enlace dans ses méandres des villages de pierres blanches, se faufile sous des ponts bossus, se perd en de multiples bras enserrant des îlots de verdure. Nous longeons des prairies verdoyantes où des troupeaux paissent, des forets denses où l'automne a lâché ses couleurs, des falaises calcaires, des coteaux arrondis où les rangs de vigne modèlent le paysage et épousent leurs courbes.  De nombreuses peupleraies jalonnent le fleuve. A perte de vue, d'opulents champs de maïs attendent la récolte.  Un héron cendré, immobile au milieu des roseaux, guette le passage d'une anguille. Dans un battement d'ailes, des colverts s'envolent. Des randonneurs qui suivent les chemins de halage nous font un petit signe de la main.

Notre ballade bucolique et colorée s'achève déjà. Nous accostons non loin des superbes maisons et des chais qui se succèdent le long des quais. C'est là que va se poursuivre notre promenade.


Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /Mai /2009 08:14

Album photos... 


Dans l'intimité paisible de la pièce, je feuillette l'album photos que Maman a patiemment rempli année après année.  Sur les premières pages figurent des portraits sépias de mes grands parents le jour de leur mariage : mon grand père, guindé dans un costume sombre, pose avec ma grand-mère dans sa belle robe blanche style charleston. Un peu plus loin, sur des clichés en noir et blanc,  un jeune couple, assis sur un banc, sourit à l'objectif. Maman est impeccable dans un tailleur cintré, un chapeau à voilette sur ses beaux cheveux clairs. Papa, en costume cravate, les cheveux très bruns, la tient amoureusement par les épaules. Puis viennent quelques clichés de nous les enfants : bébés dans leurs poussettes, portraits aux dents de lait manquantes, photos de première communion, d'adolescents longilignes.

Je regarde d'un air amusé nos tenues vestimentaires alors que nous commencions à sortir le samedi soir. C'était le début des années 1970. Tout était permis : rien n'était trop court, trop coloré ou trop voyant. Sur une photo, mon frère aîné pose fièrement devant sa première voiture : une Renault 8 Gordini bleue à bandes blanches. Ses cheveux sont longs, son pantalon pattes d'éléphant est tenu par un gros ceinturon, et sa chemise à grand col, aux couleurs vives, est ouverte sur un col roulé noir. Sur une autre photo, je souris à l'objectif du haut de mes dix huit printemps. Je porte un maxi manteau ouvert sur une mini jupe plissée, et des bottes à semelle compensée. C'était le début du disco. Un vent de liberté soufflait. Je me souviens des bals du samedi soir où les garçons qui se prenaient pour John Travolta  nous entraînaient dans des rocks endiablés sur la musique des Bee Gees, des Aphrodite Child, des Martins circus .....Et que de slows avons-nous dansé, joue contre joue, sur La maladie d'amour, sur Rien qu'une larme dans tes yeux, sur The last fandango.....

En ce temps là, l'ambiance était un peu fleur bleue, décontractée. Nous avons eu une jeunesse avec moins de soucis que maintenant. Nous n'avions pas de téléphone portable, ni Internet, mais nous savions communiquer. Nous profitions des choses simples, et surtout, nous avions moins de besoins.

En soupirant, je referme maintenant l'album de famille. Mes grands parents ne sont plus là, mes parents ont vieilli, et moi, il y a bien longtemps que je ne porte plus de mini jupes.....


Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 21 mai 2009 4 21 /05 /Mai /2009 08:14
La foire... 


La foire, le sept de chaque mois, avait lieu  dans le  bourg voisin, et c'était le rendez-vous incontournable de  tous les hameaux et villages alentours. C'était l'occasion d'acheter une paire de chaussures, un peu de tissu, des outils, de la volaille...C'était aussi l'occasion de rencontrer des amis ou  de revoir des voisins éloignés.

Sur la place et tout au long de la rue principale, c'était une succession de stands où se serraient d'innombrables camelots, forains et petits producteurs. Accrochée à la main de ma mère, j'aimais déambuler entre les étals qui nous attiraient tels des papillons autour d'une lampe. Nous nous laissions porter lentement par la foule en mouvement. Mes yeux émerveillés se grisaient devant les stands animés et bruyants. De ci, de là, on entendait le boniment d'un camelot. Les femmes fouinaient allègrement dans les étalages où se côtoyaient des bleus de travail, des costumes sombres, des robes fleuries, des tabliers, des dessous pas très affriolants...... Fatiguées de toutes ces marchandises étalées, des appels des camelots, du bruit, des couleurs, nous aimions faire une petite halte au camion du pâtissier. Là, récompense suprême, j'avais droit à un cornet de glace ou à un morceau de tourteau fromagé, lentement dégusté.  Puis nous reprenions notre prospection. Nos pas nous conduisaient vers les stands où  une débauche d'outils, de fourches, de tronçonneuses attirait les hommes. Nous remontions ensuite vers le champ de foire où de fortes odeurs de bêtes nous accueillaient. Des rangées de bétail, attaché court à des barres, des génisses apeurées, des taureaux énormes attendaient là d'être vendus. Les chevaux piétinaient derrière la barrière. Les maquignons en blouse noire, un béret noir sur la tête, un bâton à la main, une sacoche en cuir en bandoulière, examinaient minutieusement les vaches et marchandaient avec les éleveurs. Quand ils étaient d'accord sur un prix, ils se tapaient dans la main.

Mais ce matin, le spectacle est désolant. Sur la place, jadis envahie par de nombreuses toiles multicolores, quelques forains se sont installés. De rares clients désabusés circulent d'un stand à l'autre. Ce bourg, si vivant autrefois, tombe lui aussi dans une léthargie inéluctable. Par manque de travail, beaucoup de jeunes partent : ils quittent la douceur et la convivialité de la campagne pour la frénésie et l'anonymat des cités. Mais ils n'ont pas vraiment le choix. Que seront ces villages dans vingt ans ????


Par B. B. - Publié dans : témoignages
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