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Jeudi 16 octobre 2008 4 16 /10 /Oct /2008 07:54

J'attrape mes bagages et nous entrons dans la grande pièce à vivre de la maison. J'aime son plafond bas avec ses poutres apparentes, les épais murs irréguliers et le sol couvert de vieilles tomettes. Ici, la cuisinière à bois côtoie la gazinière, l'évier, les meubles cirés, le frigo, la télévision, le canapé et la table en chêne où nous prenons nos repas. Une odeur de pain grillé et de café se mélange à la cire d'abeille. Et il me semble encore sentir le fumet des ragoûts et des daubes mijotant longuement dans de grandes casseroles de cuivre sur la cuisinière qui ronronnait.

L'unique fenêtre et l'œil de bœuf au-dessus de l'évier n'apportent plus assez de clarté en cette fin d'après midi et il nous faut déjà allumer. Un tube au néon projette brutalement sa vilaine lumière blanche sur ce mobilier hétéroclite.

Nous prenons place, face à face, à la grande table et nous parlons. Dans un vase, des dahlias encore éclatants de lumière laissent tomber quelques pétales sur la toile cirée, pendant que le soir entre doucement dans la maison. Le vieux carillon égraine tranquillement son tic tac. Puis, tout d'un coup, il nous envoie sa joyeuse mélodie de cloches qui marque chaque heure. Sept coups résonnent alors et Maman se précipite sur la gazinière pour cuire le dîner.

Sur la table, je retrouve les assiettes de faïence aux dessins usés et les verres dépareillés. Maman se lève et revient avec une cocotte en fonte dont le fumet se répand aussitôt dans la pièce. Je reconnais la bonne odeur du ragoût. De généreux morceaux de viande accompagnent de jeunes carottes et de petites pommes de terre nouvelles du potager. Je trempe avec délice un morceau de pain dans l'assiette fumante. Et mes papilles retrouvent aussitôt des saveurs que je croyais oubliées.

Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 9 octobre 2008 4 09 /10 /Oct /2008 08:44

Après quelques heures de conduite sur l'autoroute puis sur la nationale, j'emprunte enfin la petite route qui s'enfonce dans la campagne verdoyante et doucement vallonnée qui s'étend à perte de vue. Dans les prairies, des troupeaux broutent. Ça et là, un champ fraîchement labouré forme une longue tache brune. Les tournesols, si chers à Vincent Van Gogh, arrivent à maturité et illuminent encore un peu cet écrin de verdure. Ils vont bientôt cesser de suivre le soleil : la récolte n'est plus très loin. Et sur les collines, les vignes commencent à prendre leur habit d'automne. Leurs feuilles s'enflamment déjà en vagues jaunes et rouges. Les grappes de raisin se gorgent des chauds rayons de ce mois de septembre.

Tout en haut du chemin bitumé et sinueux, j'aperçois enfin mon village. Au détour d'un tournant apparaît la vieille demeure qui a abrité mes jeunes années. Je contemple avec affection son toit de tuiles patinées par le temps, ses épais murs de pierre et ses volets à la peinture écaillée.

Je prends mon temps. Je m'extirpe lentement de la voiture, dépliant mes membres ankylosés par les heures de route. Je laisse courir un regard ému sur la maison dont chaque recoin recèle des fragments de ma jeunesse. Sur les appuis de fenêtre, les jardinières explosent encore de couleurs chatoyantes. Le bourdonnement des abeilles autour du vieux figuier, le chant des oiseaux et l'odeur envoûtante du rosier grimpant me replongent brusquement dans mon enfance dès mon arrivée.

Une houle d'émotions s'empare alors de moi. Mais il faut vite se ressaisir lorsque Maman apparaît sur le seuil. Elle porte encore bien ses quatre vingt printemps mais elle commence à se voûter. Son épaisse chevelure blond vénitien est maintenant plus clairsemée et le gris domine. Quelques rides parcheminent son visage, et des taches brunes pigmentent sa peau claire de flamande. Un voile de tristesse assombrit l'azur de son regard.
(à suivre)
Par B. B. - Publié dans : témoignages
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Jeudi 2 octobre 2008 4 02 /10 /Oct /2008 09:16

Souvenirs ! La photo représente un groupe d'élèves, vingt sept garçons et filles, petits et grands de six à quatorze ans. L'ardoise indique 1947 ; elle est posée sur les pieds d'une élève de la première rangée. Notre école ! ... le respect des maîtres... l'envie d'apprendre à lire, à écrire, à compter... Pour moi, apprendre à parler français et obtenir les clefs pour communiquer avec les autres enfants.

