Partager l'article ! Nouvelle : Branle-bas au palais (2): & ...
Sans plus attendre, d’un coup sec, brutal même, qui traduit davantage une réelle et morbide inquiétude qu’une profonde et pertinente décision, le chef de cabinet de la présidence ouvre en grand la porte du bureau particulier et, comme un forcené qui s’évade, se précipite à l’intérieur. Sur le divan, la literie est dans un désordre indescriptible… mais, dans son compréhensible et total désarroi, il ne prend nullement le temps d’imaginer ce qu’ont dû être, ici, les ébats plutôt que les débats précédents. Dans la pénombre, il ne voit que le corps, entièrement nu du Président, couché sur le côté gauche, un peu dans la position d’un fœtus, le visage vraiment crispé, défiguré… à l’évidence par la douleur. A deux mains, sans réfléchir, il le secoue vigoureusement, rageusement… avec toute l’énergie du désespoir. Aucune réaction ! Rien ! S’il respire, c’est vraiment très faiblement… et son pouls est tout juste perceptible… du moins pour un profane.
Entre les différents coups de téléphone qu’il passe aussitôt avec la diligence, la célérité d’un vrai habitué de la communication, il hurle plus qu’il ne parle à Mademoiselle P., restée comme pétrifiée sur le seuil de la porte :
« Quant à vous, Mademoiselle, rhabillez-vous en un temps record et, sans détour, sans vous retourner, prenez la porte de service comme la dernière fois. J’ai votre numéro personnel… je vous téléphonerai plus tard quelques consignes, l’attitude à adopter. Pour l’instant, pas un seul mot de cette aventure. A personne ! Absolument à personne ! C’est notre secret commun. Il en va de nos avenirs. Du vôtre surtout ! Bien compris ? »
« Message reçu. Cinq sur cinq… »
« Je l’espère… pour vous surtout. » ajouta avec beaucoup d’excitation le chef de cabinet.
C’est dans ce contexte très particulier, inattendu, évidemment dramatique que fut, du coup et sans prévision aucune, réellement testé le P. U. P. (le Plan d’Urgence Présidentielle).
Mais en l’espace de quelques instants se vérifia son efficace mise en œuvre. En effet, à peine quelques minutes après le premier appel, les services médicaux et de sécurité du palais étaient sur le pied de guerre, prêts à faire face à toute éventualité, à toute intervention qui au vu du déclanchement de ce plan ne pouvaient être qu’urgentes, très exceptionnelles. Ainsi, dans un laps de temps incroyablement bref et sous les directives du médecin personnel du Président, ce dernier fut rapidement transporté, avec beaucoup de ménagement, des gestes sûrs et précis, à la salle/bloc qui occupe une bonne partie du deuxième sous-sol du palais avec, pour les responsables du corps médical, cela va de soi, à disposition des matériels les plus sophistiqués, des appareils du dernier cri, des instruments de dernière génération.
La vie, nous le savons tous, ne tient qu’à un fil ! Celui du Président s’est subitement bien effiloché, peut-être complètement rompu et son existence a, au moment où sans doute il s’y attendait le moins, basculé. Alors que la soirée s’annonçait des plus agréables, le voici, lui, le plus haut dignitaire de l’état qui pensait souvent, même parfois devant la glace, régner en maître quelques longues années, se retrouvant, avec en fond sonore sa mélodie préférée, sous assistance respiratoire et plongé dans un coma artificiel.
Pour combien de jours ? Combien de temps ? Le diagnostic vital était-il engagé ? Autant de questions… sans réponse pour l’instant et auxquelles ses médecins attitrés ne pouvaient répondre.
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