Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /Oct /2009 08:15

 

Avec beaucoup de précaution pour ne pas faire le moindre bruit comme si elle ne voulait surtout pas réveiller la personne se trouvant à l’intérieur, Mademoiselle P., de sa main droite tremblante sur la poignée dorée, referme la porte de la pièce privée jouxtant le bureau présidentiel. Telle qu’elle vient d’en sortir, elle se dresse sur la pointe de ses pieds nus pour se déplacer à pas de velours et, plus surprenant en ce palais, se trouve aussi dans la plus simple tenue d’Eve, les cheveux en bataille, ses vêtements entassés n’importe comment sur son avant bras gauche qui les serre, pour ne pas les laisser tomber, tant bien que mal contre sa généreuse et plantureuse poitrine. Entre les doigts de sa main gauche toujours, elle tient ses chaussures à talons hauts, aux couleurs plutôt voyantes et bien cirées.

Précipitamment, à n’en pas douter, elle quitte les lieux…  en essayant toutefois de passer inaperçue mais totalement affolée, complètement paniquée. Sans même songer à appeler à l’aide, au secours, elle abandonne, ni plus ni moins, à son triste sort, dans de beaux draps, le Président.

A son invitation, et ce n’était pas la première fois, elle était venue, pendant quelques précieux instants, partager un peu de son intimité et lui faire éprouver quelques indicibles plaisirs de chair afin de lui faire oublier momentanément ses lourdes responsabilités, ses épuisantes et écrasantes fonctions qu’il avait réussi à conquérir récemment bien qu’inscrites depuis très longtemps dans ses plus nobles ambitions.

« Mais que se passe-t-il, Mademoiselle ? » lui demande, surpris, stupéfait, interloqué, le chef de cabinet de la présidence qui, malgré l’heure tardive, emprunte encore ce couloir un peu par le plus grand des hasards à cette heure-là.

« Monsieur le Président… » répond elle sans pouvoir prononcer d’autres mots tellement sa gorge est nouée par l’immense, l’épouvantable frayeur qui l’étreint.

« Mademoiselle, je vous le demande expressément : expliquez-vous. Immédiatement, s’il vous plaît ! » reprend le collaborateur qui commence déjà à perdre patience alors qu’il est justement connu, lui, pour son exemplaire et légendaire maîtrise quelle que soit l’épreuve qu’il doit affronter.

            « Il… s’est… endormi… » ânonne-t-elle.

            « Comment ? Endormi ? Vous n’êtes donc plus apte à lui faire suffisamment de gâteries pour le garder éveillé dans vos bras et l’empêcher de succomber dans ceux  de Morphée. »

            « Mais… Monsieur… si vous permettez… je crois… »

            « Que croyez-vous ? Je vous en prie… surtout dans cette tenue… n’hésitez pas. Je suis là pour vous écouter, vous entendre… vous aider même s’il le faut. »

            « Mort ! Je crois qu’il est mort… dans mes bras… subitement… en pleine euphorie… alors que je lui faisais atteindre le septième ciel... »

            « Quoi ? Que me dites-vous ? Que m’annoncez-vous ? »

            « N’est-ce pas une belle mort ? Qui ne souhaiterait mourir comme cela dans son lit ? » 

 

                                                                                                                (A suivre...)

 

Par J. C. - Publié dans : culturels
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