Nous rentrions en classe, en rang, deux par deux, en silence. Assis côte à côte sur les bancs des pupitres, polis par les nombreux élèves qui se sont succédés au rythme des années. Les encriers étaient remplis d'encre bleue.

La classe commençait toujours par une leçon de morale avec une phrase écrite à la craie blanche sur le tableau noir. Après seulement, les cours de français, de calcul commençaient : connaître la grammaire française, jongler avec les verbes, avec l'accord des auxiliaires être et avoir...

Souvent nous restions coi devant une carte muette, accrochée au tableau, représentant les fleuves qui arrosent notre pays. Il fallait savoir où ils prenaient leur source, quels étaient leurs affluents, rive droite et rive gauche... les départements traversés...

La maîtresse nous communiquait, quelquefois, des « ficelles » pour connaître et retenir la terminaison d'un mot... il suffisait de le prononcer en patois.

Le vendredi après-midi était réservé à l'apprentissage de la couture, du dessin, du chant, des récitations, du sport et des travaux pratiques comme la cueillette, suivant les saisons, des cerises, des cassis, des groseilles, du tilleul. Nous suivions également les différentes opérations de la miellée : la visite générale des ruches avec l'observation particulière de la reine, la récolte, l'extraction, la filtration, la mise en pots.

L'hiver, le fond de la classe abritait quantité de plantes ne supportant pas le gel dont un immense oranger, deux citronniers. La chaleur était diffusée par un poêle très haut, très ouvragé, en fonte, alimenté de bûches fournies, à tour de rôle, par les parents, bois que nous rangions sous le préau. Souvent madame faisait cuire une grosse pomme reinette grise qui laissait échapper une bonne odeur qui nous faisait saliver.

Ce couple d'instituteurs, sans enfant, mettait un point d'honneur à nous mener tous jusqu'au certificat d'études. Leur engagement forçait la reconnaissance et le respect. Ils ont passé presque toute leur carrière dans ce petit village...

Un jour que je bavardais trop, la maîtresse m'a demandé d'aller acheter cent grammes de salive de perroquet à l'épicerie... et l'épicière de se moquer en me conseillant d'écouter et de bavarder un peu moins. Je ne l'ai pas oublié, ce conseil !

Par A. B. - Publié dans : témoignages
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Mardi 12 août 2008 2 12 /08 /Août /2008 08:56

