Décrypter - Comprendre - Agir (2/3)

Publié le par M. CC.

 

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Par contre les États-Unis ont emballé la planche à billets lors des opérations QI + Q2[1] pour  2 300 Md $ (équivalent au PIB de la France) par lesquels la FED[2]rachète des actifs pourris et des dettes de l’État , provoquant à coup sûr une dépréciation considérable du dollar à plus ou moins long terme. Cela doit rendre du pouvoir d'achat aux américains (citoyens et entreprises ) endettés, et faire fondre les immenses dettes internationales des USA.
La majeure partie de cet énorme capital a été utilisé par la finance pour la spéculation. Dans le cadre de la liberté des changes, elle peut lui servir à s'approprier notre patrimoine avec des dollars périssables.

Si la BCE ne nous en protège pas, par le contrôle des changes, les possesseurs américains, Chinois, Japonais, Emirs du golfe…, des milliers de milliards de dollars en circulation risquent de s'abattre sur l'Europe pour les transformer en « valeurs réelles ». Ils s’approprieront  nos structures de vie et de travail avec leurs dollars en instance de décomposition, nous faisant payer la dette américaine.  Cela nous priverait d’une bonne partie de nos revenus récurrents, à leur profit.
Deux décisions majeures viennent d'être prises dans ce sens :

  • Dagong, l'une de ses 4 agences de notation, ayant dégradé la note des Etats-Unis de AA+ à A (avec perspective négative, comme l'Espagne).La Chine prévoit de réduire ses achats de dette américaine.
  • L'État américain ne pouvant plus s'endetter auprès de la Chine, la Fed  s'y substituera en achetant elle-même les emprunts d’Etat par pure création monétaire. 

C'est très dangereux car la BCE n'a pas le droit de financer les Etats, et nos responsables privilégiant la rigueur budgétaire et le remboursement des dettes, cela nuit à notre croissance et à la valeur de nos actifs (entreprises, immobilier, …)

Il est urgent d'agir au niveau européen. -  Nous pouvons le faire.

L'Europe est la plus grande puissance économique et commerciale du monde. En se dotant d'une autorité monétaire incontestée, elle imposerait plus facilement  son point de vue que les Chinois, pas assez polyvalents, et que les Américains surendettés. Cela l'autoriserait à gérer l'euro en fonction de son économie, car le monde a besoin des produits européens.    Nos priorités seraient :

  • Le rétablissement d'un « contrôle des changes » au niveau européen, car en son absence il est impossible gérer au mieux notre monnaie, trop soumise à la spéculation internationale. Il faut absolument nous protéger du pillage de nos actifs de vie et de travail, par des flots de monnaie étrangère créée sans contrepartie réelle.
  • La distinction entre la politique monétaire, qui conditionne l’économique et le social, et qui ne peut être confiée qu’aux élus, et l'application de cette politique par la BCE et ses dirigeants. Le fonctionnement actuel de la BCE correspond assez exactement à ce que serait la justice si le législatif et le judiciaire étaient confiés à l'Administration pénitentiaire. 
  • Le changement de l'organisation du système monétaire européen incarné par la BCE.
    Une monnaie stable unique, gérée par une Banque centrale unique, ne peut absolument pas répondre aux besoins de pays indépendants ayant des modes et des niveaux de développement extrêmement différents. Les critères de Maastricht sont incapables de faire converger leurs économies car ils favorisent les plus riches aux dépens des plus pauvres.
    Sans profonde réforme, la zone euro explosera, et la Communauté européenne risque d'en faire autant. Voici deux possibilités :
    -  1) Garder l'euro tel qu'il est, et financer, sans compter, le rattrapage des pays en retard.
    Comme les pays membres refuseront sûrement de payer, il faut employer le seul moyen connu de donner aux uns sans prendre aux autres, la « monnaie fondante ». Elle permet de financer largement, sur de longues durées et à taux réels négatifs, les pays en retard, au lieu de les obliger à se serrer la ceinture et à s'endetter de plus en plus dans une spirale récessive.
    - 2) Rendre à tous les États de la zone euro une monnaie personnelle liée à l'euro  par un taux de change fixe révisable périodiquement, de manière à ce qu'ils puissent réajuster leur compétitivité au sein de l'Europe.
    La première formule est la plus facile à appliquer, en la mettant dans les objectifs prioritaires de l'autorité de politique monétaire à créer. C'est la méthode solidaire finançant le développement, plus efficace que l'égoïsme faisant seulement payer les dettes.
                                   (Après les 30 Glorieuses, puis les 30 Piteuses, pourquoi pas les 30 Solidaires ?)
  • Le changement des objectifs de la BCE,
    1) - Le plein-emploi qualifié qui génère systématiquement le progrès économique et social, doit remplacer la stabilité  monétaire et l'euro fort. La BCE, en les appliquant aux dépens de l'emploi, nous a fait régresser à la traîne de l'économie mondiale.
     2) - La convergence des niveaux de vie des Etats, et la réduction des inégalités .  Seule la « monnaie fondante »  en est capable  comme mentionné plus haut . Elle permet d’orienter l'économie en remplaçant les niches fiscales, fort coûteuses, par la pratique  de taux d'intérêt réels plus ou moins négatifs[3] en fonction de l’utilité des investissements correspondants. Cette méthode réduirait fortement les prélèvements obligatoires comme pendant les 30 glorieuses.
  • Le changement de mode de création monétaire, le système actuel consiste à créer, sans limite, de la monnaie temporaire en fonction des emprunts des acteurs privés solvables, elle est détruite lors de leur remboursement.
    Ce système ne crée pas la monnaie en fonction des besoins de la société,  mais seulement en fonction des  projets les plus  lucratifs des personnes aisées, c'est très différent. De plus, il gonfle les bulles et aggrave les crises économiques.  Il est intrinsèquement mauvais.  Comme le réclamait depuis des décennies Maurice Allais, notre prix Nobel d'économie,  la monnaie doit être créée de façon permanente uniquement au profit des Etats[4]. Elle n'est pas détruite lors du remboursement des crédits. Elle doit être réinvestie dans l'économie (investissements et consommation) contrairement à ce qui se passe actuellement.
( A suivre)

[1] Quantitative easing : Achat par les banques centrales des actifs risqués illiquides et de dettes de l’Etat avec de l’argent imprimé massivement pour l’occasion.

[2] Banque centrale des Etats-Unis.

[3] Il suffit que l'autorité de politique monétaire à créer, qui supervisera la BCE, lui demande de débloquer des financements à faible taux pour ces opérations.

[4] Trois remarques s'imposent : 1) les banques ne pourraient plus créer la monnaie, et ne pourrait prêter que les dépôts de fonds provenant de ses clients et des sommes mises à leur disposition par les Etats à des taux dépendants de leur destination. 2) Cela fournirait des ressources considérables à partager entre la structure commune et les Etats de la zone euro. 3) Il est possible d'organiser le passage progressif d'un système à l'autre pour permettre  les ajustements

 


Publié dans citoyens

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