RETROUVAILLES D'ANCIENS ELEVES

Et je me retrouve enfin avec mes anciens camarades de lycée. C'est moi qui ai organisé cette réunion et j'y tenais. C'est... étonnant, surréaliste.
Voici... JEAN-LUC, celui qui était le plus petit de la classe, timide, portant lunettes et très frisé. Il faisait du vélo et jouait au football.
Il est là, en face de moi et j'ai du mal à le reconnaître. Il est de taille moyenne, sans lunettes (probablement des lentilles de contact) ; il a convié sa petite amie, charmante au demeurant et ses goûts actuels sont artistiques, littéraires et musicaux. Quelle heureuse surprise ! Il travaille d'ailleurs en tant que vendeur dans un rayon de disques de supermarché.
Voici...BRUNO. Il était le boute-en-train. Au travail scolaire, il était consciencieux, sérieux et tenace. C'était un « bosseur » opiniâtre. Il est aujourd'hui professeur de physique ! Il avait l'allure chétive, il avait subi une importante opération cardiaque mais n'en était pas pour autant désintéressé du rugby. Il possédait la hargne de celui qui veut s'en sortir.
Il est aujourd'hui de taille moyenne, très nerveux (tics repérés par mon œil impitoyable). Il met souvent la main au menton quand il parle (vous pensez à quelqu'un ? Moi aussi) et il bégaie parfois.
Voici...CHANTAL. Elle avait le charme romantique, les cheveux longs et blonds, une voix aigue et discrète, un corps de jeune femme.
Aujourd'hui, elle est très jolie avec une petite note classique indémodable qui prouve qu'elle est restée modeste et intériorisée. Elle conte d'ailleurs une anecdote que j'avais oubliée : La fois où nous avions parlé en tête à tête sur un banc d'internat ; conversation au cours de laquelle elle me confiait ses soucis, ses angoisses.
Voici...FABIENNE. La grande fille sèche, nerveuse et pète-sec. On l'embétait beaucoup, c'était notre souffre-douleur car elle avait, par la force des choses, beaucoup de répondant. Elle n'hésitait pas non plus à filer de la taloche si nécessaire. « Méfions-nous des faux maigres », dit le dicton.
Aujourd'hui, elle a de l'allure, du parler, du paraître. Il n'y a qu'une chose qui lui manque : l'Amour. Peut-être garde t-elle des blessures profondes d'amours déçus durant sa jeunesse malgré sa combativité, sa hargne passée et sa voix forte.
Je tiens à dire, et ça ne vous surprendra pas non plus, qu'elle a été une des plus actives pour la collaboration à l'organisation de cette journée.
Il y a CHRISTIAN, le beau gosse fort et séduisant, James Bond et Indiana Jones à la fois. Il jouait au rugby, draguait ou se faisait draguer («  le choix du roi », comme on dit) mais malgré tout, il était influençable, manquait un peu de personnalité.
Il est aujourd'hui toujours rugbyman, seul et...inspecteur de police.
Son humour, lors du repas m'a complètement époustouflé. Il a un charme renversant, même dans la difficulté.
Il y a NADINE, la boulotte de la classe, toujours avec 2 ou 3 amies (peut-être par peur de la solitude et de sa propre image).
Aujourd'hui elle est enjouée, dynamique et... seule. Elle voudrait se rapprocher professionnellement de la région. Elle est très touchée par ces retrouvailles et me remercie 1000 fois.
Il y a CHRISTINE, que l'on charriait beaucoup car elle était désirée par quelqu'un qu'elle n'aimait pas du tout. Elle avait horreur qu'on l'appelle CRISSOU, ce qu'on faisait tout le temps logiquement. Elle avait de la classe et du chien. Elle est aujourd'hui mariée à un agriculteur, maman de 2 enfants.
Je ne manque pas, à la première occasion, de la nommer CRISSOU, ce qui provoque de sa part une réaction immédiate de dégoût et un immense éclat de rire collectif autour de la table.
Il y avait Frau FIDON (Madame FIDON en Allemand). Prof d'Allemand de l'époque.
On l'aimait beaucoup car elle était toujours généreuse pour la  notation. Elle était très émotive car, visiblement, cette satanée guerre n'avait pas totalement effacé ses plaies de souffrances, de culpabilité et de honte. Elle était JEANNE D'ARC chez les Anglais ou encore une vierge martyre éternelle.
Elle nous a bien fait rire à table et nous n'avons pas manqué de la taquiner amicalement sur ses arrivées à bicyclette au lycée, son allure sportive, etc...

Par M. G. - Publié dans : témoignages
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Mardi 17 juin 2008 2 17 /06 /Juin /2008 22:54

Il y a longtemps, les différents outils agricoles servant à préparer la terre qui recevrait le maïs et les haricots étaient tirés par deux vaches. Aujourd'hui, c'est un tracteur qui remplit cette fonction.

D'abord la charrue au socle brillant éventrait la terre d'une manière dissymétrique en rejetant et en retournant la terre d'un côté.

Le béret vissé sur sa tête, les rides et le visage marqués par l'effort, le « paysan » appuyait sur les manches de tout son poids en hélant les vaches « Ha ! Mignonne ! Ha ! Cardine ! ». Il m'arrivait de les guider en suivant le sillon précédent.

Puis le rouleau composé de plusieurs petits cylindres nivelait et écrasait les mottes de terre, une énorme pierre dessus le châssis augmentait son poids.

La herse formée d'un châssis muni de dents métalliques servait pour le travail superficiel du sol et pour éclater les mottes restantes.

Le marquage des sillons se faisait avec un socle en bois muni de plusieurs dents.

La terre était enfin prête à recevoir les graines.

Alors, femmes et enfants nous nouions deux immenses poches autour de la taille (une contenait le maïs, l'autre, les haricots). Puis côte à côte nous avancions dans les sillons. Nous comptions trois pas, nous dégagions du pied la moindre motte encombrant le sillon et déposions trois grains de maïs de la main droite et un ou deux haricots de la main gauche.

Les anciens nous suivaient de près munis de leur houe et recouvraient les graines d'un petit tas de terre (un coup à droite, un coup à gauche).

Au bout de deux ou trois heures de semailles, nous avions droit, à l'ombre de la charrette, à déguster un goûter bien mérité : pain, saucisson, fromage, faits maison, avec une gorgée de vin. Et nous étions contents de notre journée !

Par A. B. - Publié dans : témoignages
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